jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301030 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | CLORIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Cloris, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis, ensemble la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer d'une carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident mention " longue durée UE " ou " titulaire d'une rente " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administratif.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé ;
- méconnaît les articles R. 413-15, L. 426-17 et L. 426-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 janvier 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Dumas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bangladais né le 3 juin 1987 a obtenu un titre de séjour en France le 20 mars 2017, valable du 20 mars 2017 au 19 mars 2018, puis une carte de séjour pluriannuelle, valable du 21 juin 2018 au 20 juin 2022. A l'occasion de sa dernière demande de renouvellement de titre de séjour, il a sollicité l'obtention d'une carte de résident. Par une décision du 2 août 2022, dont M. B demande l'annulation, qui s'est substituée à la décision implicite de refus l'ayant précédée, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / Les années de résidence sous couvert d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " retirée par l'autorité administrative sur le fondement d'un mariage ayant eu pour seules fins d'obtenir un titre de séjour ou d'acquérir la nationalité française ne peuvent être prises en compte pour obtenir la carte de résident prévue au premier alinéa. / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard () de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : / 1° Une déclaration sur l'honneur par laquelle il s'engage à respecter les principes qui régissent la République française ; / 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. / Les personnes qui présentent un handicap ou un état de santé déficient chronique peuvent, sur présentation d'un certificat médical conforme au modèle fixé par arrêté conjoint du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration et des ministres chargés de la santé et des personnes handicapées, bénéficier d'aménagements d'épreuves pour le passage d'un test linguistique si leur état le justifie ou, en cas d'impossibilité de passer un tel test, être dispensées de la production des diplômes ou certifications mentionnés au 2° ".
4. Pour refuser à M. B la carte de résident sollicitée, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les motifs tirés de ce qu'il ne justifie pas d'une durée de séjour suffisante sur le territoire français sous couvert d'un titre de séjour ouvrant droit à une carte de résident et qu'il ne justifie ni de ressources suffisantes et stables sur la période de référence ni d'un niveau de langue A2. Toutefois, d'une part, le requérant verse au débat un titre de séjour mention " salarié " délivré le 20 mars 2017 et valable jusqu'au 18 mars 2018 et une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " valable du 22 juin 2018 au 20 juin 2022. Ceux-ci sont de nature à justifier de l'existence d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France. M. B est ainsi fondé à soutenir que ce motif de refus opposé à sa demande de carte de résident est illégal. D'autre part, il ressort d'un courrier en date du 1er juin 2022 de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Seine-Saint-Denis produite par le requérant que celui-ci est bénéficiaire de l'allocation adulte handicapée mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale depuis le 1er juillet 2021 et jusqu'au 30 juin 2024. Dès lors, conformément à la dérogation explicitement prévue par les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, la condition de suffisance de ses ressources n'était pas applicable à M. B à la date de la décision attaquée le 2 août 2022. Celui-ci est ainsi fondé à soutenir que ce second motif de refus opposé à sa demande de carte de résident de longue durée-UE est également illégal. Enfin, M. B joint à sa requête un certificat d'un médecin en date du 27 janvier 2022, établi conformément au modèle fixé par l'arrêté du 30 avril 2021, indiquant qu'en raison de son état de santé, il doit bénéficier d'une dispense du test de langue. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait légalement opposer à M. B le motif tiré de ce qu'il ne justifiait pas disposer d'un niveau suffisant de connaissance de la langue française.
5. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 2 août 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sauf changement de circonstance de droit ou de fait, la délivrance d'une carte de résident à l'intéressé. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de la lui délivrer dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros, à verser à Me Cloris, avocat de M. B, sous réserve que Me Cloris renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de carte de résident présentée par M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B une carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce même jugement.
Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera une somme de 1 100 euros à Me Cloris en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Cloris.
Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Israël, président,
M. Dumas, premier conseiller,
Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.
Le rapporteur,
M. Dumas
Le président,
M. Israël
La greffière,
Mme A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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Sujet principal : Recours d'un agent public stagiaire contre le refus de sa titularisation et la prorogation de son stage. Juridiction : Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre). Solution retenue : Le jugement, non intégralement reproduit, statue sur la légalité de l'arrêté de prorogation de stage et de l'arrêté refusant la titularisation. L'agent invoque notamment des vices de procédure, une erreur manifeste d'appréciation, un détournement de procédure et une violation de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique concernant les conditions du stage. Textes appliqués : Le code général de la fonction publique (notamment article L. 327-1) et le code de justice administrative (article L. 761-1 sur les frais irrépétibles).
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