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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2301033

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2301033

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2301033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantGABORIT RUCKER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 25 janvier 2023 et le

14 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Hansen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le maire de la commune du Raincy a arrêté les droits de voirie dus par M. A au titre du dépôt de matériaux sur le rond-point Gambetta situé sur le territoire de la commune, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) d'annuler l'avis des sommes à payer en date du 16 décembre 2022 valant titre exécutoire d'un montant de 1 716 euros et de prononcer la décharge de l'intégralité de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Raincy la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- dès lors que l'arrêté du 20 septembre 2022, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux, lui infligent une pénalité qui présente le caractère de sanction, l'administration était tenue au respect d'une procédure contradictoire préalable. L'absence de mise en œuvre d'une telle procédure entache d'irrégularité ces décisions ;

- l'arrêté du 20 septembre 2022 ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux sont entachés d'une inexactitude matérielle des faits dès lors qu'ils sont dirigés directement à son encontre à titre personnel alors que les matériaux ont été déposés sur le trottoir dans le cadre de la rénovation de la devanture de la boulangerie, que l'identité des déclarants des travaux ont été indiqués dans la déclaration préalable et que le propriétaire et maître d'ouvrage de ces travaux est la société Bakery's and co ;

- ils sont aussi entachés d'une inexactitude matérielle des faits dans la prise en compte de la superficie occupée et des journées concernées par l'occupation ;

- ils sont entachés d'une illégalité en ce qu'ils infligent une pénalité dont il n'appartenait pas à la commune et au maire de l'instituer ni de recouvrer ;

- l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire est entaché d'inexactitudes matérielles des faits ;

- il est illégal en ce qu'il inflige une pénalité ;

- il méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et le 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- les bases de la liquidation sont insuffisamment indiquées en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 avril 2023 et le 20 novembre 2023, la commune du Raincy, représentée par Me Hansen, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A de la somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

6 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lamlih,

- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique,

- et les observations de Me Savignat, substituant Me Hansen représentant la commune du Raincy.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 septembre 2022, le maire du Raincy a réclamé à M. A le paiement des droits de voirie, assortis d'une pénalité, pour avoir déposé, sans autorisation, des matériaux, les lundi 22 août et mardi 23 août 2022 ainsi que le mardi 30 août 2022, sur une superficie de 20 m² d'un trottoir du rond-point Gambetta situé sur le territoire de cette commune. Par un courrier du 18 novembre 2022, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Le 16 décembre 2022, la commune du Raincy a émis à l'encontre de M. A un avis des sommes à payer pour avoir paiement, en application de l'arrêté litigieux, d'une somme de 1 716 euros. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 du maire du Raincy ensemble la décision rejetant son recours gracieux ainsi que l'annulation de l'avis des sommes à payer du 16 décembre 2022 d'un montant de 1 716 euros et la décharge totale de l'obligation de payer cette somme.

2. Aux termes de l'article L 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous (). ". L'article L. 2125-1 de ce code dispose : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".

3. Une collectivité territoriale est fondée à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public communal. En revanche, en l'absence de disposition législative l'y autorisant, il n'appartient pas à une collectivité territoriale d'instituer une pénalité à raison d'une occupation irrégulière d'une dépendance domaniale ni de la recouvrer.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 et de la décision rejetant le recours gracieux du 18 novembre 2022 :

4. Il résulte de l'instruction et il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux, que, comme il a été dit au point 1, cet arrêté impose à M. A le paiement, d'une part, de droits de voirie afférent au dépôt de matériaux, sans autorisation, sur le domaine public, d'autre part, d'une pénalité.

5. Dès lors que, comme il a été dit au point 3, il n'appartient pas à une collectivité territoriale d'instituer une pénalité à raison d'une occupation irrégulière d'une dépendance domaniale ni de la recouvrer, l'arrêté litigieux et, partant, la décision implicite litigieuse doivent, en tant qu'ils infligent une pénalité à M. A, être annulés.

6. En revanche, il résulte de l'instruction et il ressort notamment des termes du rapport de constatation de la police municipale du Raincy dressé le 7 septembre 2022, que deux agents de police municipaux ont constaté le 30 août 2022 une emprise irrégulière, sur une partie du rond-point Gambetta, d'une surface de 10 mètres de long sur deux mètres de large. Il résulte également des termes de ce rapport de constatation, non sérieusement contestés, que la responsable du service urbanisme de la mairie du Raincy, présente lors du contrôle, a précisé aux agents municipaux que cette occupation irrégulière existait déjà les 22 et 23 août 2022. En se bornant à soutenir que la devanture de l'établissement commercial ne présente qu'une longueur de cinq mètres et que l'une des photographies du rapport de constatation montre des barres posées sur des tréteaux très largement inférieures à dix mètres, M. A ne conteste pas sérieusement les éléments constatés par les deux agents de police judiciaire dûment assermentés. Il résulte également de l'instruction et il ressort notamment des termes mêmes, non sérieusement contestés, de ce rapport de constatation que l'intéressé est propriétaire de l'établissement commercial et qu'il s'est présenté aux agents de police comme l'utilisateur du domaine public. La circonstance que les travaux en cause ont été déclarés par les vendeurs de l'établissement commercial est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué et la décision rejetant son recours gracieux sont entachés d'inexactitudes matérielles des faits et le moyen doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 ensemble la décision rejetant le recours gracieux du

18 novembre 2022 en tant qu'ils lui réclament l'indemnité pour occupation du domaine public.

En ce qui concerne les conclusions à fin de décharge et d'annulation du titre de recette du 16 décembre 2022 :

8. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

S'agissant du bien-fondé de la créance :

9. Ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 6, le maire du Raincy était seulement fondé à réclamer à M. A occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière des 22, 23 et 30 août 2022, une indemnité compensant les revenus que la commune aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. Il résulte de l'instruction et en particulier de la délibération n° 2019-05-039 du conseil municipal du 13 mai 2019 que le tarif journalier des droits de voirie en cas de dépôt de matériaux s'élève à 7,15 euros par jour et par mètre carré, soit, en l'espèce, au titre de l'occupation des 22, 23 et 30 août 2022, un montant de 429 euros. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer la décharge partielle de l'obligation de payer la somme réclamée, en tant qu'elle excède ce montant de 429 euros, soit à hauteur de la somme de 1 287 euros.

S'agissant de la régularité en la forme du titre de recettes du 16 décembre 2022 :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé aux redevables. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ".

11. Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.

12. Il résulte de l'instruction que l'ampliation du titre de recette adressée à M. A comporte les noms, prénoms et qualité du maire du Raincy. Il résulte également de l'instruction que le bordereau de titre de recettes, produit en défense, comporte également la signature du maire du Raincy. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ".

14. En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.

15. Il résulte de l'instruction que le titre de perception en litige fait référence à l'arrêté du 20 septembre 2022 lequel précise les bases de liquidation de la créance et a été précédemment adressé à M. A. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 15 que M. A est seulement fondé à demander l'annulation du titre de recette en tant qu'il inclut la part correspondant à la pénalité infligée.

Sur les frais d'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune du Raincy demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune du Raincy une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 20 septembre 2022 du maire du Raincy ensemble la décision rejetant le recours gracieux et le titre de recettes du 16 décembre 2022 sont annulés en tant qu'ils infligent à M. A une pénalité.

Article 2 : M. A est déchargé de l'obligation de payer la somme de 1 287 euros mise à sa charge au titre d'une pénalité par le titre de recettes émis le 16 décembre 2022.

Article 3 : La commune du Raincy versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune du Raincy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune du Raincy.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Guiral, premier conseiller,

Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

D. Lamlih

Le président,

L. GauchardLe greffier,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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