mercredi 28 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301114 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | HERRIOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023, M. D, représenté par Me Herriot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un récépissé et un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet a méconnu le principe du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable ;
- en le maintenant dans une situation administrative précaire, il a contrevenu à ses droits et à la circulaire du 5 janvier 2012 qui prévoit que la délivrance de plus de deux récépissés doit rester exceptionnelle ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi, il y a lieu, pour les moyens de légalité externe et interne, de se rapporter aux développements concernant le refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 12 de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement qui sont dirigées contre des mesures inexistantes dès lors que l'arrêté litigieux contient une décision de remise aux autorités italiennes (article 3) assortie d'une invitation à quitter le territoire français dans un délai de trente jours (article 2) qui, pour ce qui concerne cette invitation, ne fait pas grief.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Guiral a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri-lankais né le 18 décembre 1998, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a décidé de le remettre aux autorités italiennes si, à l'expiration d'un délai de trente jours, il n'avait pas quitté le territoire français. M. B demande l'annulation de la décision de refus de séjour, de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. La décision attaquée a été signée par M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, qui disposait, en vertu de l'arrêté n° 2022-0220 du
7 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les actes en matière de droit au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
3. La méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions relatives au séjour qui, contrairement aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, notamment régies par la directive n° 2008/15/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, ne peuvent être regardées comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne ou comme étant régies par celui-ci.
4. La circulaire du ministre de l'intérieur du 5 janvier 2012 relative aux conditions de délivrance et durée de validité des récépissés et des titres de séjour n'a aucune valeur règlementaire et n'édicte pas de lignes directrices dont le requérant peut utilement se prévaloir devant le juge. En tout état de cause, la circonstance à la supposer même avérée, que le préfet ait délivré à M. B, pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, plus de deux récépissés l'autorisant à séjourner en France est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
5. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde et mentionne les éléments de la situation personnelle du requérant ainsi que les motifs sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi. Cette décision, dont la motivation n'est pas stéréotypée, énonce ainsi les motifs de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision de refus de titre de séjour. Elle est dès lors suffisamment motivée en fait et en droit.
6. Aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ". Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour sollicité au motif que M. B ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins. En se bornant à soutenir qu'il est titulaire d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes, le requérant ne conteste pas utilement les motifs de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait examiné d'office la demande de l'intéressé sur le fondement de ces dispositions. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 doivent être écartés comme inopérants.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Si M. B soutient qu'il dispose de l'ensemble de ses attaches personnelles en France, il ne l'établit pas. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille, bénéficie d'une carte de résident de longue d'une durée-UE délivrée par les autorités italiennes. Dans ces conditions, compte tenu de la situation personnelle du requérant, la seule circonstance qu'il ait travaillé en France de novembre 2018 à juin 2022 comme équipier polyvalent et pizzaïolo n'est pas de nature à établir que la décision portant refus de titre de séjour porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
9. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est fondé sur la circonstance que M. B était connu des services de police pour des faits de vol par effraction commis le 1er juillet 2021 et des faits de détention non autorisée de stupéfiants commis entre le 2 janvier 2020 et le 11 janvier 2021. Toutefois, alors que ces infractions sont contestées par le requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas défendu dans la présente instance, ne produit aucun élément de nature à établir la matérialité desdits faits. Par suite, en se fondant sur ce motif, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché la décision de refus de titre de séjour d'une erreur de fait. Il résulte toutefois de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus de séjour s'il était fondé sur les seuls motifs évoqués aux points précédents et qui sont de nature à justifier légalement la décision litigieuse.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :
11. L'arrêté litigieux prévoit, en son article 2, que M. B " doit prendre toutes ses dispositions pour quitter le territoire français dans un délai de trente (30) jours à compter de la notification du présent arrêté " et, en son article 3, que " à l'expiration de ce délai, M. C pourra être remis aux autorités italiennes qui lui ont délivré la carte de résident longue durée-CE ". Cet arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé, en application de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la remise du requérant aux autorités italiennes ne comporte pas, contrairement à ce qui est soutenu, de décision portant obligation de quitter le territoire français ni de décision fixant le pays de destination du requérant. Dès lors, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de ces décisions inexistantes ne sont pas recevables et doivent, comme telles, être rejetées. A supposer même que le requérant ait entendu demander l'annulation de l'arrêté, en tant qu'il l'invite à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, une telle invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus de séjour, ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas une décision susceptible de recours de sorte que M. B n'est pas davantage recevable à en demander l'annulation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur leur fondement par M. B.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gauchard, président,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Lamlih, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.
Le rapporteur,
S. Guiral
Le président,
L. Gauchard
La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026