vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SEMAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 janvier 2023, 14 juillet 2023 et 22 mars 2024, M. A F, représenté par Me Semak, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;
2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est insuffisamment motivée ; sa situation personnelle n'a pas été examinée ; elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la preuve n'est pas apportée de l'existence et de la régularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration, de l'existence et de la régularité du rapport du médecin rapporteur, de la transmission au collège de ce rapport et de l'absence de participation de ce médecin à la délibération du collège ; elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit ; l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est illégale, étant dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ; elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; elle est illégale, étant dépourvue de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ; l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la demande de titre de séjour du requérant est fondée sur son infection par le VIH et que le traitement ainsi que le suivi de cette pathologie peuvent être assurés au Nigéria.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charageat,
- et les observations de Me Ben Gadi, substituant Me Semak, représentant M. F, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant nigérian né le 25 mars 1968 à Owerri, a déposé le 8 février 2022 une demande de titre de séjour à raison de son état de santé. Par un arrêté du 3 octobre 2022 le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. F demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel est fondée la demande de titre de séjour, expose avec une précision suffisante, sans présenter un caractère stéréotypé, les éléments relatifs à la situation du requérant, notamment en ce qui concerne l'état de santé de ce dernier, pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser de lui délivrer le titre sollicité. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant, qu'il s'agisse de la vie privée et familiale de ce dernier ou de son état de santé. A cet égard, s'il appartient au préfet de s'assurer le cas échéant que l'avis a été rendu par le collège de médecins conformément aux règles procédurales fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'arrêté du 27 décembre 2016, le respect du secret médical, qui interdit aux médecins de donner à l'administration, de manière directe ou indirecte, aucune information sur la nature des pathologies dont souffre l'étranger, faisait obstacle à ce que le préfet contrôle l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur l'état de santé du requérant et des conséquences pouvant en découler. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office () peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires () si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée () le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est prononcé sur la demande de titre de séjour de M. F au vu d'un avis émis le 1er juin 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Cet avis, ainsi que le bordereau attestant de la transmission de ce document aux services préfectoraux le même jour, ont été transmis au tribunal par le préfet de la Seine-Saint-Denis et communiqués au requérant. Il en ressort que le collège de médecins appelé à émettre un avis sur la situation du requérant était composé des docteurs Pascale Delprat-Chatton, Laurent Ruggieri et Florent Quilliot, qui ont été nommés dans cette fonction par une décision du directeur général de l'OFII n° NOR INTV2208957S du 14 mars 2022, publiée et librement accessible sur le site internet de cet organisme et que le médecin rapporteur mentionné à l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était le docteur C B, également désignée par la décision du 14 mars 2022 mentionnée ci-dessus, qui a établi le 11 mars 2022 son rapport, qu'elle a transmis le 4 mai 2022 à ce collège, dans lequel elle n'a pas siégé. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 1er juin 2022 a été établi conformément au modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé, qu'il comporte l'ensemble des mentions requises et notamment les identités et signatures des membres du collège et que ceux-ci se sont prononcés sur l'ensemble des questions posées au regard de l'état de santé du requérant. Si ce dernier invoque l'impossibilité de vérifier la collégialité de l'avis, les médecins signataires de cet avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis, de sorte que la régularité de cet avis n'est pas subordonnée à la justification par l'administration du caractère collégial de la délibération. Enfin, l'avis du collège de médecins de l'OFII ne constituant pas une décision administrative, les dispositions relatives aux signatures électroniques figurant à l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, à l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 et à l'article 1367 du code civil ne peuvent être utilement invoquées, alors que de surcroît les signatures apposées sur cet avis sont des fac-similés et ne constituent pas des signatures électroniques.
6. D'autre part, le rapport médical du docteur B en date du 11 mars 2022 mentionné ci-dessus, a été transmis au tribunal par l'OFII et communiqué à M. F. Il ressort de sa lecture qu'il a été établi conformément au modèle figurant à l'annexe B de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé et que le médecin rapporteur a porté une appréciation sur l'état de santé du requérant au regard des diverses pathologies que présente l'intéressé et notamment de douleurs neuropathiques des membres inférieurs et qu'il ne s'est ainsi pas borné à prendre en compte la seule infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Ainsi, alors qu'au demeurant il ressort des énonciations de ce rapport que M. F ne s'est pas présenté aux examens médicaux auxquels il avait été convoqué, le médecin rapporteur n'a pas incomplètement examiné l'état de santé de ce dernier.
7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés des vices de procédure qui résulteraient de l'absence et de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII et du rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, si M. F invoque l'incompétence de l'auteur du mémoire en défense présenté par l'OFII au regard de la politique d'accès à la base de données MedCOI définie par la décision n° 91 du 7 octobre 2021 du conseil d'administration du bureau européen d'appui en matière d'asile, un tel moyen ne peut en tout état de cause qu'être écarté, dès lors qu'une telle circonstance ne saurait être d'une quelconque influence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".
10. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un accès effectif au traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
11. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. F, après avoir relevé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 1er juin 2022 déjà mentionné, que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire. M. F fait valoir qu'il présente une infection au VIH qui est traitée par une bithérapie composée des spécialités vocabria et rekambys, dont les molécules ne sont pas disponibles au Nigéria, impliquant la réalisation d'injections toutes les sept à huit semaines en milieu hospitalier, une insuffisance rénale chronique de stade 2, une gammapathie monoclonale de signification indéterminée, anomalie sanguine susceptible d'évoluer vers un cancer, ainsi que des douleurs neuropathiques des membres inférieurs. Toutefois, s'il soutient qu'il ne pourrait pas avoir au Nigéria un accès effectif aux médicaments dont il a besoin, il n'en justifie pas par les pièces médicales qu'il produit. A cet égard, les certificats médicaux établis par un médecin généraliste les 2 décembre 2022 et 2 juin 2023, s'ils mentionnent que les soins nécessaires ne peuvent être assurés dans le pays d'origine et que les médicaments prescrits pour traiter le VIH ne sont pas disponibles dans ce pays, ils n'établissent pas qu'il n'existerait pas de médicaments substituables ni n'apportent suffisamment de précision sur la nature des traitements dont M. F serait privé en quittant le territoire français, ce dernier déclarant d'ailleurs que plusieurs de ses pathologies impliquent uniquement un suivi médical. Au demeurant, les certificats des 29 novembre 2021, 11 octobre 2022 et 22 novembre 2022 établis par le médecin spécialiste des maladies infectieuses qui suit le requérant évoquent simplement l'absence de prise en charge " optimale " de l'état de santé ce de dernier dans son pays d'origine. Les informations à caractère général relatives aux médicaments disponibles au Nigéria ainsi qu'au système de santé et de protection sociale dans ce pays fournies par le requérant ne suffisent pas à apporter la preuve de l'absence d'un accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi, l'impossibilité alléguée par le requérant d'exercer une activité professionnelle compte tenu de ses douleurs et, par voie de conséquence, de payer ses médicaments, étant par ailleurs contredite par les certificats médicaux des 29 novembre 2021, 11 octobre 2022 et 22 novembre 2022 mentionnés ci-dessus. Enfin, si le requérant allègue souffrir également d'un syndrome d'apnées obstructives du sommeil sévères désaturant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait présenté cette pathologie à la date de l'arrêté attaqué, alors que celle-ci a été diagnostiquée le 16 juin 2023. Il résulte de tout ce qui précède, alors que l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays d'origine n'implique pas que les soins dans ce pays soient équivalents à ceux offerts en France, que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. F soutient qu'il justifie en France d'une vie stable ainsi que d'une communauté de vie avec son épouse depuis l'année 2020. Toutefois, le requérant résiderait en France depuis tout au plus le mois d'août 2019. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que celui-ci est uni par un mariage coutumier à une ressortissante congolaise depuis le 12 mai 2008, il n'établit pas, ni même n'allègue, que cette dernière séjournerait en situation régulière sur le territoire français. Enfin, M. F ne justifie pas d'une quelconque insertion, notamment professionnelle, en France. Il suit de là, alors qu'il résulte de ce qui est dit au point 11 que son état de santé ne lui impose pas de demeurer en France, que la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
14. En septième lieu, si le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé que M. F était marié à une compatriote, alors que celle-ci est de nationalité congolaise, il résulte de ce qui est dit aux points 11 et 13 que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette inexactitude.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, dans les limites de l'arrondissement du Raincy, à M. E D, sous-préfet du Raincy, par un arrêté n°2022-0219 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour et, à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, signataire de l'arrêté attaqué, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, par un arrêté n° 2022-0220 du même jour, publié au même bulletin. Par suite, dès lors que la commune de Drancy, où réside le requérant est située dans l'arrondissement du Raincy et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision en litige, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
17. En troisième lieu, il résulte de ce qui est dit au point 11, que doit être écarté le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui font obstacle à ce que fasse l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ", ainsi qu'en tout état de cause le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui énonce que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 13.
Sur la décision fixant le pays de destination :
19. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 15.
20. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce avec une précision suffisante les éléments de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi, en précisant que le requérant est un ressortissant nigérian et qu'il pourra être éloigné d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Cette décision répond ainsi aux exigences de motivation prévues notamment par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
21. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
22. En quatrième lieu, si le requérant soutient que, compte tenu de son état de santé, la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui énonce notamment qu'un étranger " ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " et qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 11.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 3 octobre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
Le rapporteur,
D. Charageat
La présidente,
J. JimenezLe greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026