mardi 29 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | LAUNOIS FLACELIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er février 2023, M. B A, représenté par la SELARL Launois Fondaneche, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de douze mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- le droit d'être entendu a été méconnu ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- des erreurs de fait ont été commises : il ne représente aucune menace à un intérêt fondamental de la société française et ne constitue aucune charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale ;
- le préfet a commis une erreur de droit et la décision est entachée d'un défaut de base légale : il résidait en France depuis moins de trois mois, il ne constitue aucune charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, il ne représente aucune menace à un intérêt fondamental de la société française ;
- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.
S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée et sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été violé.
S'agissant du pays de destination :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
S'agissant de l'interdiction de circulation d'une durée de douze mois :
- le signataire est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- le droit d'être entendu a été méconnu ;
- la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales est irrégulière ;
- la décision est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant le départ volontaire et fixant le pays de destination ;
- une erreur de droit a été commise ;
- le droit de l'Union européenne a été méconnu ;
- une erreur d'appréciation a été commise quant au principe et à la durée.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a produit aucun mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2023.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 24 août 2023.
Les parties n'étant pas présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant roumain né le 16 février 1996 à Urlati, déclare dans sa requête être entré en France le 25 décembre 2022. Il demande l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de douze mois.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 28 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny a accordé au requérant l'aide juridictionnelle totale. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition produit par le préfet de la Seine-Saint-Denis, que M. A a pu présenter ses observations notamment sur son entrée et son séjour en France, sa situation administrative, ses ressources et les perspectives de sa reconduite, en faisant notamment valoir qu'il souhaitait rester en France en raison de la présence de sa fille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, lequel relève des droits de la défense qui figurent au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / () / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ".
5. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur l'absence de droit au séjour du requérant ainsi que sur son comportement constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.
6. S'agissant du premier motif, le préfet a relevé que M. A, qui a déclaré être entré en France en 2021 et ne démontrait pas sa présence sur ce territoire depuis moins de trois mois, ne justifiait pas d'une activité professionnelle ni disposer de ressources suffisante afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ou bénéficier d'une assurance maladie.
7. D'une part, il ressort de l'audition de l'intéressé que ce dernier a déclaré ne pas avoir quitté le territoire français depuis 2021 et il n'apporte aucune preuve de ce qu'il serait entré en France le 25 décembre 2022 ainsi qu'il l'allègue dans sa requête. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en fondant son arrêté sur le 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité au point 4.
8. D'autre part, en alléguant dans son audition revendre dans les brocantes toutes sortes d'objets trouvés sur son chemin, M. A ne justifie pas de ressources suffisantes pour qu'il ne devienne pas une charge pour le système d'assistance sociale et ne saurait utilement faire valoir qu'il n'a pas sollicité le bénéfice de ce système. En outre, il ne justifie pas être détenteur d'une assurance maladie au sens du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précité au point 4. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut de base légale doivent être écartés.
9. S'agissant du second motif, le requérant conteste avoir commis les faits délictueux mentionnés dans la décision en litige et en l'absence de tout élément produit par le préfet, il est fondé à soutenir que décision en litige est entachée d'illégalité. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé sur le motif erroné tiré de la menace à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société dès lors qu'il ne justifie d'aucun droit au séjour au sens du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité au point 4. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.
10. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français ni des pièces du dossier, notamment des déclarations du requérant au cours de son audition alléguant qu'il n'a pas quitté le territoire français depuis 2021, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Si, ainsi qu'il a été précédemment indiqué, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement du requérant représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé sur ce motif erroné. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.
11. En quatrième lieu, M. A, qui s'est prévalu au cours de son audition d'une présence en France depuis 2021, ne justifie ni d'une insertion professionnelle stable ni d'une intégration sociale. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier un obstacle à ce qu'il reconstitue, dans son pays d'origine, sa cellule familiale avec sa compagne, de même nationalité, et leur enfant. Par suite, et en dépit de la circonstance que son comportement ne représente pas une menace grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne le pays de destination :
12. En premier lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
13. En second lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que l'obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le requérant ne peut exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne les autres décisions :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. /
L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence (). ".
15. Ainsi qu'il a été précédemment indiqué, le second motif tiré de ce que le comportement du requérant représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société est erroné. En outre, le premier motif retenu par le préfet et tiré de l'absence de droit au séjour n'est pas de nature, à lui seul, à caractériser l'urgence au sens de la disposition précitée au point 14. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet a méconnu l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
17. Ainsi qu'il a été précédemment indiqué, le motif tiré de ce que le comportement du requérant représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, prévu par le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est erroné. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de douze mois, le préfet a commis une erreur d'appréciation.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et le pays de destination doivent être rejetées. En revanche, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre ces décisions, M. A est fondé à demander l'annulation des décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et prononçant à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de douze mois.
Sur les frais liés au litige :
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions du 30 janvier 2023 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de douze mois sont annulées.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Launois et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2023.
La magistrate désignée,
C. C La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026