lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | DILAWAR |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 1er février 2023, enregistrée le jour même au greffe du tribunal administratif de Montreuil, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de
M. B E.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 17 novembre et 29 décembre 2022 et 23 juin 2023, M. E, représenté par Me Cardot et Me Dilawar, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à défaut " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire et dans la même condition d'astreinte, de réexaminer sa demande ;
3°) l'effacement du signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :
- la compétence du signataire n'est pas établie ;
- les décisions sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le principe du respect des droits de la défense a été violé ;
- l'intérêt supérieur de l'enfant a été méconnu ;
- les décisions contreviennent aux articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions posées par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;
- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.
S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
- la décision est insuffisamment motivée et le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- une erreur de droit a été commise.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2023 :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de Me Cardot, représentant M. E, qui reprend les moyens de la requête et produit la requête envoyée par télécopie au tribunal administratif de Versailles le 17 novembre 2022.
Le préfet de l'Essonne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant sri lankais né le 28 mars 1997 à Thavalai Lyattalai, a déclaré être entré en France en mai 2017. Interpelé le 16 novembre 2022 dans le cadre d'un contrôle sur le travail dissimulé, il a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour et de circulation. Le jour même, le préfet de l'Essonne a, par un arrêté dont M. E demande l'annulation, obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les moyens communs dirigés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :
2. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français comporte, en droit, la mention de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en fait, la circonstance que M. E a méconnu les dispositions de l'article
L. 5221-5 du code du travail et que sa demande d'asile a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (" OFPRA ") puis la Cour nationale du droit d'asile (" CNDA "). La décision précise également que le requérant déclare être hébergé chez un proche, qu'il est célibataire, sans charge de famille et n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa mère. Par ailleurs, la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, sont visés l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 612-3 du même code. La décision précise, en fait, notamment la menace à l'ordre public que représente le requérant, la circonstance qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et le fait qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il a dissimulé des éléments de son identité et n'a pas présenté de passeport valide. S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, la décision en litige mentionne, en droit, les articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 612-10 du même code et précise, en fait, la date d'entrée alléguée du requérant en France, l'absence d'attache familiale dans ce pays, la circonstance qu'il a utilisé un alias, la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et le comportement constitutif d'un trouble à l'ordre public. Par ailleurs, le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble de la situation de l'intéressé et la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions précitées doit être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur les moyens communs dirigés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du
17 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Essonne le même jour, le préfet de l'Essonne a donné à M. C A, directeur de l'immigration et de l'intégration et signataire des décisions en litige, délégation à l'effet de signer tous les arrêtés, actes et décisions dans les matières ressortissant à ses attributions, à l'exclusion de certains dont les décisions en litige ne font pas partie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, M. E, entré sur le territoire français au cours de l'année 2017, est connu des services de police pour avoir exécuté un travail dissimulé les
30 janvier 2019 et 16 novembre 2022, ce qui dénote une faible insertion sociale à défaut de constituer une menace pour l'ordre public. S'il justifie ne pas avoir dissimulé son identité, eu égard notamment aux retranscriptions de son prénom dans ses acte de naissance et passeport, il n'a toutefois pas exécuté une précédente mesure d'éloignement du 6 novembre 2019.
En outre, le travail dont il se prévaut ne présente pas de caractère d'ancienneté. Par ailleurs, M. E est célibataire, sans charge de famille en France et la circonstance qu'une tante y résiderait régulièrement n'est pas de nature à attester de lien particulièrement notable alors qu'il bénéficie de forts liens dans son pays d'origine où réside sa mère et dans lequel il n'établit aucune crainte en cas de retour. Dans ces conditions, en dépit de l'absence d'une menace à l'ordre public et de dissimulation de l'identité, contrairement à ce qu'a retenu le préfet, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En troisième lieu, les moyens, soulevés dans la requête sommaire, tirés de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation, de la violation des droits de la défense, de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant et de la violation de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent donc être écartés.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, indépendamment de l'énumération faite par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une telle mesure.
8. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas l'attribution de plein droit d'un titre de séjour. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En second lieu, et pour les mêmes motifs tenant à la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. E telle que précédemment évoquée au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
10. En premier lieu et eu égard à la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. E telle que précédemment évoquée au point 5 et en dépit de l'absence de menace à l'ordre public et de dissimulation de l'identité, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
11. En second lieu, il ressort des termes de la décision en litige, ainsi qu'il a été précédemment indiqué au point 2, que le préfet a tenu compte de l'ensemble des critères posés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans que le requérant puisse utilement faire valoir, à l'appui du moyen tiré de l'erreur de droit, que les éléments retenus par le préfet étaient erronés, le moyen doit être écarté.
Sur le pays de destination :
12. La demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA et le récit de l'intéressé, relatif à des craintes de persécutions en raison de liens qu'entretiendraient des membres de sa famille avec le mouvement des tigres de libération de l'Eelam tamoul, ne permet pas d'établir ses craintes personnelles et actuelles en cas de retour au Sri Lanka.
Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à obtenir l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 16 novembre 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par conséquent, ses conclusions d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
La magistrate désignée,
C. D La greffière,
P. Znaor
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026