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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2301422

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2301422

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2301422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 1er févier 2023, le président du Tribunal administratif de Melun a transmis le dossier de la requête au Tribunal administratif de Montreuil.

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Garcia, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à cette même autorité de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :

- qu'elles méconnaissent le droit d'être entendu avant la prise d'une décision défavorable issu de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, et le droit d'être assisté par un avocat prévu par l'article 6 de la directive 2008/115, en ce qu'elle n'a pu bénéficier d'une assistance juridique antérieurement à la décision d'éloignement litigieuse.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- qu'elle est insuffisamment motivée ;

- qu'elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation ;

- qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- qu'elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que la requérante ne présente pas un risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire Français :

- qu'elle est insuffisamment motivée ;

- qu'elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

- la décision par laquelle le président du Tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Rémy Combes, premier conseiller, pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2, L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Combes, magistrat désigné ;

- les observations de Me Garcia pour la requérante, qui fait en outre valoir que la mesure d'éloignement contestée méconnait les dispositions de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, et de Me Dussault pour le préfet de la Seine-Saint-Denis.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions en date du 19 janvier 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé Mme A B, ressortissante tunisienne née le 24 avril 1986, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de douze mois. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Et aux termes de l'article R. 521-4 : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. Il en est de même lorsque l'étranger a introduit directement sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sans que sa demande ait été préalablement enregistrée par le préfet compétent. Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ".

3. Il résulte de ces dispositions que les services de police doivent orienter l'étranger présentant une demande d'asile devant eux vers le préfet compétent et, sous réserve de certains cas, cette autorité est tenue d'enregistrer cette demande et de délivrer une attestation d'enregistrement de la demande d'asile. L'étranger dispose, dans ce cas, d'un droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande.

4. Il ressort du procès-verbal d'audition de Mme B par les services de police le 19 janvier 2023, que celle-ci a déclaré ne pas être retournée en Tunisie après l'expiration de son visa parce qu'elle était " recherchée là-bas " en raison de " problèmes avec des islamistes de l'ancien gouvernement ", et qu'elle voulait " faire [ses] papiers pour faire l'asile ". Dès lors, le préfet ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, l'obliger à quitter le territoire français sans avoir préalablement envisagé la remise de l'intéressée à l'Etat responsable de 1'examen de sa demande, dans le cas où celle-ci ne relèverait pas de la compétence de la France, ou transmis sa demande à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il ressort d'ailleurs des éléments produits à l'audience que l'intéressée a formé une demande d'asile le 17 février 2023, à la suite de son placement en rétention administrative.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ainsi que, par voie de conséquence, celles par lesquelles le préfet a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être reconduit d'office et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une période de douze mois.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre sans délai autorisation provisoire de séjour à Mme B, et réexamine, dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision, son droit au séjour, notamment au regard du sens de la décision rendue ou à rendre par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur la demande d'asile qu'elle a formée le 17 février 2023. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a également lieu d'enjoindre à cette même autorité de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de Mme B dans le système d'information Schengen, dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté en date du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé Mme B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de douze mois, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer sans délai autorisation provisoire de séjour à Mme B, et de réexaminer, dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision, son droit au séjour.

Article 3 : Il est également enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de Mme B dans le système d'information Schengen, dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : L'Etat versera à Mme B la somme de de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 2 juin 2023.

Le magistrat désigné par le

président du tribunal,Le greffier,R. CombesL. Vilmen

La République mande et ordonne au préfet de la Seine Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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