mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LE BAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février et 12 juin 2023, M. B A, représenté par Me Delphine Krzisch, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 16 mars 2023 par laquelle le maire de la commune d'Epinay-sur-Seine a rejeté sa demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de fautes qu'aurait commises la commune et qui engageraient la responsabilité de cette dernière à son égard ;
2°) de condamner la commune d'Epinay-sur-Seine à lui verser sans délai une provision en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, d'un montant de 9 798,14 euros à titre d'indemnisation de ces préjudices ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Epinay-sur-Seine la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, au profit de son conseil.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet du maire de la commune d'Epinay-sur-Seine née le 16 mars 2023 sur son recours indemnitaire préalable n'est pas motivée ;
- le délai de préavis préalable à la notification de l'intention de la commune d'Epinay-sur-Seine de renouveler son dernier contrat était de deux mois et n'a pas été respecté ; que la responsabilité de la commune pour faute se trouve engagée à ce titre ; qu'il est résulté de cette faute un préjudice financier qui doit être réparé à hauteur de 2 814,20 euros ;
- la commune d'Epinay-sur-Seine a recouru abusivement aux contrats précaires en l'embauchant pendant 5 ans et demi par plusieurs contrats à durée déterminée successifs ; que le poste sur lequel il a été recruté correspondait toutefois à un besoin permanent de la commune ; que la responsabilité pour faute de la commune est engagée à ce titre ; qu'il en résulte un préjudice de précarité et un préjudice moral qui doivent être réparés à hauteur de 6 517,50 euros ;
- la commune d'Epinay-sur-Seine a tardé à lui transmettre son certificat de travail à l'échéance de son contrat ; que cette circonstance constitue une faute qui engage sa responsabilité ; qu'il en est résulté un préjudice financier lié à une perte d'indemnités journalières qui doit être indemnisé à hauteur de 466,44 euros.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 31 mai et 14 juin 2023, la commune d'Epinay-sur-Seine, représentée par Me François Le Baut, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, s'agissant des conclusions à fins d'annulation, que celles-ci sont, à titre principal, irrecevables et, à titre subsidiaire, mal fondées. S'agissant des conclusions tendant au versement d'une provision, elle soutient, à titre principal, qu'elles sont mal fondées et, à titre subsidiaire, que tous les chefs de préjudice doivent être minorés dans leurs montants.
Par une ordonnance du 31 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
15 juin 2023 à 12h.
Par une ordonnance du 15 juin 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au
3 juillet 2023 à 12h.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la directive n°1999/70/CE du 28 juin 1999 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été recruté par la commune d'Epinay-sur-Seine comme agent public contractuel en qualité d'adjoint technique territorial principal de deuxième classe (catégorie C) du 12 juin 2017 au 11 décembre 2022 par plusieurs contrats à durée déterminée successifs couvrant chacun une période de six mois à un an. Il exerçait dans la commune les fonctions de conducteur de car au service transports du centre technique municipal. Peu avant le terme de son dernier contrat, la commune lui a proposé, par courrier du 29 novembre 2022, un renouvellement pour une période de six mois courant du 12 décembre 2022 au 11 juin 2023. M. A n'a pas donné suite à cette proposition de renouvellement de son contrat. Par courrier en date du 11 janvier 2023, reçu le 16 janvier par les services municipaux, il a adressé au maire de la commune d'Epinay-sur-Seine une réclamation indemnitaire préalable tendant à ce que la commune lui verse la somme de 11 566,44 euros en réparation de divers préjudices qu'il estime avoir subis. M. A demande au juge des référés d'annuler la décision implicite née le 16 mars 2023 par laquelle le maire de la commune d'Epinay-sur-Seine a rejeté sa réclamation et de condamner la commune à lui verser une provision d'un montant de 9 798,14 euros à titre d'indemnisation de ces préjudices.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes, d'une part, des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Aux termes, d'autre part, des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
3. Il résulte de ces dispositions combinées, qui définissent l'office du juge du référé provision, que ce juge, qui ne peut statuer que par des mesures qui présentent un caractère provisoire et qui n'est pas saisi du principal, n'a pas le pouvoir d'annuler une décision administrative, les effets découlant d'une telle annulation étant irréversibles. En outre, la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus de deux mois par le maire de la commune d'Epinay-sur-Seine sur la demande indemnitaire formée par M. A le 11 janvier 2023 a eu pour effet de lier le contentieux qui relève, eu égard à l'objet de la demande, de la pleine juridiction. Au regard de l'objet de ce contentieux, qui conduit le juge des référés à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la provision qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige de sorte que le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision est inopérant. Il s'ensuit que, lorsque le juge des référés est saisi de conclusions à fins d'annulation de la décision par laquelle l'administration a rejeté la réclamation indemnitaire préalable obligatoire du demandeur, il doit les rejeter comme irrecevables. Ainsi, il y a lieu d'accueillir la première fin de non-recevoir opposée par la commune d'Epinay-sur-Seine en rejetant comme irrecevables les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite du 16 mars 2023 par laquelle le maire de cette commune a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la demande de provision en tant qu'elle sollicite la réparation du préjudice moral subi du fait du recours abusif aux contrats à durée déterminée :
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
5. La décision par laquelle une personne publique rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si, après l'expiration de ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n'est fait exception à ce qui précède que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation.
6. Si M. A sollicite la réparation du préjudice moral qu'il impute à la situation de précarité dans laquelle l'aurait placé le recours abusif de la commune d'Epinay-sur-Seine à des contrats à durée déterminée entre 2017 et 2022, il ne le fait valoir pour la première fois que dans son mémoire en réplique enregistré le 12 juin 2023 alors que, la décision implicite de rejet de sa réclamation préalable étant née le 16 mars 2023, M. A ne pouvait demander réparation de ce préjudice moral que jusqu'au 17 mai 2023. Par suite, la seconde fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie en rejetant comme irrecevable la demande de provision en tant seulement qu'elle sollicite la réparation du préjudice moral que M. A aurait subi du fait du recours abusif par la commune aux contrats à durée déterminée.
Sur la demande de provision :
7. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il appartient au juge des référés, dans le cadre de cette procédure, de rechercher si, en l'état du dossier qui lui est soumis, l'obligation du débiteur éventuel de la provision est ou n'est pas sérieusement contestable sans avoir à trancher ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi. Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
En ce qui concerne l'obligation d'indemnisation tirée du non-respect du délai de préavis de deux mois :
8. Aux termes du I de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction résultant du décret n°2022-1153 du 12 août 2022 : " I. - Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / () / Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. / Lorsqu'il est proposé de renouveler le contrat, l'agent contractuel dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. L'autorité territoriale informe l'agent des conséquences de son silence. En cas de non-réponse dans le délai prévu, l'intéressé est présumé renoncer à son emploi ".
9. Il résulte de l'instruction que M. A a été recruté par contrat à durée déterminée par la commune d'Epinay-sur-Seine à compter du 12 juin 2017 et que, depuis cette date, son contrat a sans cesse été renouvelé ou son activité prolongée, sans interruption, jusqu'au 11 décembre 2022 de sorte que le requérant justifie bien d'une ancienneté supérieure à deux ans au total à l'échéance de son dernier contrat. En application des dispositions précitées du décret du 15 février 1988, la commune a donc commis une faute en notifiant au requérant son intention de renouveler ce contrat par courrier du 29 novembre 2022, soit en méconnaissance du délai de préavis. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A s'est vu proposer par son employeur le renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée pour six mois, proposition qu'il est réputé avoir décliné étant donné qu'il n'y a pas donné suite dans le délai de huit jours qui lui était imparti par les dispositions précitées du I de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988. Ainsi, s'il soutient que le non-respect du délai de préavis l'aurait empêché de commencer sa recherche d'emploi avant la notification, tardive, du renouvellement de son contrat, rien n'empêchait M. A de se rapprocher de son employeur en vue d'une requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée ou de consentir au renouvellement de son contrat tout en entamant ses recherches en vue du nouveau terme de la relation contractuelle, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'il espérait obtenir le renouvellement de son contrat requalifié en contrat à durée indéterminée. M. A est donc lui-même à l'origine du préjudice qu'il invoque. En tout état de cause, il a retrouvé un emploi rapidement après le terme de son dernier contrat à durée déterminée puisqu'il a signé un contrat d'intérim le 2 février 2023 portant sur un poste de conducteur de transports en commun. M. A échoue donc à démontrer que la faute commise par la commune d'Epinay-sur-Seine lui a causé un préjudice. L'obligation d'indemnisation tirée du non-respect du délai de préavis de deux mois est donc sérieusement contestable.
En ce qui concerne l'obligation d'indemnisation tirée de l'absence de transmission rapide du certificat de travail :
10. Aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail, applicable aux agents non titulaires des collectivités territoriales en vertu des dispositions de l'article L. 5424-1 du même code : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi () ".
11. Il résulte de l'instruction que la commune d'Epinay-sur-Seine a communiqué à
M. A un certificat de travail qui a été établi le 27 décembre 2022 et une attestation d'employeur établi à la même date que la commune d'Epinay-sur-Seine indique en défense sans être contredite avoir transmise à Pôle emploi. En ce qui concerne le certificat de travail, sa transmission au requérant, qui devait avoir lieu à l'issue de son contrat, soit le 12 décembre 2022, est intervenue le 27 décembre 2022. Toutefois, en dépit de ce retard de quinze jours, la transmission est intervenue dans un délai raisonnable de sorte qu'aucune faute ne peut être imputée à la commune d'Epinay-sur-Seine. En tout état de cause, M. A ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, avoir entamé des démarches, qui se seraient révélées infructueuses du fait de ce retard, pour s'inscrire à Pôle emploi dès le terme de son contrat. Au demeurant, M. A ne justifie pas davantage avoir sollicité ultérieurement auprès de la commune d'Epinay-sur-Seine, dont il n'est pas contesté qu'elle n'a pas conclu de convention avec Pôle emploi, le versement des sommes correspondant aux indemnités qu'il estime dues au titre de la période antérieure à la transmission de son certificat de travail. Son préjudice financier n'apparaît donc pas suffisamment réel et certain. L'obligation d'indemnisation tirée de l'absence de transmission rapide de son certificat de travail par son ancien employeur est sérieusement contestable.
En ce qui concerne l'obligation d'indemnisation tirée du caractère abusif du renouvellement des contrats à durée déterminée liant le requérant à la commune d'Epinay-sur-Seine :
12. Aux termes des dispositions de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans leur rédaction applicable au litige : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ". Aux termes des dispositions de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans leur rédaction applicable au litige : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ".
13. Aux termes de l'article 1er de la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée : " La présente directive vise à mettre en œuvre l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée, figurant en annexe, conclu le 18 mars 1999 entre les organisations interprofessionnelles à vocation générale (CES, UNICE, CEEP) ". Aux termes de l'article 2 de cette directive : " Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 10 juillet 2001 ou s'assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux ont mis en place les dispositions nécessaires par voie d'accord, les États membres devant prendre toute disposition nécessaire leur permettant d'être à tout moment en mesure de garantir les résultats imposés par la présente directive. Ils en informent immédiatement la Commission. '' ". Aux termes des stipulations de la clause 5 de l'accord-cadre annexé à la directive, relative aux mesures visant à prévenir l'utilisation abusive des contrats à durée déterminée : " 1. Afin de prévenir les abus résultant de l'utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs, les États membres, après consultation des partenaires sociaux, conformément à la législation, aux conventions collectives et pratiques nationales, et/ou les partenaires sociaux, quand il n'existe pas des mesures légales équivalentes visant à prévenir les abus, introduisent d'une manière qui tienne compte des besoins de secteurs spécifiques et/ou de catégories de travailleurs, l'une ou plusieurs des mesures suivantes : a) des raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ; b) la durée maximale totale de contrats ou relations de travail à durée déterminée successifs ; c) le nombre de renouvellements de tels contrats ou relations de travail. 2. Les États membres, après consultation des partenaires sociaux et/ou les partenaires sociaux, lorsque c'est approprié, déterminent sous quelles conditions les contrats ou relations de travail à durée déterminée : a) sont considérés comme "successifs" ; b) sont réputés conclus pour une durée indéterminée ".
14. Il ressort de l'interprétation de la directive retenue par la Cour de justice de l'Union européenne, en particulier dans son arrêt C-586/10 du 26 janvier 2012, que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective au sens de la clause citée ci-dessus, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas un abus, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause.
15. Il incombe au juge administratif, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
16. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a exercée, en tant qu'agent contractuel territorial, des fonctions de conducteur de car à temps complet au sein de la commune d'Epinay-sur-Seine de manière ininterrompue du 12 juin 2017 au 11 décembre 2022, période durant laquelle il était lié à la commune par sept contrats à durée déterminée successifs. Les trois premiers contrats couvraient chacun une période de six mois tandis que les quatre autres couvraient chacun une période d'un an. Ainsi qu'il est soutenu en défense, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions portées aux contrats de travail signés par M. A, que le recours à ces sept contrats à durée déterminée était justifié par la nécessité, dans les conditions prévues par l'ancien article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984, de pourvoir à la vacance temporaire d'un emploi d'adjoint technique territorial principal de 2ème classe dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire titulaire et que tous ces contrats ont été conclus à la suite d'une déclaration de vacance enregistrée auprès du centre interdépartemental de gestion de la petite couronne d'Ile-de-France et portant sur un emploi d'adjoint technique principal de 2ème classe créé par délibération du conseil municipal de la commune d'Epinay-sur-Seine. Eu égard, enfin, au nombre limité de contrats à durée déterminée conclus sur une période qui ne dépasse pas cinq ans et demi, M. A, qui se borne à affirmer que son recrutement visait à satisfaire un besoin permanent de la commune, n'est pas fondé à soutenir que le recours à sept contrats à durée déterminée successifs caractériserait manifestement un abus engageant la responsabilité pour faute de la commune d'Epinay-sur-Seine. Il s'ensuit qu'en l'absence de faute, l'obligation d'indemnisation tirée du caractère abusif du renouvellement des contrats à durée déterminée liant le requérant à la commune d'Epinay-sur-Seine est sérieusement contestable.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à la condamnation de la commune d'Epinay-sur-Seine à lui verser sans délai une provision d'un montant de 9 798,14 euros ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Epinay-sur-Seine, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. A demande, au profit de son conseil, au titre des frais liés à l'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme à verser à la commune d'Epinay-sur-Seine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Epinay-sur-Seine au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la commune d'Epinay-sur-Seine.
Fait à Montreuil, le 12 juillet 2023.
La juge des référés,
M. SALZMANN
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026