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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2301617

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2301617

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2301617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantBALBO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 février 2023, le 14 juin 2024 et le 25 juin 2024, M. B A, représenté par Me Balbo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande d'habilitation à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer cette habilitation à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa demande sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement.

Il soutient que l'arrêté est entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de police de Paris conclut à l'irrecevabilité et au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable faute d'exposé de moyens ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports ;

- le code de l'aviation civile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Morisset, et les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique, ont été entendus au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société Triangle 60, qui emploie M. B A en tant que manutentionnaire intérimaire, a déposé le 24 mai 2022 une demande d'habilitation autorisant l'intéressé à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires. Cette demande a été rejetée par un arrêté du préfet de police de Paris du 20 décembre 2022. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ". Dans sa requête introductive, M. A conteste notamment les faits qui lui sont reprochés. La fin de non-recevoir tirée de ce que la requête aurait, en méconnaissance de l'article R. 411-1 précité, été dépourvue de moyens ne peut qu'être écartée.

3. Aux termes de l'article L. 6342-3 du code des transports : " Doivent être habilités par l'autorité administrative compétente : / 1° Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes () ". Aux termes de l'article R. 213-3-1 du code de l'aviation civile, alors applicable : " I.- L'habilitation mentionnée à l'article L. 6342-3 du code des transports est demandée par l'entreprise ou l'organisme qui emploie la personne devant être habilitée () / II.- L'habilitation peut être retirée ou suspendue par le préfet territorialement compétent lorsque la moralité ou le comportement de la personne titulaire de cette habilitation ne présente pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'Etat, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou sont incompatibles avec l'exercice de son activité () ".

4. Pour estimer le comportement de M. A incompatible avec l'exercice d'une activité dans les zones à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires et prononcer, en conséquence, le refus d'habilitation en litige, le préfet de police de Paris s'est fondé sur la circonstance que M. A avait été signalé en juin 2020 par le peloton de secourisme de la gendarmerie dans les Hautes-Alpes en compagnie d'autres personnes vêtues de tenues paramilitaires djihadistes au cours d'une randonnée sur le Mont Chaberton, que son père est un ancien militant GSPC (groupe salafiste pour la prédication et le combat) connu en 2013 pour avoir tenté de rejoindre la Syrie, que l'intéressé est en lien avec des individus proches de la mouvance islamiste radicale et que son entourage est défavorablement connu des services de police et que, compte tenu de ses fonctions en partie critique de la zone de Sûreté à accès règlementé, il pouvait présenter un danger pour sécurité et la sûreté des personnes et des biens.

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la " note blanche " que les faits reprochés à M. A portent essentiellement sur la randonnée effectuée par l'intéressé en juin 2020 et à l'occasion de laquelle un peloton de gendarmerie serait intervenu pour aider ce dernier et ses amis qui auraient été vus en tenues " paramilitaires " en montagne. Toutefois, aucune autre pièce ne vient corroborer cet élément, fermement contesté par le requérant, de même qu'aucun procès-verbal de gendarmerie, ni aucune constatation portant sur d'autres faits postérieurs, n'est versé au dossier. S'agissant des " attributs physiques radicaux " dont il est fait mention, les seules circonstances que M. A portait, au moment du seul fait rapporté dans cette " note blanche ", une barbe fournie et qu'un de ses amis portait un " pacol " ne sauraient, établir une radicalisation de ce dernier, cette radication alléguée ne pouvant, non plus, se déduire de la seule circonstance qu'il est, selon l'arrêté en litige, " en lien avec des individus proches de la mouvance islamiste radicale ".

6. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de police de Paris a entaché sa décision d'erreur de fait et d'appréciation en considérant que son comportement était incompatible avec l'exercice des fonctions envisagées en zone de sûreté à accès réglementé et lui refusant, pour ce motif, l'habilitation sollicitée.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris a refusé d'habiliter M. A à accéder à la zone de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires doit être annulé.

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer la demande de M. A, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 décembre 2022 du préfet de police de Paris est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de la demande présentée par M. A dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Robbe, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Hégésippe, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

A. MORISSET

Le président,

J. ROBBE Le greffier,

C. CHAUVEY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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