vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301967 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2023, M. A C, représenté par Me de Seze, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 07 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités chypriotes ;
3°) d'enjoindre au Préfet de la Seine-Saint-Denis, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation en ce qu'il ne fait pas mention des mauvais traitements subis par le requérant de la part des autorités chypriotes ;
- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est intervenu en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013, dès lors que les brochures requises en vertu de cet article lui ont été remises en français alors qu'il ne sait pas lire le français et comprend uniquement le lingala ;
- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est intervenu en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 603/2013 du 23 juin 2013 dès lors que l'agent de la préfecture ayant mené l'entretien individuel aurait dû bénéficier d'une délégation de signature régulièrement publiée de la part du préfet et doit être qualifié en vertu du droit national ;
- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est intervenu en méconnaissance des articles 23 et 25 du règlement (UE) n°604/2013 du 23 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas possible de s'assurer de l'existence de l'accord et de la saisine des autorités chypriotes dans les délais
impartis ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 et de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme dès lors que le préfet aurait pu faire jouer la clause discrétionnaire à son bénéficie en vue des mauvais traitements qu'il risque à nouveau de subir s'il était transféré à Chypre.
Par un mémoire en défense enregistré le 02 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que ses moyens sont infondés.
Vu :
- l'arrêté attaqué
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative,
Le président du Tribunal a désigné M. Tukov pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tukov ;
- les observations de Me De Seze, représentant M. C, qui reprend les termes de la requête, y ajoutant qu'il avait demandé l'assistance d'un interprète en lingala à la présente audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est un ressortissant congolais qui s'est présenté au préfet de la Seine-Saint-Denis le 04 novembre 2022 afin de demander l'asile. Il demande l'annulation de l'arrêté du 07 février 2023 par lequel le préfet a cependant décidé son transfert aux autorités chypriotes.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
3. En premier lieu, le requérant soutient que l'arrêté du 07 février 2023 décidant son transfert aux autorités chypriotes est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation car le préfet n'y fait pas figurer les mauvais traitements dont il aurait été victime à Chypre et qu'il a portés à la connaissance de l'agent de la préfecture lors de son entretien individuel. Néanmoins, l'arrêté portant transfert de M. C aux autorités chypriotes précise les éléments de sa situation personnelle, en indiquant notamment qu'il est marié, sans enfant à charge et ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France. Il ne ressort nulle part du résumé de l'entretien individuel que l'intéressé aurait porté à la connaissance de la préfecture qu'il aurait été victime de mauvais traitements en Chypre. Dès lors, il ne peut être reproché au préfet de n'en avoir pas fait mention sur l'arrêté querellé. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information /1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: /a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; /b) des critères de détermination de l'État membre responsable (); /c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert;/e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; /f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune (). Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que les brochures mentionnées par ces dispositions ont été remise à M. C le 04 novembre 2022, dans leur version en français, langue que le requérant a admis comprendre ainsi qu'en atteste sa signature portée sans réserve sur chacune de ces brochures. Par ailleurs, si le conseil du requérant a notifié à l'audience que celui-ci voudrait être entendu en lingala et qu'il a demandé dans sa requête, l'assistance d'un interprète en lingala, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier qu'une telle demande aurait été formulée, ni que le requérant aurait indiqué ne pas savoir lire. D'ailleurs, le reçu de notification de la date d'audience comportant la rubrique " Votre client (e) souhaite-t-il (elle) l'assistance d'un interprète " n'a pas été complété et renvoyé au greffe. Le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'ont pas été respectées doit donc être écarté, sans qu'il apparaisse d'une bonne administration de la justice, dès lors, de renvoyer l'affaire à une audience ultérieure comme le conseil du requérant l'aurait souhaité. A ce titre, l'absence au dossier de la fiche de déclaration du choix de la langue lors de l'entretien individuel n'est pas susceptible, à elle seule, de remettre en cause cette appréciation.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ". Ni ces dispositions, ni aucun principe n'imposent que figure sur le compte rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien.
7. M. C soutient que l'agent de la préfecture ayant mené l'entretien individuel aurait dû bénéficier d'une délégation de signature régulièrement publiée de la part du préfet de la Seine-Saint-Denis et doit être qualifié en vertu du droit national. Toutefois, dès lors, d'une part, que l'entretien individuel ne présente pas le caractère d'une décision du Préfet, d'autre part, que les dispositions susvisées prévoient uniquement que l'entretien individuel soit mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et dans les conditions garantissant dûment la confidentialité, aucune délégation de signature de la part du préfet au bénéfice de l'agent ayant mené l'entretien individuel n'apparaît nécessaire. Il ressort du dossier qu'un entretien a été mené le 04 novembre 2022 avec M. C, par un agent de la préfecture de la Seine-Saint-Denis qui a apposé sa signature, et duquel le résumé comporte la mention non utilement contestée de sa conduite par un agent qualifié. Le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'ont pas été respectées doit en conséquence être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dispose que : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. La Chypre, état membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il est, dès lors, présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Une telle présomption n'est pas irréfragable.
9. M. C soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas jouer la clause discrétionnaire à son bénéfice en vue des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et a ainsi violé l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Le requérant fait état des mauvais traitements qu'il aurait subis à Chypre. A l'appui de ces déclarations, M. C verse au débat quelques photographies et des documents médicaux. Toutefois, ces pièces ne sont pas assez circonstanciées pour démontrer la réalité des mauvais traitements qu'il aurait subis, et subséquemment sa vulnérabilité particulière. Le requérant ne fait état d'aucune autre circonstance particulière susceptible d'établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, doit donc également être écarté, la présence alléguée en France de la mère du requérant ne pouvant, à elle seule, modifier cette appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me de Seze et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le XX mars 2023.
Le magistrat désigné,
C. TukovLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026