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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2302062

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302062

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2302062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 17 février et 12 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Langlois, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 juillet 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'un an dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ; à titre subsidiaire, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen ;

4°) de mettre à la charge du préfet de la Seine-Saint-Denis une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable.

La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'ayant pas été communiqué, de même que les éléments sur lesquels l'OFII s'est fondé pour émettre cet avis ; en outre, il n'est pas justifié de l'absence du médecin inspecteur au sein du collège de médecins de l'OFII ; il n'est pas démontré que cet avis a été pris au terme d'une délibération collégiale ;

- est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par l'OFII ;

- est entachée d'irrégularités tirées de la consultation du fichier relatif aux antécédents judiciaires ;

- méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 et l'article 23 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnaît l'article 7 paragraphe 2 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien interprété à la lumière des conditions fixées aux articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la caractérisation d'une menace à l'ordre public ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée pour prendre une obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 4 septembre 2023, ont été présentés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et ont été communiqués à la requérante et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Par ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 octobre 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées signée à New-York le 30 mars 2007 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- et les observations de Me Rein substituant, Me Langlois, représentant Mme C.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 2 août 1984, a sollicité le 24 février 2022 un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " en qualité d'accompagnante d'un enfant mineur malade. Par décision du 27 juillet 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine Saint Denis a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de deux ans.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

En ce qui concerne le cadre légal :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

3. Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.

4. Si dans le cadre de ce pouvoir discrétionnaire, il est simplement loisible au préfet de police de consulter pour avis le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le respect de la procédure relative à l'édiction de cet avis s'impose alors à lui lorsqu'il a décidé de procéder à cette consultation. Doivent ainsi être notamment respectées dans une telle hypothèse les dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles la décision préfectorale doit être précédée d'un avis rendu collégialement par trois médecins de l'OFII sur la base d'un rapport médical rédigé par un autre médecin.

En ce qui concerne la motivation de la décision et le défaut d'examen :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision litigieuse du préfet de la Seine-Saint-Denis comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est suffisamment motivée même si elle ne vise pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. De plus, il ressort des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision contestée, le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de Mme C et de son enfant à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen doivent être écartés.

En ce qui concerne la régularité de la procédure préalable devant le collège des médecins de l'OFII :

7. En premier lieu, si Mme C soutient que l'avis du collège de médecins de l'OFII, en date du 2 juin 2022, ne lui a pas été communiqué et qu'elle a ainsi été privée de la possibilité de vérifier sa régularité et son contenu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose une telle communication. Au demeurant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit cet avis dans le cadre de la présente instance.

8. En deuxième lieu, il ressort des mentions portées sur le bordereau de transmission de cet avis au préfet de la Seine-Saint-Denis que le médecin ayant établi le rapport médical sur le fondement duquel se sont prononcés les médecins, membres du collège de médecins, n'a pas siégé au sein de ce collège. De plus, la circonstance que l'avis émis n'aurait pas été précédé d'échanges, oraux ou écrits, entre les membres du collège est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis dès lors que ceux-ci se bornent à se prononcer en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office.

9. En troisième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'exige une communication des informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège de médecins pour prendre son avis.

10. En conséquence, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis émis le 2 juin 2022 par le collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens liés à l'état de santé de l'enfant de la requérante :

11. En premier lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle.

12. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

13. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé, eu égard à l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si l'état de santé du fils de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. Il ressort des pièces du dossier que le fils de la requérante souffre d'épilepsie et d'un trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) avec trouble des apprentissages. Il fait l'objet d'un suivi neuro-pédiatrique rapproché et bénéficie d'un traitement médical à base de méthylphénidate (midazolam). Toutefois, la requérante n'établit pas l'impossibilité de bénéficier d'une prise en charge appropriée à l'état de santé de son enfant en Algérie, par les pièces qu'elle produit, consistant en une liste de l'observatoire de veille des médicaments disponibles en officine non datée établie par le ministère de l'industrie pharmaceutique algérien ainsi qu'en des certificats médicaux, dont certains anciens de plus de trois ans à la date de la décision attaquée, présentant un caractère général et non circonstancié. Il en est de même de l'évaluation neuropsychologique non datée émanant de l'hôpital universitaire Rober-Debré. En outre, en se bornant à invoquer les pénuries de médicaments que connaît l'Algérie, elle ne justifie pas davantage de l'indisponibilité des médicaments du traitement de son enfant. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans entacher sa décision d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade.

14. En second lieu, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII pour rejeter la demande de séjour de Mme C. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

15. En premier lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

16. Si la requérante soutient que son fils, né le 4 juin 2015 en France, ne peut bénéficier en Algérie des conditions de scolarisation dont il dispose sur le territoire national, elle ne produit aucun élément justificatif sur ce point. Elle n'établit pas davantage que son enfant ne peut bénéficier d'une prise en charge appropriée à son état de santé en Algérie, comme exposé au point 13. Ainsi, la décision attaquée ne fait pas obstacle à la reconstitution de la cellule familiale de la requérante ni à la poursuite de la scolarité de son enfant en Algérie, d'autant que la requérante ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels les membres de sa famille résident en Algérie. Dès lors, le préfet, en prenant la décision attaquée, n'a pas porté à son droit au respect de leur vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par ses décisions ni méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6-5 de l'accord franco-algérien, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. La décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 23 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Les États parties reconnaissent que les enfants mentalement ou physiquement handicapés doivent mener une vie pleine et décente, dans des conditions qui garantissent leur dignité, favorisent leur autonomie et facilitent leur participation active à la vie de la collectivité. / 2. Les États parties reconnaissent le droit à des enfants handicapés de bénéficier de soins spéciaux et encouragent et assurent, dans la mesure des ressources disponibles, l'octroi, sur demande, aux enfants handicapés remplissant les conditions requises et à ceux qui en ont la charge, d'une aide adaptée à l'état de l'enfant et à la situation de ses parents ou de ceux à qui il est confié () ".

18. Mme C ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 23 de la convention internationale des droits de l'enfant qui ne créent des obligations qu'à l'égard des États parties à cette convention et ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées : " (). / 2. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants handicapés, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

20. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 13 qu'il n'est pas établi que le fils Mme C ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge adaptée à son handicap en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 2 de l'article 7 de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées doit être écarté.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

22. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que pour refuser de délivrer à M. C un certificat de résidence, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur la circonstance que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public, au motif qu'elle est connue au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour harcèlement moral. En admettant même que le préfet n'aurait pu légalement se fonder sur ces faits, dont la matérialité est contestée par la requérante, pour estimer que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il l'est mentionné précédemment, que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs de sa décision.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ volontaire à trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen invoqué à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, doit être écarté. Il en va de même du moyen invoqué à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire à trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français et tiré par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

25. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, les motifs tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

26. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

27. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a octroyé un délai de trente jours à Mme C pour quitter le territoire français. En dehors d'une demande expresse de l'étranger, les dispositions précitées n'imposent pas au préfet de motiver spécifiquement cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne serait pas suffisamment motivée doit être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

28. En premier lieu, l'interdiction de retour vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également que Mme C s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour ne peut donc qu'être écarté.

29. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

30. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

31. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Langlois et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

M. Israël

La présidente,

Mme DelamarreLa greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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