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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2302181

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302181

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2302181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 19 décembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis, ainsi que l'ensemble des décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions en date des 22 novembre 2010, 14 juillet 2011, 6 août 2012, 21 mars 2014, 1er juin 2014, 19 décembre 2014, 24 juin 2016, 8 août 2016, 28 octobre 2016, 4 janvier 2017, 24 mai 2017, 3 juin 2017, 31 décembre 2019, 15 novembre 2020, 25 novembre 2021, 24 juin 2022, 1er juillet 2022 et 14 octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer les points correspondants à ces infractions sur le capital de son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points contestés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, d'une part, au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision " 48 SI " du 19 décembre 2022 et contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 24 juin 2022 et 1er juillet 2022, ainsi que, d'autre part, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les mentions relatives aux infractions des 24 juin 2022 et 1er juillet 2022 ont été supprimées du relevé intégral du requérant, et l'administration doit être regardée comme ayant retiré la décision " 48 SI " du 19 décembre 2022, dès lors que le capital de points de M. B présente un solde de points positif ;

- les moyens soulevés par le requérant contre les autres décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme C.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48 SI en date du 19 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul, lui a interdit de conduire et enjoint de restituer son titre de conduire. Le requérant demande l'annulation de cette décision, ainsi que celle des décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 22 novembre 2010, 14 juillet 2011, 6 août 2012, 21 mars 2014, 1er juin 2014, 19 décembre 2014, 24 juin 2016, 8 août 2016, 28 octobre 2016, 4 janvier 2017, 24 mai 2017, 3 juin 2017, 31 décembre 2019, 15 novembre 2020, 25 novembre 2021, 24 juin 2022, 1er juillet 2022 et 14 octobre 2022.

Sur l'exception de non-lieu présentée par le ministre de l'intérieur :

2. Il ressort du relevé d'information intégral du 21 avril 2023 renseigné par l'officier du ministère public que les mentions relatives aux infractions des 24 juin 2022 et 1er juillet 2022 ont été supprimées, et que la décision " 48 SI " contestée n'apparaît plus sur le relevé d'information intégral de M. B, dont le solde de point est positif avec deux points sur douze. Dès lors, le ministre doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, les décisions précitées. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions, ainsi que celles présentées à fin d'injonction afférentes à ces décisions, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Et aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

4. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.

5. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. Il ressort du relevé intégral du 21 avril 2023 afférent au permis de conduire de M. B que les infractions relevées les 22 novembre 2010, 14 juillet 2011, 6 août 2012, 21 mars 2014, 1er juin 2014, 19 décembre 2014, 24 juin 2016, 8 août 2016, 28 octobre 2016, 4 janvier 2017, 24 mai 2017, 3 juin 2017, 31 décembre 2019, 15 novembre 2020, 25 novembre 2021 et 14 octobre 2022 ont été constatées par radar automatique et que M. B s'est acquitté des amendes forfaitaires afférentes à ces infractions. Ces paiements permettent d'établir que l'intéressé a bien reçu l'avis de contravention, qui est établi selon les indications prévues par l'article A. 37-8 du code de procédure pénale et comporte les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n'apportant aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant préalablement aux décisions de retrait de point correspondantes. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doit être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48 SI du 19 décembre 2022 et des décisions de retrait de points relatives aux infractions des 24 juin 2022 et 1er juillet 2022, et sur les conclusions à fin d'injonction afférentes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

N. C

Le greffier,

Y. El Mamouni

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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