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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2302268

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302268

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2302268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMOULAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2023, M. A F, représenté par Me Moulai, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que Me Moulai renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entachée d'incompétence ;

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire garanti par l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 (désormais codifiées à l'article L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration) et le principe des droits de la défense garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les stipulations du 1er alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet a commis une erreur de fait en invoquant les dispositions de l'article 7 b et l'article 9 de l'accord franco- algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire garanti par les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 (désormais codifiées à l'article L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration) ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2023.

Un mémoire, enregistré le 8 novembre 2023, a été présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique ;

- le rapport de Mme Caro ;

- et les observations de Me Moulai, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien né en 1995, a déposé, le 20 décembre 2022, une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 23 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2022-3175 du 22 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Seine-Saint-Denis a autorisé M. E B, attaché principal d'administration, à exercer la délégation de signature consentie par le préfet de la Seine-Saint-Denis à Mme D C, directrice des étrangers et des naturalisations, par arrêté n° 2022-0840 du 1er avril 2022 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, pour tous les actes, arrêtés et décisions relevant du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour. Par suite, dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque ces décisions ont été prises, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes des stipulations du 1er alinéa du titre III du protocole annexe de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié :" Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont il a été fait application, en particulier celles du titre III du protocole fixant les conditions de délivrance aux ressortissants algériens du certificat de résidence mention " étudiant " sur le fondement duquel M. F a fondé sa demande, et expose de façon suffisamment précise les considérations de faits sur lesquelles le préfet s'est fondé pour considérer que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence, en particulier la circonstance qu'il ne dispose pas d'un visa de long séjour et qu'il n'a pas été en mesure de justifier d'une inscription scolaire ou universitaire pour l'année 2022/2023. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et les moyens tiré de ce qu'elle serait entachée d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. En l'espèce, M. F a été mis à même, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il sollicitait la délivrance d'un titre de séjour et de faire valoir tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et de s'opposer à son éloignement. Il n'établit pas qu'il n'aurait pas eu la possibilité, à cette occasion ou lors de l'instruction de sa demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utile ou de présenter toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Enfin, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise l'arrêté contesté et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté. En outre, la décision de refus de séjour ayant été prise à la suite d'une demande présentée par M. le requérant, ce dernier ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision litigieuse aurait méconnu les stipulations du 1er alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors que le préfet a statué trop rapidement sur sa demande de titre de séjour, avant l'expiration de son récépissé de demande de titre de séjour, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse dès lors que le dépôt d'une demande de titre de séjour a pour seul objet de permettre à son titulaire de justifier de la régularité de son séjour dans l'attente que l'administration ait statué sur sa demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, M. F soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de fait et de droit en examinant sa demande de titre de séjour en qualité de " salarié ", dès lors qu'il n'avait pas sollicité de certificat de résidence sur ce fondement. A supposer même que cette circonstance soit exacte, le préfet, qui a examiné la possibilité de l'admettre au séjour en qualité d'étudiant, pouvait, également, au titre du pouvoir de régularisation dont il dispose, examiner la possibilité de d'admettre au séjour sur ce fondement et lui a valablement opposé le défaut de visa de long séjour délivré par les autorités françaises, l'absence de contrôle médical d'usage et le fait que le contrat de travail qu'il présente n'avait pas été visé par les autorités compétentes, conformément à l'article 7b de l'accord franco-algérien. Par suite, les moyens tirés d'erreurs de fait et de droit doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

10. Si le requérant se prévaut de la possession d'un visa et d'un titre de séjour étudiant délivrés par les autorités ukrainiennes et soutient qu'il a fui l'Ukraine où il était étudiant après l'invasion russe et souhaite poursuivre ses études en France, il est constant que l'intéressé n'est pas titulaire d'un visa long séjour délivré par les autorités françaises. S'il se prévaut par ailleurs d'une attestation du 17 février 2023, soit postérieurement à la décision attaquée, mentionnant son inscription à " l'école des pros ", une école de " la SAS Skill and you " dans une formation " CAP électricien - Matières générales" à compter de cette même date, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que celle-ci s'apprécie à la date de son édiction et qu'en tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le motif tiré de l'absence de visa long séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Enfin, la seule production d'une attestation de prise en charge financière émanant d'un tiers, dont le lien avec l'intéressé n'est pas précisé, n'est pas suffisante pour établir que M. F disposerait de moyen d'existence suffisants en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu le titre III de l'accord franco-algérien et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de faire droit à sa demande.

11. En dernier lieu, M. F est entré très récemment en France en 2022, selon ses déclarations. Agé de vingt-sept ans à la date de la décision attaquée, il est célibataire et sans charge de famille, ne dispose d'aucune attache familiale en France et ne fait valoir aucune insertion sociale ou professionnelle. Il n'allègue pas qu'il serait isolé en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 de ce code vise notamment le cas où l'obligation de quitter le territoire français assortie un refus de titre de séjour.

14. Il résulte de ces dispositions que si la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français doit être motivée, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus, comme en l'espèce, au 3° de l'article L. 611-1. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français d'une insuffisance de motivation.

15. En troisième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de ses chapitres III et IV, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français et des décisions prises sur son fondement. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe du contradictoire au regard de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

16. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire sur sa situation personnelle de M. F.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. F la somme que celui-ci réclame à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Moulai et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

N. Caro

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2302268

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