lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2302726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | MEUROU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2023 et un mémoire enregistré le 14 janvier 2024, M. E A, représenté par Me Meurou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, alors que les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires à ces dispositions de la charte et qu'une obligation de quitter le territoire français constitue une décision de retour au sens de l'article 3 de la directive du 16 décembre 2008 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Meurou, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens des écritures.
Le préfet du Val-d'Oise, régulièrement convoqué n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Connaissance prise des pièces, enregistrées le 15 janvier 2024, produite pour M. A après l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais né le 22 mai 1991 à Munshiganj (Bangladesh), entré en France le 28 novembre 2019, a présenté une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision du 27 mai 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 19 décembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 15 février 2023, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
3. Par un arrêté n° 23-008 du 31 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D B, adjointe à la cheffe du bureau de l'intégration et des naturalisations, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas démontré qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.
4. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Selon l'article D. 431-7 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".
5. M. A soutient que le préfet du Val-d'Oise n'indique ni ne justifie de la date à laquelle il l'aurait invité à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre que l'asile. De même, l'autorité administrative n'indique ni ne justifie de sa réponse à une telle invitation. Partant, le préfet ne pouvait légalement estimer qu'il n'est plus en capacité de demander son admission au séjour ni statuer sur une telle demande d'admission au séjour.
6. Toutefois, la circonstance que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas invité M. A à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre que l'asile, n'aurait d'autre effet que de rendre inopposable à l'intéressé, s'il n'a pas été régulièrement informé, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement. Or, il n'est pas établi ni même allégué que le requérant aurait déposé une demande de titre de séjour sur un fondement autre que l'asile après l'expiration du délai prévu par les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet, qui, contrairement à ce qui est soutenu, n'a pas statué sur une demande d'admission au séjour de l'intéressé, lui aurait opposé le caractère tardif de cette demande. Dans ces conditions, la circonstance, à la supposer établie, que l'administration n'aurait pas délivré l'information prévue par les dispositions de l'article L. 431-2 à M. A pour l'inviter, le cas échéant, à présenter, dans le délai fixé par le texte, une demande d'admission au séjour à un autre titre que l'asile, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige.
7. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
8. Si M. A soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il se borne à indiquer qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant qu'une obligation de quitter le territoire français ne soit prise à son encontre. Il ne fait ainsi valoir aucun élément précis qu'il n'aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises les décisions contestées et qui aurait été susceptible d'affecter le contenu de ces décisions. Par suite et alors que le requérant ne peut utilement faire valoir que l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogé au 1er mai 2021, serait contraire aux dispositions de l'article 41 de la charte, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. A ne peut utilement soutenir que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours méconnaît ces stipulations, dès lors qu'une telle décision n'a pas pour objet ou pour effet de fixer son pays de destination. Au surplus et en tout état de cause, si M. A soutient que son cousin, membre du parti nationaliste du Bangladesh, et lui-même, ont été agressés le 15 août 2021 par des membres de la ligue Awami, puis qu'il a été impliqué dans une affaire controuvée de détention d'armes, entraînant son incarcération du 15 août 2013 au 21 février 2017, avant d'avoir été de nouveau impliqué dans une affaire controuvée d'incendie de véhicule le 5 janvier 2019, il ne produit aucune pièce de nature à établir la réalité de ses allégations. Dans ces conditions et alors qu'en outre sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, le requérant ne démontre pas qu'il serait actuellement et personnellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Si M. A est entré en France le 28 novembre 2019, il n'établit pas y avoir résidé de manière habituelle, depuis. En tout état de cause, à la supposée établie, sa durée de présence en France serait limitée à une durée d'environ trois ans et trois mois à la date de l'arrêté litigieux. Pour soutenir qu'il a développé sa vie sociale et personnelle en France, M. A se borne à produire l'attestation d'hébergement d'un compatriote, ainsi que, postérieurement à la clôture de l'instruction, des bulletins de paie sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2023. En tout état de cause, ces dernières pièces permettraient uniquement de le regarder comme justifiant d'une activité professionnelle depuis un mois et demi, seulement, à la date de l'arrêté en litige. Dans ces conditions et alors que le requérant ne conteste pas les termes de l'arrêté litigieux selon lesquels son épouse réside à l'étranger, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur la vie personnelle et la vie privée et familiale du requérant.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et de celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
L. C
La greffière,
D. Bakouma
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026