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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2302903

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302903

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2302903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, Mme D A épouse B, représentée par Me Semak, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de la munir, durant l'examen de sa demande, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros HT au bénéfice de Me Semak, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence,

- est entachée d'un défaut de motivation,

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle,

- méconnaît les dispositions des articles R. 431-2, R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les motifs qui lui sont opposés tirés de ce qu'elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et de ce qu'elle a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français sont illégaux,

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du motif tiré de l'absence d'élément nouveau qui lui est opposé ;

- méconnaît les articles L. 424-23 L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- la requête est irrecevable en l'absence de décision faisant grief, le dossier présenté étant incomplet.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle 3 janvier 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Par ordonnance du 30 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas ;

- les observations de Me Moharami Moakhar, substituant Me Semak, représentant Mme A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de République populaire de Chine, née le 11 septembre 1989, est entrée sur le territoire français le 4 décembre 2011, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de court séjour valable du 28 novembre 2011 au 18 décembre 2011. Le 21 juillet 2022, elle a sollicité, sur la plate-forme " demarches-simplifiees.fr ", son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 25 août 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé de classer sans suite sa demande.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai () ".

4. En l'espèce, il ressort de la décision du bureau d'aide juridictionnel du tribunal judiciaire de Bobigny du 3 janvier 2023 que la demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été présentée le 26 octobre 2022, soit dans le délai franc de deux mois à compter de la décision du 25 août 2022 attaquée. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté opposée en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu des éléments circonstanciés. Dès lors que le préfet dispose toujours de la faculté de faire usage de son pouvoir discrétionnaire en vue de régulariser la situation d'un ressortissant étranger et de prononcer l'abrogation d'une interdiction de retour, le simple fait que l'étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ou que l'interdiction de retour prononcée à son encontre produisait encore ses effets ne suffit pas à caractériser le caractère abusif ou dilatoire d'une demande de titre de séjour.

5. En l'espèce, la décision du 25 août 2022 portant refus d'enregistrer la demande de titre de séjour de la requérante est motivée, d'une part, par la circonstance que Mme A était sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prononcée à son encontre par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 19 septembre 2019, notifié le 7 octobre 2019 et, d'autre part, par la circonstance qu'elle ne ferait état d'aucun élément nouveau au regard de sa précédente situation.

6. Toutefois, en premier lieu, s'agissant de la circonstance que Mme A était sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, laquelle au demeurant avait perdu son caractère exécutoire à la date de sa demande, et d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux, un tel motif n'est pas au nombre de ceux pouvant légalement fonder un refus d'enregistrement à sa nouvelle demande de titre de séjour, le préfet ayant toujours la faculté d'abroger de sa propre initiative l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli contre ce premier motif.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de son livret de famille que, contrairement à ce qu'indique le second motif porté sur le refus d'enregistrement attaqué, l'intéressée a fait valoir la naissance d'un garçon le 28 janvier 2021 à Paris et d'une fille le 10 mars 2022 à Paris. Ces éléments postérieurs à l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 19 septembre 2019 sont donc nouveaux et viennent à l'appui de sa nouvelle demande de titre de séjour. Par suite, le second motif de refus d'enregistrement opposé à Mme A est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa demande.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. L'exécution du présent jugement implique que la demande de Mme A soit examinée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui proposer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Semak, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Semak d'une somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée par Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Semak une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Semak renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Semak.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Dumas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. Dumas

Le président,

M. Israël

La greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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