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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2302994

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302994

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2302994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 mars et le 27 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Langlois, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer immédiatement, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si elle n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à elle-même.

Elle soutient que :

- sa requête au fond n'est pas tardive ;

- la condition d'urgence, présumée en cas de rejet d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour, est en l'espèce constituée car la décision contestée la place en situation irrégulière alors qu'elle résidait en France en situation régulière depuis dix ans à la date à laquelle elle a été prise, qu'elle constitue une entrave à la poursuite de son suivi thérapeutique et la prive du versement de l'allocation adulte handicapé dont elle bénéficie depuis le

1er janvier 2015, la laissant sans ressources et à la merci d'une mesure d'expulsion du logement qu'elle occupe ;

- sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision les moyens tirés de ce que la décision :

* est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

* a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins de l'OFII et les pièces sur lesquelles il se fonde ne lui ont pas été transmis, qu'il n'est pas établi que le médecin ayant établi le rapport médical ne siégeait pas au sein du collège des médecins ayant rendu l'avis et que le caractère collégial de la délibération du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas démontré ;

* est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent préfectoral ayant consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), sur les données duquel se fonde la décision, était habilité pour le faire ;

* est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où elle est en partie fondée sur les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile non applicables aux ressortissants algériens, d'une part, dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée, et a méconnu la portée de sa compétence, d'autre part ;

* méconnait les dispositions des articles L. 432-13 et L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

* est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle conteste être coupable des faits constituant des troubles à l'ordre public qui lui sont reprochés et constituer à la date de la décision attaquée une menace pour l'ordre public ;

* a été prise en violation des 1°, 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dont elle remplit l'ensemble des conditions, sans constituer une menace à l'ordre public, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que sa requête tendant à l'annulation de la décision contestée est irrecevable du fait de sa tardiveté ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu :

- la requête, enregistrée le 19 janvier 2022, sous le numéro n° 2200881, par laquelle Mme B a demandé l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Renault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mars 2023 à 14h30, tenue en présence de Mme Valcy, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Renault, juge des référés ;

- les observations de Me Maillard, substituant Me Langlois, avocat de Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 15 février 1993, entrée en France le 28 août 1998, a été mise en possession de différents certificats de résidence algérien, dont le dernier, qui lui a été délivré en considération de son état de santé, a expiré le 22 octobre 2019. Elle a déposé une demande le renouvellement de son certificat de résidence au titre de sa vie privée et familiale, enregistrée le 19 février 2020 et a été mise en possession de récépissés de demande de carte de séjour dont le dernier était valable jusqu'au

23 décembre 2021. Elle soutient n'avoir été informée que lors de son rendez-vous avec les services de la sous-préfecture du Raincy, à l'occasion d'une demande de renouvellement de son récépissé de demande de carte de séjour, qu'avait été prise à son encontre une décision refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, en date du

27 septembre 2021, dont, par la présente requête, elle demande la suspension.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Et aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours au fond :

4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-4 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ". Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

5. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir que la requête présentée par

Mme B est irrecevable dès lors que sa requête à fin d'annulation de l'arrêté du

27 septembre 2021 par lequel il a refusé de renouvelé son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français a été enregistrée après l'expiration du délai de recours prévu par les dispositions rappelées au point précédent, alors que l'intéressée soutient n'en avoir connu l'existence que lors d'un rendez-vous à la sous-préfecture du Raincy et n'en avoir eu communication qu'en cours d'instance de sa requête au fond, après communication de cette décision sur demande du juge. Pour établir la tardiveté du recours au fond de Mme B, le préfet de la Seine-Saint-Denis produit une enveloppe, datée du 28 septembre 2021, adressée à " Mme B A / chez Mme B C / 23 avenue Jean Monnet / 93190 Livry-Gargan ", alors que la requérante soutient, sans être utilement contredite, que son lieu de résidence, à la date de la décision litigieuse, était le 23 résidence Jean Monnet, à Livry-Gargan, une preuve de dépôt, non datée, portant la même adresse que celle figurant sur l'enveloppe datée du 28 septembre 2021 et sur laquelle figure le n° 2C 121 517 3841 1, et un avis de réception portant le même numéro, ainsi que la date du 29 septembre 2021, et sur lequel est cochée la case " pli avisé et non réclamé ", mais dont les noms et adresses tant de l'expéditeur que du destinataire sont illisibles. Dans ces conditions, alors que l'arrêté du

27 septembre 2021 porte le n° 2C 151 517 3841 1, les éléments ainsi produits par le préfet ne permettent pas d'établir que la décision litigieuse a été notifiée à Mme B le

29 septembre 2021 et que, par suite, sa requête contre cette décision, introduite le 19 janvier 2022, était tardive, de sorte que la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".

En ce qui concerne l'urgence :

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

8. En se bornant à faire valoir que sa requête à fin de suspension a été introduite près de treize mois après le dépôt de sa requête en annulation, et qu'elle a manqué d'assiduité dans ses démarches administratives en s'abstenant de récupérer le pli contenant l'arrêté litigieux, alors qu'il résulte du point 5 qu'il n'est pas établi qu'il lui aurait été distribué le

29 septembre 2021, et que Mme B fait valoir, sans être contestée sur ce point, être menacée d'expulsion du logement qu'elle occupe actuellement, faute d'être en mesure de pouvoir justifier de la régularité de sa situation administrative, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne renverse pas la présomption d'urgence dont bénéficie la requérante du fait du refus de renouvellement de son titre de séjour. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

10. Il ressort des termes de la décision litigieuse que le refus de renouvellement du titre de séjour opposé à Mme B est motivée, notamment, par le fait que l'intéressée est " connue des services de police pour des faits graves de violence avec arme et de violence sur une personne chargée de mission de service public en 2019 " et " pour des faits d'usage illicite de stupéfiants en 2017 et 2020 ". Mme B conteste, toutefois, la matérialité des faits reprochés et leur gravité, et fait en outre valoir, certificats médicaux à l'appui, qu'elle était alors dans une situation de détresse matérielle et psychologique avérée ayant pu l'entraîner à adopter des comportements à risque, mais qu'elle ne présente plus de risque de trouble à l'ordre public compte tenu du suivi psychiatrique et social dont elle fait depuis l'objet. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur la menace qu'elle constitue pour l'ordre public est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

11. D'autre part, compte-tenu de la durée de la présence en France de l'intéressée, entrée sur le territoire à l'âge de cinq ans, de ses attaches sur le territoire français où résident sa mère et sa sœur, toutes deux détentrices d'une carte de résident, et des soins requis par son état de santé psychique, alors qu'il n'est pas soutenu qu'elle pourrait recevoir dans son pays d'origine les soins appropriés, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des 1°, 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont également de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 27 septembre 2021, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

13. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à Mme B une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai qu'il convient de fixer à trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros au titre des frais que Mme B devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Langlois, avocat, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à Mme B, et sous réserve alors que

Me Langlois renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de Mme B, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 27 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler de certificat de résidence de Mme B est suspendue.

Article 3 : Le préfet de la Seine-Saint-Denis munira Mme B d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans les conditions mentionnées au point 13.

Article 4 : L'État versera une somme de 800 euros au titre des frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 14.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Langlois, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil le 28 mars 2023.

La juge des référés,

Th. Renault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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