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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303028

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303028

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, M. B A, représenté par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an et portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article 6-1 ou de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ou d'un certificat de résidence algérien d'une durée de validité de 10 ans, sur le fondement de l'article 7 bis h) de ce même accord ; à défaut, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, dès lorsqu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant européen ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des stipulations des articles 6-1, 6-5 et 7 bis h) de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement Européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy,

- les observations de Me Charles, représentant M. A.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 6 novembre 2023 pour M. A, postérieurement à la clôture de l'instruction et à la tenue de l'audience, n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, a sollicité, le 14 octobre 2022, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne. Par un arrêté du 6 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " () 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres:/ a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ; () Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci. () ". Aux termes, en outre, de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : () / b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil (). () / 2. Le droit de séjour prévu au paragraphe 1er s'étend aux membres de la famille n'ayant pas la nationalité d'un État membre lorsqu'ils accompagnent ou rejoignent dans l'État membre d'accueil le citoyen de l'Union, pour autant que ce dernier satisfasse aux conditions énoncées au paragraphe 1, points a), b) ou c) () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assure la transposition de celles précitées : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ". Ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, confèrent au ressortissant mineur d'un État membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un État tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'État membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. L'État membre d'accueil, qui doit assurer aux citoyens de l'Union la jouissance effective des droits que leur confère ce statut, ne peut refuser à l'enfant mineur, citoyen de l'Union, et à son parent, le droit de séjourner sur son territoire que si l'une au moins de ces deux conditions, dont le respect permet d'éviter que les intéressés ne deviennent une charge déraisonnable pour ses finances publiques, n'est pas remplie.

3. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est exclusivement fondé sur l'absence de justification, par le requérant, de l'exercice d'une activité professionnelle par son épouse, de nationalité italienne, et sur l'absence de production, par le requérant, de pièces complémentaires, en dépit de la réception, le 21 novembre 2022, à son domicile, d'une demande des services de la préfecture en ce sens, et a estimé, par conséquent, que le couple était susceptible de constituer une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale français. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A est marié, depuis le 10 septembre 2000, à une ressortissante italienne, et que le couple, qui entretient une vie commune, est parent de quatre enfants de nationalité italienne, dont trois sont mineurs, et dont il est constant qu'ils assurent l'éducation et l'entretien. D'autre part, il ressort des pièces versées aux débats que le requérant occupe un emploi de chauffeur de poids-lourds depuis le 3 décembre 2018 en vertu d'un contrat à durée indéterminée, et établit, par l'intégralité des bulletins de salaire qu'il verse aux débats pour la période du 3 décembre 2018 au 31 janvier 2023, qu'il perçoit une rémunération nette mensuelle de 1 832 euros, suffisante pour assurer l'éducation et l'entretien de ses enfants, et pour ne pas dépendre du système d'assistance sociale en France. Par ailleurs, il est constant que les enfants de M. A bénéficient d'une assurance-maladie. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 6 janvier 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour " membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne " à M. A. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'invoque aucun élément de nature à faire obstacle au prononcé d'une injonction en ce sens. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à l'intéressé un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 janvier 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 (huit-cents) euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Laforêt, premier conseiller,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La rapporteure,

M. Hardy Le président,

A. Myara

La greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou au préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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