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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303048

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303048

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE GOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, M. B A, représenté par Me C, demande au juge des référés du Tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors que la décision crée une rupture dans son droit au séjour et compte tenu des conséquences immédiates de l'arrêté sur sa possibilité de suivre une formation alors même qu'il est titulaire d'un contrat de jeune majeur ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité en raison de l'incompétence de son signataire, d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une méconnaissance de l'article L. 453-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'article L. 423-23 du même code, d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du même code, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une erreur manifeste d'appréciation et de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont elle est assortie.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable comme tardive ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête tendant à l'annulation de la décision contestée, enregistrée le 13 mars 2023 sous le n° 2303049 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Garzic, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 28 mars 2023, en présence de Mme Mohammad, greffière :

- le rapport de M. Le Garzic, juge des référés ;

- et les observations de Me C, avocate du requérant, qui précise que ses conclusions ne sont dirigées que contre le refus de séjour, indique qu'il avait obtenu un rendez-vous pour présenter une demande de titre de séjour le 13 septembre 2021 mais que celui-ci a été reporté au 23 septembre 2021 et fait valoir qu'il était titulaire d'un contrat de jeune majeur avant la décision attaquée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 20 septembre 2002 et entré en France le 23 avril 2019, a présenté une demande de titre de séjour qui a été admise le 23 septembre 2021. Il demande que soit prononcée la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a adressé à M. A l'arrêté attaqué par un pli expédié à son nom à l'adresse de l'hôtel où il avait indiqué être hébergé au Bourget, et que les services de la société La Poste lui ont retourné avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Le préfet en déduit que la requête, présentée le 13 mars 2023, plus de trente jours après cette tentative de notification, est en conséquence irrecevable comme tardive.

6. Toutefois, d'une part, il ne ressort d'aucune pièce que cette vaine tentative aurait eu lieu plus de trente jours avant la présentation de sa requête. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a informé les services de la préfecture, en produisant une attestation du département de la Seine-Saint-Denis en ce sens en date du 13 septembre 2021 qu'il a pu remettre lors de la présentation de sa demande, que s'il était hébergé au sein de l'hôtel où le pli lui a été adressé au Bourget, il était en revanche domicilié à une adresse distincte à Bobigny. Dans ces conditions, le préfet n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté a été régulièrement notifié à M. A plus de trente jours avant sa requête, et la fin de non-recevoir qu'il oppose doit en conséquence être écartée.

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

7. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

8. Il résulte de l'instruction que M. A, né le 20 septembre 2002, entré en France le 23 avril 2019, puis confié par l'autorité judiciaire aux services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 17 juin 2019, a entendu présenter une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'année qui a suivi son dix-huitième anniversaire, même si celle-ci n'a finalement été reçue que trois jours postérieurement. Il en ressort en outre que M. A a obtenu un certificat d'aptitude, spécialité monteur en installation thermiques, et est inscrit en 2022-2023 en classe de première professionnelle, ouvrages du bâtiment métallerie, au lycée d'application de l'ENNA, et qu'une entreprise a accepté de l'accueillir en stage du 9 mai 2023 au 9 juin 2023. Dans les circonstances particulières de l'espèce, au regard des conséquences immédiates de la décision attaquée sur la situation du requérant, et de la circonstance qu'il n'a pas cessé d'être en situation régulière en France, il doit être regardé comme justifiant de l'urgence s'attachant à l'intervention du juge des référés.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

9. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

10. En l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de M. A au motif qu'il n'avait pas justifié suivre une formation depuis au moins six mois.

11. Le moyen tiré de ce que le préfet a ainsi entaché son arrêté d'une inexacte application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. La présente décision implique nécessairement que M. A soit autorisé à séjourner et à travailler jusqu'à ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait à nouveau statué sur sa demande ou qu'il soit statué sur sa requête au fond. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros à Me C, avocate, sous réserve que le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle soit accordé à M. A et que Me C renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 27 janvier 2022 refusant un titre de séjour à M. A est suspendue.

Article 3 : Le préfet de la Seine-Saint-Denis munira M. A d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les conditions mentionnées au point 13.

Article 4 : L'État versera une somme de 800 euros à M. C sur le fondement de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 dans les conditions mentionnées au point 14.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil le 31 mars 2023.

Le juge des référés,

Signé

P. Le Garzic

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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