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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303104

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303104

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantKABE ABBO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 et 28 mars et 26 juillet 2023, Mme C G E, représentée par Me Kabe Abbo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de l'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer, dans un délai de 3 mois, sa situation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de lui délivrer un titre de séjour au titre de la vie privée sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et, à défaut, de lui délivrer, dans le délai de 15 jours, un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet ou personnalisé ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la durée d'interdiction de retour sur le territoire français est excessive et méconnaît les directives communautaires dès lors que les circonstances propres de la situation de l'intéressée ne sont pas pleinement prises en compte ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Aymard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante béninoise née le 22 septembre 1955, a fait l'objet, à la suite d'un contrôle d'identité effectué le 12 mars 2023 à Lille, d'un arrêté du même jour par lequel le préfet du Nord a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de 2 ans. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 12 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 23 décembre 2022, publié le 29 décembre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. D B, sous-préfet de Cambrai, dans le cadre de la permanence préfectorale et de l'astreinte préfectorale qu'il est amené à assurer pendant des jours non ouvrables, à l'effet de signer, en particulier, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Alors que le préfet du Nord produit à l'instance la 3ème version du planning des permanences et astreintes des sous-préfets, datée du 28 décembre 2022 et signée par le directeur de son cabinet, et que ce planning mentionne que, au cours du week-end des 11 et 12 mars 2023, M. F, sous-préfet de Dunkerque, était de permanence et que Mme A, sous-préfète de Roubaix, était d'astreinte, il ne ressort pas des pièces du dossier que le signataire de l'arrêté attaqué, M. D B, sous-préfet de Cambrai, était de permanence ou d'astreinte le 12 mars 2023 lors duquel la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français a été prise et était juridiquement compétent pour édicter cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français doit, en l'état des pièces du dossier, être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 12 mars 2023 doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les autres décisions mentionnées dans l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 2, le présent jugement implique seulement que le préfet du Nord ou tout préfet territorialement compétent réexamine la situation de Mme E, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement, et lui délivre une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à Mme E de la somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord en date du 12 mars 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme E dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : L'État versera à Mme E une somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G E et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Aymard, premier conseiller,

Mme Ghazi Fakhr, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. Aymard

Le président,

E. Toutain

La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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