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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303332

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303332

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mars 2023, 13 septembre 2024 et 4 octobre 2024, M. A C, représentée par Me Langlois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans les mêmes conditions d'astreinte, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; à défaut, de lui enjoindre de lui délivrer une convocation pour un rendez-vous sous huit jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation sous quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives.

Il soutient que le refus d'enregistrement de sa demande :

- constitue une décision faisant grief ;

- est entaché d'incompétence de son signataire ;

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entaché d'erreurs de fait ;

- est entaché d'erreur de droit ;

- méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 13 août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête comme étant irrecevable.

Il soutient que la décision en litige ne fait pas grief.

Par ordonnance du 15 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 décembre 2024.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias, premier conseiller ;

- les observations de Me Bernardi-Vingtain, substituant Me Langlois, pour le requérant.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant mauritanien né le 12 juillet 1982, est entré sur le territoire français le 19 août 2018 et a sollicité l'asile. Par des décisions du 17 juillet 2019, 29 avril 2021 et 22 juillet 2022, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé les décisions de l'OFPRA rejetant ses demandes successives. Le 17 octobre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par une décision du 18 janvier 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Dans le cas où l'étranger a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, cette circonstance s'oppose à ce qu'une nouvelle demande puisse être enregistrée et un nouveau récépissé délivré, sauf si des éléments nouveaux conduisent l'autorité préfectorale à l'autoriser à former une nouvelle demande.

3. Par ailleurs, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

4. En premier lieu, la décision portant refus d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C est motivée par la circonstance qu'il était sous le coup d'une mesure d'éloignement. M. C soutient toutefois, à juste titre, que le motif tiré de la non-exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français n'est pas au nombre de ceux pouvant légalement fonder un refus d'enregistrement à sa nouvelle demande de titre de séjour.

5. En second lieu, en se prévalant des multiples demandes de titre de séjour déposées par le requérant au titre de l'asile entre 2018 et 2022 - trois demandes d'asile rejetées par l'OFPRA, avec confirmation de ces décisions par la Cour nationale du droit d'asile - et en l'absence d'éléments nouveaux de sa part, le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être regardé comme ayant demandé que le motif de refus d'enregistrer la demande de titre de séjour tiré du caractère abusif ou dilatoire de cette demande soit substitué à celui mentionné dans la décision en litige.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé pouvait se prévaloir d'éléments de fait nouveaux survenus depuis l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre par le préfet de Seine-et-Marne le 23 novembre 2022, notamment en lien avec sa vie privée et familiale ainsi que son parcours professionnel. Dans ces conditions, la demande de titre de séjour adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis ne présentait pas, en l'espèce, un caractère abusif ou dilatoire, compte tenu de ces éléments de fait nouveaux. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision de refus d'enregistrement de sa demande constitue une décision faisant grief. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit ainsi être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En refusant d'examiner les éléments nouveaux, exposés au point précédent, dont M. C s'est prévalu au soutien de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé. Il s'ensuit que sa décision doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de titre présentée par M. C après lui avoir fixé un rendez-vous à fin d'enregistrer sa demande, sous réserve de sa complétude, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis), partie perdante, une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet a refusé d'enregistrer la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de titre présentée par M. C après lui avoir fixé un rendez-vous aux fins d'enregistrer sa demande, sous réserve de sa complétude, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. C une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,

M. Marias, premier conseiller,

Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le rapporteur,

M. Marias

Le président,

M. IsraëlLa greffière,

Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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