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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303455

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303455

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLE GOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrées les 21 mars et 21 juin 2023 et le 6 février 2024, M. A B, représenté par Me Le Goff, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; de procéder à l'effacement de son inscription au sein du système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'aucune case n'est cochée au sein de l'avis de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) du 9 septembre 2022 s'agissant des éléments de procédure, dans les rubriques " au stade de l'élaboration du rapport " et " au stade de l'élaboration de l'avis " ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a versé des pièces aux débats le 26 mai 2023.

Les parties ont été informées, par un courrier du 11 juin 2024, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, en raison de l'inexistence matérielle de cette décision.

Les parties n'ont pas présenté d'observations en réponse à ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,

- les observations de Me Le Goff, représentant M. B, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 31 décembre 1996, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale. Par un arrêté du 6 octobre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

2. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué, et notamment, de son dispositif, qu'aucune décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a été opposée à M. B. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision matériellement inexistante sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

4. D'une part, les motifs de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour révèlent que le préfet, s'il a considéré que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, n'a toutefois pas examiné s'il pourrait ou non bénéficier effectivement, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, d'un traitement approprié. D'autre part, la décision attaquée comporte, tant dans ses motifs que dans son dispositif, de nombreuses erreurs matérielles liées à l'identité-même du requérant et à son adresse postale. Dès lors, eu égard à l'omission et aux erreurs matérielles ainsi relevées, M. B est fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour. Par voie de conséquence, les décisions par lesquelles il l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique, d'une part, seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. B. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

7. Il implique, d'autre part, que, conformément aux dispositions de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet mette fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen. Il y a lieu, en conséquence, de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Le Goff, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Goff de la somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 octobre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans le délai de quatre mois, et de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 100 (mille-cent) euros à Me Le Goff au titre des frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 8.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Le Goff, et au préfet de le Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

M. Laforêt, premier conseiller,

Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

M. Hardy

Le président,

A. Myara Le greffier,

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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