mercredi 17 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2303588 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | TIGOKI IYA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 23 mars 2023, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil, le magistrat délégué du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée à ce tribunal par M. B A.
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, M. A, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet d'Eure et Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Eure et Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieux ne justifie pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet d'Eure et Loir s'est estimé en compétence liée pour prendre une telle mesure ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet d'Eure et Loir s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 février et 6 avril 2023, le préfet d'Eure et Loir conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 22 février 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Bernabeu pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bernabeu a été entendu au cours de l'audience publique.
L'instruction a été close, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né en 1991, est entré en France, selon ses déclarations, en 2017. A la suite d'un contrôle pour vérification de son droit au séjour, le préfet d'Eure et Loir a pris à son encontre le 30 janvier 2023 un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2023, il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions de sa requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 40-2022 du 23 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs d'Eure et Loir, le préfet d'Eure et Loir a délégué à M. Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure et Loir, sa signature à l'effet de signer tous arrêtés et toutes décisions relevant de la compétence du préfet dans ce département en matière de droit des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
5. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les alinéas 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. En outre, l'arrêté litigieux fait état de la situation d'ensemble de l'intéressé, et notamment de ce que M. A se maintient en situation irrégulière sur le territoire français malgré la circonstance qu'il a renoncé à sa demande d'asile par un courrier du 17 juillet 2020. Le préfet relève en outre que l'intéressé se déclare en concubinage avec une ressortissante ivoirienne et père de deux enfants et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où demeurent sa mère, ses frères et sœurs. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de ce qui a été retenu par le préfet d'Eure et Loir pour obliger M. A à quitter le territoire français tel qu'énoncé au point précédent, que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet d'Eure et Loir se soit estimé en situation de compétence liée pour prendre la décision litigieuse.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A soutient que la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que, présent sur le territoire français depuis 6 ans, il a établi le centre de ses intérêts matériels et affectifs en France. Toutefois, M. A ne justifie pas de sa présence sur le territoire français depuis 2017 par les pièces qu'il produit. Il ne ressort pas des pièces du dossier que sa compagne serait en situation régulière sur le territoire français et il est constant que l'intéressé n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où demeurent sa mère, ses frères et sœurs. Il s'ensuit que M. A n'établit pas l'existence de liens privés et familiaux suffisamment intenses, stables et anciens sur le sol français. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé travaillerait, de sorte qu'il ne justifie pas d'une insertion professionnelle au sein de la société française. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : [] 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; [] 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français [] 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, [] qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale [] ".
11. Pour justifier du refus de délai de départ volontaire, le préfet d'Eure et Loir s'est fondé sur le fait que l'intéressé est démuni de tout document d'identité, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation et qu'il a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Eure et Loir s'est estimé en situation de compétence liée pour lui refuser le délai de départ volontaire.
12. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9, la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Eure et Loir.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
S. BernabeuLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet d'Eure et Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026