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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303782

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303782

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2023 et un mémoire enregistré le 13 avril 2023, Mme B A, représentée par le cabinet Hug et Aboukhater, demande au juge des référés du Tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de vingt-quatre heures et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou à défaut de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- l'urgence est présumée dès lors qu'elle est arrivée régulièrement sur le territoire français dans le cadre d'une réunification familiale, et elle est établie compte tenu de son maintien dans une situation précaire alors que son conjoint s'est vu reconnaître la qualité de réfugié et des conséquences de la décision sur sa situation professionnelle ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 13 avril 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction et au rejet des conclusions relatives aux frais d'instance.

Le préfet soutient que le refus opposé à la demande de Mme A résultait du défaut de détention par son conjoint d'une carte de résident, et que dès lors qu'un tel titre va être délivré à l'intéressé, la requérante pourra à nouveau effectuer les démarches afin d'obtenir sa carte de résident.

Vu :

- la requête tendant à l'annulation de la décision contestée, enregistrée le 28 mars 2023 sous le n° 2303781 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Garzic, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 avril 2023, en présence de Mme Valcy, greffière :

- le rapport de M. Le Garzic, juge des référés, qui informe les parties que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions relatives à une décision implicite portant refus de séjour sont irrecevables en l'absence de naissance d'une telle décision ;

- et les observations du cabinet Hug et Aboukhater, avocat de la requérante, qui indique qu'elle s'est vu opposer un refus d'enregistrement au motif du caractère incomplet de sa demande et conclut à titre subsidiaire à la suspension de l'exécution du refus d'enregistrement de sa demande de carte de résident.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante afghane, a présenté le 11 octobre 2022 une demande de carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande, à l'issue de l'audience du 13 avril 2023, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardée par le préfet sur sa demande de carte de résident et à titre subsidiaire de celle du refus d'enregistrement de cette demande.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution d'une décision implicite de rejet d'une demande de titre séjour :

4. Aux termes de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-1 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

5. Il résulte de l'instruction, notamment tant des écritures du préfet de la Seine-Saint-Denis que des observations présentées par la requérante lors de l'audience publique, que Mme A a été convoquée le 16 décembre 2022 par les services de la préfecture à fin de dépôt de sa demande de carte de résident, mais qu'elle s'est alors vu opposer un refus d'enregistrement de cette demande au motif que son dossier aurait été incomplet. Dans ces conditions, le préfet de ne peut être regardé comme ayant gardé le silence sur sa demande au sens des dispositions précitées de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de telle sorte qu'aucune décision implicite de rejet n'a pu naître à l'issue d'un délai de quatre mois suivant cette vaine tentative de présentation d'une demande. Il en résulte que les conclusions dirigées contre une telle décision sont irrecevables comme dirigées contre une décision inexistante et doivent être rejetées pour ce motif.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension de la décision de refus d'enregistrement de la demande de carte de résident :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Il est constant que par décision du 9 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a reconnu au conjoint de Mme A la qualité de réfugié et que l'intéressée est entrée en France avoir été mise en possession d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale. Le préfet de la Seine-Saint-Denis indique par ailleurs dans ses écritures qu'une carte de résident prenant effet à compter du 12 avril 2023 sera prochainement remise au conjoint de la requérante et que la demande de carte de résident de celle-ci pourra à son tour être enregistrée. Il s'ensuit que Mme A ne peut être regardée comme justifiant de ce qu'est satisfaite, à la date de la présente ordonnance, la condition d'urgence à laquelle est subordonnée l'intervention du juge des référés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au cabinet Hug et Aboukhater et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Montreuil le 17 avril 2023.

Le juge des référés,

P. Le Garzic

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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