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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2303830

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303830

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2303830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantDILAWAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 mars et 15 mai 2023, M. A C, représenté par Me Cardot et Me Dilawar demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 février 2023 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 du de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de droit et d'une méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet qui n'est pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delamarre,

- et les observations de Me Dilawar, représentant M. C.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant turc né le 3 janvier 1973, a sollicité une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour par une demande du 8 février 2022. Par un arrêté du 24 février 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine- Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de sa notification et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme E D, chef du pôle " refus de séjour et interventions " de la préfecture, qui bénéficiait, en vertu de l'arrêté n° 2022-3175 du 22 novembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 24 novembre 2022, d'une délégation à l'effet de signer les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la demande de M. C. En outre, il décrit la situation administrative, familiale et professionnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la lecture de la décision attaquée qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen de la situation particulière du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale.

6. M. C soutient qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France en se prévalant de sept années de présence, de la présence de ses enfants sur le territoire français ainsi que de la naissance sur le sol français de deux de ses petits-enfants. Toutefois, le requérant qui n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans, n'établit pas, par les pièces versées au dossier, les liens d'ordre amical, culturel et social qu'il aurait noués en France en dehors de sa cellule familiale et de nature à attester d'une intégration particulière. En outre, il ne justifie d'aucune expérience professionnelle stable et pérenne. Par ailleurs, il ne démontre pas qu'il ne peut pas reconstituer sa cellule familiale avec son épouse en situation irrégulière et son fils mineur dans leur pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit aussi être écarté.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise doit être écarté.

8. Il résulte, de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire et présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

10. Si M. C s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement en France, il ressort des pièces du dossier que ce dernier est resté sur le territoire français durant sept années, a deux de ses enfants et ses deux petits-enfants en situation régulière sur le territoire français. En outre, il ne représente pas une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en assortissant sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans a méconnu l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce tout ce qui précède que M. C n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de le Seine-Saint-Denis du 24 février 2023 qu'en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à M. C d'une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine Saint Denis du 24 février 2023 est annulé en tant seulement qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. C la somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

A-L. Delamarre L'assesseur le plus ancien,

D. Israël

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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