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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2304137

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2304137

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2304137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCHORNSTEIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, M. A D, représenté par Me Schornstein, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, durant cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation et d'une insuffisance d'examen de sa situation personnelle ;

- son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public ;

- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 et l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le moyen propre dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une insuffisance d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 24 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 juin 2023.

Par un courrier en date du 16 octobre 2023, une pièce complémentaire a été demandée au préfet de la Seine-Saint-Denis, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative. Cette pièce, produite le 17 octobre 2023 a été communiquée au requérant le même jour sur le fondement des mêmes dispositions du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les observations de Me Schornstein, représentant M. D.

Une note en délibéré a été enregistrée pour M. D le 21 novembre 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant burundais né le 2 décembre 1984, est entré sur le territoire français le 22 mai 2015 selon ses déclarations, sous couvert d'un visa d'installation scientifique-chercheur valable jusqu'au 1er janvier 2016. Il a été mis en possession de titres de séjour en qualité de scientifique-chercheur dont le dernier était valable jusqu'au 31 janvier 2020. Le 16 octobre 2019, il a fait l'objet d'une décision de retrait de son dernier titre de séjour valable du 1er février 2019 au 31 janvier 2020, assortie d'une obligation de quitter le territoire, prononcée par le préfet du Rhône. Le 19 juillet 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la " vie privée et familiale " ou, à défaut, en qualité de " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er mars 2023, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 423-23, L. 432-1, L. 435-1, L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté précise les éléments pertinents relatifs aux conditions d'entrée et de séjour en France de M. D, à sa situation professionnelle et familiale, ainsi qu'à ses antécédents judiciaires. Les décisions attaquées, qui ne sont pas tenues d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'insuffisance d'examen de sa situation personnelle.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. M. D, entré sur le territoire français le 22 mai 2015 selon ses déclarations, fait valoir qu'il a résidé régulièrement pendant trois années en Italie, puis pendant au moins quatre années en France. Il se prévaut de ce qu'il réside de manière stable depuis le mois de janvier 2020 avec Mme C, ressortissante rwandaise titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 4 avril 2019 au 3 avril 2023, ainsi que d'un contrat de travail en tant que contrôleuse de gestion, et qu'il se sont mariés en France le 10 avril 2021. Il ajoute que de cette union est né en France un enfant le 17 octobre 2022. De plus, il soutient qu'il a suivi des études en sciences sociales et politiques d'abord en Italie, puis en France où il a écrit sa thèse et qu'il justifie d'un niveau master 2 en science sociales et politiques. Toutefois, par les pièces qu'il produit, le requérant ne justifie pas, à la date de l'arrêté attaqué, d'une communauté de vie avec Mme C qui serait particulière longue ou stable. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il est bénévole auprès de plusieurs associations, il est constant qu'il n'a pas de ressources professionnelles stables. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que le requérant conserve des attaches familiales dans son pays d'origine où résident toujours ses parents et sa fratrie. Enfin, si le requérant soutient qu'il est titulaire d'un master 2 en science sociales et politiques, il est constant qu'il a obtenu ce diplôme en Italie et qu'il a fait l'objet d'un retrait, non contesté, de ses titres de séjour en qualité de scientifique-chercheur dont il avait indument obtenu le renouvellement en 2018 et 2019. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser l'admission au séjour de M. D. Une telle décision ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " 1. Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant ".

6. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées n'auraient pas pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. D'autre part, les stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés. Elles ne peuvent donc être utilement invoquées à l'encontre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre une décision individuelle.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour rejeter la demande de M. D en application des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance selon laquelle, lors d'un contrôle en 2019, le préfet du Rhône a constaté que, lors des derniers renouvellements de titres en 2018 et 2019 de l'intéressé, alors qu'il n'était plus chercheur ni au sein de l'Université Jean Moulin Lyon III, ni en Italie où il n'avait pas soutenu sa thèse, il a usurpé l'identité d'un responsable de l'université Lyon III en produisant de fausses lettres d'attestations contrefaites signées en son nom lui permettant d'obtenir indument les conventions d'accueil valables du 1er janvier 2018 au 1er janvier 2019 et du 1er janvier 2019 au 1er janvier 2020. Si le requérant se prévaut de ce qu'aucun élément n'est apporté par l'administration à l'appui de cette assertion, ce dernier ne conteste pas sérieusement la réalité des faits qui lui sont reprochés, ni que son dernier titre de séjour valable du 1er février 2019 au 31 janvier 2020 lui a été retiré le 16 octobre 2019 pour ce motif. En revanche, ces faits, alors même qu'ils constituent une infraction pénale, ne sauraient toutefois suffire à établir que le comportement de l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public.

10. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci est également fondé sur le motif, légalement justifié ainsi qu'il a été dit précédemment, tiré de ce que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit par suite être écarté dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.

En ce qui concerne le moyen propre dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué, après avoir visé l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. D a fait l'objet le 16 octobre 2019 d'une décision de retrait de sa carte de séjour pluriannuelle valable du 1er février 2019 au 31 janvier 2020, assortie d'une obligation de quitter le territoire français du préfet du Rhône, réputée notifiée le 29 octobre 2019, qu'il s'est maintenu en France en situation irrégulière et qu'il existe un risque qu'il se soustraie de nouveau à son obligation d'éloignement. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'un défaut de base légale.

14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet le 16 octobre 2019 d'une décision de retrait de sa carte de séjour pluriannuelle valable du 1er février 2019 au 31 janvier 2020, assortie d'une obligation de quitter le territoire français du préfet du Rhône, réputée notifiée le 29 octobre 2019. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait fondé sur ce motif pour prendre la décision contestée. Il s'ensuit que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que l'intéressé se trouvait dans l'un des cas prévus à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de regarder comme établi, en l'absence de circonstances particulières, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français et en décidant ainsi de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire en application du 3° de l'article L. 612-2 du même code. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

15. En troisième lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, doit être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux cités au point 4 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. Eu égard à l'absence de caractérisation de menace à l'ordre public, ainsi que cela ressort du point 9 du présent jugement, ainsi qu'à la situation familiale du requérant telle qu'exposée ci-dessus, à savoir que son épouse, titulaire d'un titre de séjour, et son enfant résident en France et à la circonstance qu'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans aurait pour effet d'empêcher M. D de leur rendre visite pendant une longue période, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, et ce nonobstant la circonstance que le requérant a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement.

19. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens la concernant, que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

20. Le présent jugement, qui ne fait droit qu'aux conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Le jugement n'implique aucune autre mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 1er mars 2023 est annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin au signalement du requérant dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. L'hôte, premier conseiller,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La rapporteure,Le président,Signé Signé Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Signé Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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