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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2304195

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2304195

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2304195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantRAJKUMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 6 avril et 8 mai 2023, M. G, représenté par Me Rajkumar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- l'auteur de cette décision ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi : elles sont insuffisamment motivées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bernabeu a été lu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant indien né en 1994, est entré en France, selon ses déclarations, en 2021 sous couvert d'un visa étudiant. Il a sollicité le 27 décembre 2021 le renouvellement de sa carte de séjour en qualité d'étudiant ou, à défaut, le bénéfice d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 22 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. D'une part, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° 2022-0979 du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin des informations administratives du 26 avril suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B et de M. A, les arrêtés refusant ou retirant un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / [] imposent des sujétions [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4, L. 422-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet mentionne en outre que M. D n'est pas en mesure de présenter une inscription universitaire pour l'année 2021/2022, qu'il n'a pas obtenu d'autorisation de travail pour exercer une activité salariée et qu'il ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale à laquelle un refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée. Par suite, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. D'autre part, M. D soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine et que son employeur a sollicité une demande d'autorisation de travail en novembre 2021. Toutefois, il est constant que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, et ne justifie pas d'une inscription universitaire pour l'année 2021/2022. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait des liens familiaux sur le territoire français. La circonstance que son employeur aurait sollicité une demande d'autorisation de travail, à la supposer établie alors qu'il n'est produit aucun élément en ce sens, n'est toutefois pas susceptible de caractériser l'existence d'une autorisation de travail. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. M. D ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont remplacé à droit constant celles de l'article L. 313-14 du code précité, dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas entendu vérifier le droit au séjour du requérant au regard de ces dispositions.

7. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse manque en fait et ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée [] Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code précité : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : [] 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents [] ".

10. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise les dispositions de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur le fait que la délivrance d'un titre de séjour a été refusée à M. D. Par suite, cette décision n'ayant pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de son insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

11. Il ne résulte pas de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que la décision portant refus de séjour serait entachée d'illégalité. Par suite, M. D ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, la mesure d'éloignement n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

13. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision litigieuse serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

15. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle fixe le délai de départ volontaire à trente jours pour exécuter une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative n'a pas à motiver spécifiquement cette décision, à moins que l'étranger ait expressément sollicité le bénéfice d'un délai supérieur à trente jours ou justifie avoir informé l'autorité administrative d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire l'allongement du délai de trente jours de droit commun.

16. A défaut de justifier d'une demande en ce sens ou d'avoir informé le préfet de la Seine-Saint-Denis d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire le bénéfice d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, M. D ne peut utilement soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait insuffisamment motivée.

17. En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, l'arrêté litigieux vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la nationalité indienne du requérant, permettant ainsi d'identifier l'Inde comme pays d'origine et, partant, pays de renvoi. En outre, l'arrêté précise que M. D n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. D ne sont pas fondées et doivent être rejetées, comme, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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