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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2304227

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2304227

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2304227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2023 et un mémoire enregistré le 1er mai 2023, la société par action simplifiée Free mobile, représentée par le cabinet Pamlaw-Avocats, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 1er février 2023 par laquelle la commune de Bagnolet s'est opposé à sa déclaration préalable d'installation d'antennes et de faisceaux hertziens intégrés dans trois fausses cheminées ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bagnolet de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bagnolet la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu tant de l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile que de son obligation de respecter les obligations de couverture auxquelles elle s'est engagée ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée compte tenu de l'incompétence de son auteur, d'une erreur de droit dans l'application de l'article III 1 b du plan local d'urbanisme intercommunal, subsidiairement d'une erreur d'appréciation dans l'application du cinquième alinéa du même article et à défaut d'une méconnaissance de son article III 1 i.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2023, la commune de Bagnolet, représentée par Sensei avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et que les moyens de légalité ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête tendant à l'annulation de la décision contestée, enregistrée le 27 mars 2023 sous le numéro 2303739.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Garzic, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement avertie du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 mai 2023, tenue en présence de Mme Valcy, greffière, ont été entendus :

- le rapport de M. Le Garzic ;

- les observations du cabinet Pamlaw-Avocats, avocat de la société requérante, qui reprend ses écritures et précis en ce qui concerne l'urgence que les cartes qu'elle produit montre la subsistance de zones non couvertes à Bagnolet et que l'objectif qui lui est assigné implique la couverture totale de toutes les parties peuplées du territoire national ;

- et les observations de Sensei avocats, avocat de la commune, qui reprend ses écritures et précise en ce qui concerne l'urgence que celle-ci n'est pas présumée et qu'en l'espèce la société Free mobile ne démontre ni l'absence d'atteinte de ses objectifs nationaux ni la nécessité de son antenne pour parfaire le taux de couverture alors que les cartes publiquement accessibles ne montrent aucune zone blanche à Bagnolet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free mobile, titulaire d'une autorisation pour établir et exploiter un réseau radioélectrique ouvert au public, a présenté le 28 novembre 2022 à la commune de Bagnolet une déclaration préalable d'installation d'antennes et de faisceaux hertziens intégrés dans trois fausses cheminées dans la commune. Elle demande que soit prononcée la suspension de l'exécution de la décision du 1er février 2023 par laquelle la commune de Bagnolet s'est opposée à cette déclaration.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que la société Free mobile a reçu, le 8 décembre 2015 pour utiliser des fréquences afin d'exploiter des réseaux radioélectriques de quatrième génération et à très haut débit puis le 17 novembre 2020 pour utiliser des fréquences afin d'exploiter un réseau de cinquième génération, des autorisations subordonnées au respect d'un cahier des charges comprenant notamment l'obligation d'établir un réseau respectant un niveau de couverture y défini. Il en résulte en outre que l'implantation d'une antenne relais dans le territoire de la commune de Bagnolet participe de la réalisation de ces objectifs de couverture qui ne sont pas encore atteints. Il résulte par ailleurs de l'instruction, notamment des cartes de couverture produites par la société requérante, plus précises sur ce point que celles dont se prévaut la commune de Bagnolet, que le territoire de la commune de Bagnolet n'est que partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile de la société requérante et que les antennes projetées augmenteraient cette couverture. Dans ces conditions, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile comme à l'intérêt propre de la société qui a pris des engagements à ce titre envers l'État dans son cahier des charges et à l'objet même des travaux projetés, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

5. D'autre part, le moyen tiré de ce que la commune de Bagnolet a commis une erreur de droit en examinant le projet de la requérante au regard des dispositions du b du 1 du III du règlement du plan local d'urbanisme applicable relatives aux éléments techniques en toiture des constructions apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

6. En revanche, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 1er février 2023 par laquelle la commune de Bagnolet s'est opposée à sa déclaration préalable d'installation d'antennes et de faisceaux hertziens intégrés dans trois fausses cheminées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que la commune de Bagnolet réexamine la demande de la société Free mobile dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de sa notification.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Bagnolet une somme de 1 000 euros à verser à la société requérante au titre des frais exposés dans la présente instance. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la société, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la commune.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 1er février 2023 par laquelle la commune de Bagnolet s'est opposé à la déclaration préalable d'installation d'antennes et de faisceaux hertziens intégrés dans trois fausses cheminées de la société Free mobile est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Bagnolet de réexaminer la déclaration préalable de la société Free mobile dans un délai d'un mois.

Article 3 : La commune de Bagnolet versera à la société Free mobile une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Free mobile et à la commune de Bagnolet.

Fait à Montreuil, le 10 mai 2023.

Le juge des référés,

P. Le Garzic

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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