jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2304287 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | GARCIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, M. A C, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté d'expulsion du préfet de police révélé par sa décision de le placer en rétention le 9 mars 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision est dépourvue de motivation suffisante ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention de New York et 20 du traité sur le fonctionnement de l'union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que la requête est irrecevable car elle est dirigée contre une décision inexistante, sa décision de placement en rétention administrative du 9 mars 2023 et son arrêté fixant le pays de destination du 10 mars 2023 reposant sur l'arrêté préfectoral d'expulsion du 16 mai 2007.
Vu :
- le jugement n° 1701186 du tribunal administratif de Melun du 8 juin 2018 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Delamarre ;
- les conclusions de Mme Lunshof, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 11 octobre 1979, a fait l'objet d'un arrêté en date du 16 mai 2007 par lequel le préfet d'Eure et Loire a décidé de son expulsion au motif qu'il représente une menace à l'ordre public puisqu'il s'est rendu coupable de vol aggravé par deux circonstances, d'agression sexuelle sur mineur de quinze ans par ascendant ou personne ayant autorité et de proxénétisme et partage des produits de la prostitution d'autrui. Placé en rétention administrative par un arrêté du 9 mars 2023, M. C a fait l'objet le lendemain, d'un arrêté du préfet de police décidant de l'éloigner à destination du pays dont il a la nationalité. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté d'expulsion révélé par l'arrêté de placement en rétention administrative du 9 mars 2023.
Sur l'existence de la décision attaquée :
2. Lorsqu'un arrêté d'expulsion a été dépourvu d'exécution pendant une durée anormalement longue, caractérisée par un changement de circonstance de fait ou de droit, et que ce retard est exclusivement imputable à l'administration, l'exécution d'office de l'expulsion doit être regardée comme fondée non sur l'arrêté initial, même si celui-ci est devenu définitif, mais sur un nouvel arrêté dont l'existence est révélée par la mise en œuvre de l'exécution d'office elle-même et qui doit être regardé comme s'étant substitué à l'arrêté initial.
2. En l'espèce, quinze ans et dix mois se sont écoulés entre mai 2007, date de la notification à M. C de l'arrêté ordonnant son expulsion et le commencement d'exécution de cette mesure par le placement en rétention de l'intéressé et la fixation du Maroc comme pays de destination en mars 2023. Cette durée est anormalement longue et le préfet de police n'établit pas que le retard mis à exécuter l'arrêté d'expulsion du 16 mai 2007 serait dû à la volonté de l'intéressé de s'y soustraire ou à une cause étrangère à l'autorité administrative. En tout état de cause, le tribunal administratif de Melun dans son jugement du 8 juin 2018 avait déjà constaté l'existence d'une nouvelle décision d'expulsion révélée par l'arrêté du préfet des Yvelines le 11 février 2017 fixant le pays de destination de M. C en relevant que " plus de dix ans se sont écoulés entre la notification à M. C de l'arrêté du 16 mai 2007 ordonnant son expulsion et le commencement d'exécution de cette mesure ". A fortiori, le commencement d'exécution de l'arrêté d'expulsion du 16 mai 2007 par le placement de M. C en rétention le 9 mars 2023 révèle la prise d'une nouvelle mesure d'expulsion se substituant à celle du 16 mai 2007.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que pour justifier la nouvelle mesure d'expulsion le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que M. C s'est rendu coupable de vol aggravé par deux circonstances le 21 juillet 2002, d'agression sexuelle sur mineur de 15 ans par ascendant ou personne ayant autorité du 1er mars 2004 au 17 juillet 2005 et de proxénétisme entre janvier et juillet 2005. Toutefois, et nonobstant la gravité des infractions commises, en se fondant sur ces seules infractions commises il y a plus de vingt ans et alors qu'aucun autre fait délictueux n'est invoqué, la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence sur le sol français constituait toujours une menace grave pour l'ordre public.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police prononçant son expulsion, révélé par l'arrêté du 9 mars 2023 le plaçant en rétention administrative.
Sur les conclusions aux fins d'injonctions et d'astreinte :
5. Le présent jugement n'appelle n'implique pas nécessairement que le préfet délivre une autorisation provisoire de séjour ni qu'il réexamine la situation du requérant dès lors que la décision attaquée n'a ni pour objet de refuser à M. C la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, ni pour effet de retirer une autorisation provisoire de séjour qui aurait été précédemment accordée à l'intéressé. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais d'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Sur les dépens :
7. Aucun dépens n'ayant été exposé, les conclusions présentées à ce titre par
M. C doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet de police a prononcé l'expulsion du territoire français de M. C, révélée par son arrêté du 9 mars 2023 le plaçant en rétention administrative, est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Israël, premier conseiller,
M. Caldoncelli-Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.
La présidente-rapporteure,
Mme Delamarre
L'assesseur le plus ancien,
M. Israël
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026