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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2304472

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2304472

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2304472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre (J.U)
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 11 avril 2023 et le 10 juillet 2023, M. C D, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen sous 8 jours ;

4°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

5°) en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, moyennant la renonciation de cet avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

6°) en cas de défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions que comporte l'arrêté :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions en litige ;

- ces décisions sont entachées d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- les décisions en litige sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- ces décisions sont entachées d'erreur de fait, dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français muni d'un visa Schengen de type C ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il justifiait, à la date de la décision, d'un domicile stable et d'un passeport en cours de validité.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne son signalement dans le système d'information Schengen :

- cette décision doit être annulée par voie de conséquence, du fait de l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis pour lequel aucun mémoire en défense n'a été présenté.

Les parties ont été informées, le 20 juin 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête, du fait de sa tardiveté.

Initialement inscrite au rôle d'une première audience, le 13 juin 2023, l'affaire a été renvoyée à l'audience du 20 juin 2023, afin de prendre en compte le refus du préfet de la Seine-Saint-Denis d'extraire M. D de la maison d'arrêt de Villepinte. Toutefois, après un second refus d'extraction, et après avoir été appelée à l'audience du 20 juin 2023, l'affaire a été renvoyée à l'audience du 11 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. Cozic, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- et les observations de Me Caoudal, représentant M. D, qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures. Elle soutient en outre que la requête n'est pas tardive au vu des conditions de notification de l'arrêté en litige à M. D, alors qu'il se trouvait en cellule, incarcéré et dépourvu d'interprète. Elle précise que M. D a reçu la visite directement dans sa cellule d'un membre du greffe, qui lui a demandé de signer l'arrêté et qui est ensuite reparti directement avec l'original du document, sans remettre à M. D une copie. Elle indique que ce n'est qu'au moyen de son entretien mensuel avec son conseiller pénitentiaire d'insertion et probation, en avril, qu'il a pu faire le point sur sa situation et que des démarches ont été entreprises en vue de former un recours. Me Caoudal insiste sur la méconnaissance du droit d'être entendu dès lors que M. D n'a fait l'objet d'aucun entretien avant que l'arrêté soit pris alors qu'il aurait pu faire valoir des éléments sur sa situation personnelle et familiale. M. D indique en outre que sa mère ainsi que ses frères et sœurs continuent de résider en Algérie.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 février 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. D, ressortissant algérien né le 29 février 1988, à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Dans sa requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 relatif à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

3. En premier lieu, par un arrêté n°2023-0028 du 10 janvier 2023, régulièrement publié au bulletin des informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 11 janvier 2023, Mme A B, cheffe de la mission ordre public du bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de la Seine-Saint-Denis à l'effet notamment de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles fixant le délai de départ volontaire, celles fixant le pays de renvoi, ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des décisions en cause. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, les décisions attaquées sont suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué, notamment des mentions de fait précises y figurant, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à l'examen particulier de la situation de droit et de fait du requérant.

6. En dernier lieu, les moyens invoqués dans la requête, tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent par suite être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une décision de refus d'un délai de départ volontaire et d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté, en date du 22 février 2023, a été pris alors que M. D était déjà incarcéré. Si le requérant soutient sans être contesté qu'il n'aurait pas été mis à même de présenter la moindre observation sur la mesure d'éloignement envisagée avant l'édiction de celle-ci, les éléments et pièces qu'il verse aux débats, à l'occasion de la présente instance, ne permettent pas d'établir qu'ils auraient pu aboutir, s'ils avaient été préalablement portés à la connaissance de l'administration, à une autre décision que celle contestée. Le moyen de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l 'ensemble des parties contractantes pendant la durée de validité du visa () ". L'article 22 de cette convention prévoit en outre que : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire de l'une des parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque partie contractante, aux autorités compétentes de la partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la partie contractante sur lequel ils pénètrent. / () ". L'article 21 du même règlement dispose enfin que : " La suppression du contrôle aux frontières intérieures ne porte pas atteinte : / () d) à l'obligation des ressortissants des pays tiers de signaler leur présence sur le territoire d'un Etat membre conformément aux dispositions de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. ". L'article R. 621-3 du même code précise que " La production du récépissé mentionné au premier alinéa de l'article R. 621-2 permet à l'étranger soumis à l'obligation de déclaration de justifier, à toute réquisition d'une autorité compétente, qu'il a satisfait à cette obligation. ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-4 du même code : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreints à la déclaration d'entrée. ".

11. M. D soutient qu'il est entré régulièrement sur le territoire français au mois de mars 2019, muni de son passeport, et sous couvert d'un visa de catégorie C, délivré par les autorités espagnoles, valable du 7 mars 2019 au 6 avril 2019. Toutefois, s'il ressort bien des pièces versées au dossier par le requérant, et notamment de la copie de certaines pages de son passeport, qu'il est entré sur le territoire espagnol le 8 mars 2019, aucune pièce du dossier n'atteste de la date précise de son entrée sur le territoire français. Il n'est en outre ni allégué ni établi que M. D aurait souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français exigée par l'article 22 de la convention signée le 19 juin 1990 ainsi que par l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant n'établit pas la régularité de son entrée sur le territoire français. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Si M. D soutient qu'il vit en France depuis le mois de mars 2019 et qu'il est hébergé chez sa sœur, de nationalité française et mère de deux enfants dont il s'occupait régulièrement avant son incarcération, il ne conteste pas les termes de l'arrêté selon lesquels il est célibataire et sans enfant à charge. Le requérant en outre à la barre, durant l'audience, que sa mère et des membres de sa fratrie vivent toujours en Algérie. Par ailleurs, si M. D verse au dossier une promesse d'embauche établie le 18 avril 2023 par une société souhaitant l'employer en qualité de chauffeur-livreur, il n'apporte aucune précision sur les emplois qu'il allègue avoir occupés, de manière non-déclarée, depuis son entrée sur le territoire français. En tout état de cause, il ne verse au dossier aucune pièce en vue d'en justifier. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

15. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a mentionné dans l'arrêté en litige que le comportement de M. D était constitutif d'une menace à l'ordre public, qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français sans avoir ensuite effectué la moindre démarche en vue de régulariser sa situation, et qu'il s'était soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 2 décembre 2021. Alors que le bien-fondé de ces motifs, qui pouvaient légalement fonder la décision en litige, n'est pas contesté par le requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a formellement fondé la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire que sur le double motif tiré de ce que M. D serait dépourvu de document d'identité ou de voyage, et qu'il a déclaré un lieu de résidence sans toutefois en justifier. Si le requérant communique la copie de son passeport, en cours de validité, et soutient qu'il est hébergé chez sa sœur depuis 2019, les pièces versées au dossier ne permettent pas de regarder cet hébergement comme une " résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ", au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 précité. Ce seul motif suffisait à fonder la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire querellée. Il résulte ainsi de l'instruction qu'en se fondant sur ce seul motif, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision à l'encontre de M. D.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. En premier lieu, compte tenu des éléments mentionnés précédemment, en réponse aux moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde, doit être écarté.

18. En second lieu, eu égard aux motifs retenus au point 11 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant 36 mois méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle. Ces deux moyens doivent par suite être écartés.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

19. Il résulte des dispositions de l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II) que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. La décision prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai de 36 mois n'étant pas illégale, le requérant n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que son signalement serait illégal, par voie d'exception. Un tel moyen doit par suite être écarté et les conclusions tendant à leur annulation doivent être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

22. Les dispositions susvisées font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 500 euros que Me Caoudal, avocat de M. D demande sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 au titre des frais que le requérant aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E

Article 1er : M. D est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de la Seine-Saint-Denis, ainsi qu'à Me Caoudal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

H. Cozic

Le greffier,

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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