mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2304572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | SITRUK |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 17 avril 2023, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Montreuil, selon la procédure prévue à l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée à ce tribunal par M. D A B.
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, M. A B, représenté par Me Sitruk, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne justifie pas de sa compétence ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'auteur de la décision fixant le pays de renvoi ne justifie pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'auteur de la décision lui refusant le délai de départ volontaire ne justifie pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'auteur de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne justifie pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant le délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La préfète du Val-de-Marne a produit des pièces, enregistrées le 16 décembre 2023, qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Bernabeu pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 6 mai 2024 :
-le rapport de M. Bernabeu ;
-les observations de Me Sitruk, représentant M. A B ;
- et celles de Me Kerkani, représentant la préfète du Val-de-Marne.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né en 2002, est entré en France, selon ses déclarations, en 2020. A la suite de son interpellation par les services de police dans le cadre d'une enquête de flagrance le 3 avril 2023, la préfète du Val-de-Marne a pris le 4 avril suivant un arrêté l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour en France pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la légalité externe :
2. D'une part, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022, publié au recueil des actes administratifs du Val-de-Marne n° 23 du 14 au 25 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a délégué sa signature à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions d'obligations de quitter le territoire français et les décisions d'interdictions de retour prises en application des dispositions des articles L. 611-1 à L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
4. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 611-1, 1° et L. 611-1, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. La préfète fait en outre état de la situation de l'intéressé en relevant que M. A B déclare être entré en France en 2020, sans justifier de la régularité de son entrée, qu'il a été interpellé pour des faits de violence par conjoint n'ayant entraîné aucun jour d'incapacité totale de travail, et qu'il est sans charge de famille. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : [] 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour [] ".
6. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier mentionne les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la préfète du Val-de-Marne relève que l'intéressé, qui ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français en 2020, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la décision portant refus de délai de départ volontaire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
7. En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, la décision litigieuse vise les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la nationalité tunisienne de M. A B, permettant ainsi d'identifier la Tunisie comme pays d'origine et, partant, pays de renvoi. En outre, il précise que M. A B n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la préfète du Val-de-Marne a procédé à un examen d'ensemble de la situation de l'intéressé, telle que mentionnée au point 4. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.
10. Enfin, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre [] ".
11. Ainsi, le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A B a été mis en mesure de présenter ses observations dans l'hypothèse où il ferait l'objet d'une mesure d'éloignement, lors de son audition du 4 avril 2023, au cours de laquelle il a été avisé qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a déclaré qu'il souhaitait rester en France afin de régulariser sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
S'agissant de la légalité interne :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. A B soutient qu'il est en couple avec une ressortissante française, avec qui il prévoit de se marier. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que M. A B, entré irrégulièrement sur le territoire français en août 2020, a été interpellé le 3 avril 2023 à l'occasion d'une enquête de flagrance pour des faits de violence sur conjoint n'ayant entraîné aucune incapacité totale de travail. Si l'intéressé soutient qu'il prévoit de se marier avec sa compagne, il n'établit toutefois pas l'ancienneté de sa relation avec celle-ci. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où demeurent ses parents et sa fratrie. Enfin, si l'intéressé déclare travailler en qualité de vendeur d'objets de cuisine, il ne l'établit pas, de sorte qu'il ne justifie pas d'une insertion professionnelle au sein de la société française. Dans ces conditions, et à supposer même que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi n'ont pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont ainsi pas été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, et quand bien même le comportement de l'intéressé ne constituerait pas une menace à l'ordre public, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
16. Il ne ressort pas de tout ce qui a été dit aux points précédents que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, M. A B ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette dernière décision à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
17. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 14 et 15, la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. Il ne ressort pas de tout ce qui a été dit aux points précédents que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai départ volontaire seraient entachées d'illégalité. Par suite, M. A B ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de leur illégalité pour demander l'annulation de celle portant interdiction de retour sur le territoire français.
19. Si l'intéressé soutient que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation, il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 14, que l'intéressé a été interpellé le 3 avril 2023 pour des faits de violence sur conjoint dans le cadre d'une enquête de flagrance. Dans ces conditions et pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 14 et 15, alors que l'intéressé ne conteste pas la matérialité des faits pour lesquels il a été interpellé, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.
Le magistrat désigné,
S. BernabeuLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026