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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2304724

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2304724

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2304724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantWOOG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, Mme B A, représentée par la SELARL Minier Maugendre et associées, demande au juge des référés du Tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 9 mars 2023 par laquelle la commune de Romainville a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa rechute du 4 février 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Romainville de reconnaître l'imputabilité au service de sa rechute du 4 février 2022, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Romainville une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors que la décision la prive de l'intégralité de ses revenus et que les seuls revenus de son conjoint sont inférieurs aux charges du foyer ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure compte tenu de l'irrégularité du recueil de l'avis émis le 27 février 2023 par le conseil médical interdépartemental de la petite couronne, d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de droit dès lors que la commune s'est crue en situation de compétence liée et d'une erreur d'appréciation de l'origine de son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, la commune de Romainville, représentée par la SELARL Woog et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la requérante perçoit la moitié de son traitement et que les moyens sont infondés.

Vu :

- la requête tendant à l'annulation de la décision contestée, enregistrée le 12 avril 2023 sous le numéro 2304383 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique,

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Garzic, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement avertie du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 mai 2023, tenue en présence de Mme Baali, greffière, ont été entendus :

- le rapport de M. Le Garzic ;

- les observations de la SELARL Minier Maugendre et associées, avocat de la requérante, qui indique en ce qui concerne l'urgence qu'elle ne peut légalement bénéficier d'un traitement seulement réduit de moitié et qu'en tout état de cause celui-ci ne peut suffire à excéder les charges courantes, dépenses non usuelles incluses, du foyer et que celui-ci ne peut demeurer avec un surplus très faible jusqu'au jugement au fond, et reprend ses écritures en ce qui concerne la légalité en précisant que l'irrégularité de l'avis du comité médical l'a privée d'une garantie et que les nombreux avis médicaux contradictoires démontrent au moins le doute sérieux sur l'imputabilité ;

- et les observations de la SELARL Woog et associés, avocat de la commune, qui indique que Mme A va demeurer à demi-traitement et que celui-ci est suffisant au regard des éléments de la requête et qu'aucune récupération non concertée d'un indu n'est envisagée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe technique principale de 2e classe au sein de la commune de Romainville, a subi le 22 septembre 2018 un accident qui a été reconnu imputable au service par arrêté du maire de la commune en date du 27 décembre 2019, ensemble les rechutes constatées du 25 février 2019 et du 31 août 2019, qui a en conséquence placé l'intéressée en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 22 septembre au 13 novembre 2018, du 15 février au 26 juillet 2019 et du 31 août au 20 septembre 2019. Par arrêté du 12 novembre 2020, le maire a à nouveau placé Mme A en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 29 juin 2020 au 30 novembre 2020. La commune a en conséquence versé à l'intéressée l'intégralité de son traitement pour les congés occasionnés par son incapacité temporaire de travail. Par décision du 26 janvier 2022, à l'encontre de laquelle Mme A a présenté un recours pour excès de pouvoir, le maire a en revanche indiqué qu'à compter du 13 décembre 2021 les congés occasionnés par un état de santé la mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions seront regardés comme des congés de maladie. Le 4 février 2022, Mme A s'est à nouveau trouver dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, qu'elle a imputée à une nouvelle rechute dont elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service. Elle demande que soit prononcée la suspension de l'exécution de la décision du 9 mars 2023 par laquelle la commune a rejeté cette demande.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée, la requérante soutient qu'il porte une atteinte grave et immédiate à sa situation économique et financière en faisant valoir qu'elle a pour conséquence une absence de versement de son traitement et la perte dès lors de de l'intégralité de celui-ci. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des écritures et observations itérées de la commune, que la requérante va percevoir à compter du mois d'avril 2023 une rémunération mensuelle de 970 euros au titre d'un demi-traitement versé sur le fondement de l'article 17 du décret susvisé du 30 juillet 1987 jusqu'à ce qu'une décision soit prise sur sa situation et qu'une répétition non concertée de ce que la commune être un indu de traitement à compter du 4 février 2022 n'est pas envisagée. Dès lors par ailleurs qu'il résulte de l'instruction que le conjoint de la requérante perçoit un revenu mensuel de 1 440 et de ses propres écritures que les charges usuelles du foyer sont estimées à 1 668 euros, la requérante ne peut être regardée comme justifiant que la perte d'une moitié de son traitement porte à sa situation financière une atteinte grave et immédiate et satisfaisant la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais de l'instance.

6. Il n'y a en outre pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme au titre des frais exposés par la commune dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Romainville sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune de Romainville.

Fait à Montreuil le 16 mai 2023.

Le juge des référés,

Signé

P. Le Garzic

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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