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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2304794

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2304794

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2304794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 20 avril, 8 juin et 10 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen personnel ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été pris par des médecins qui n'appartiennent pas au collège des médecins en méconnaissance de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

- elles sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un mémoire enregistré le 24 août 2023, l'OFII a produit des observations.

Par une décision du 7 mars 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- le dossier médical de M. A communiqué par l'OFII le 15 juin 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Myara,

- et les observations de Me Philippon représentant M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 17 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 8 septembre 2000, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé le 7 juillet 2022. Par un arrêté du 25 novembre 2022, dont il sollicite l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier, que M. A est entré en France en 2017 alors qu'il était mineur, qu'il a bénéficié d'une prise en charge par jugement du juge pour enfants du 26 juin 2017 jusqu'au 26 janvier 2018 et a fait l'objet d'un suivi pédo-psychiatrique de l'Hôpital Jean Verdier à Bondy puis de l'Hôpital d'Avicenne. Il ressort en outre de trois certificats médicaux émanant du chef de service de psychopathologie à l'hôpital Avicenne, et d'un médecin psychiatre, en date du 28 juin et du 25 juillet 2022, que M. A est suivi depuis avril 2017 en raison d'un trouble dépressif récurrent avec risque auto agressif et suicidaire élevé, d'une anxiété généralisée et d'un syndrome de stress post traumatique résultant de son parcours migratoire, qu'il bénéficie à ce titre d'un suivi pédopsychiatrique mensuel, d'un traitement antidépresseur depuis janvier 2018, d'une psychothérapie individuelle bimensuelle, ainsi que d'une trentaine de séances de thérapie en groupe " Trauma ". Il ressort de ces mêmes certificats médicaux, qui font état de la nécessité de lui administrer un traitement antipsychotique suite à l'exacerbation de ses symptômes d'allure psychotique et d'une récente introduction de la méthode " EMDR " dans le cadre de sa psychothérapie, que son état de santé s'est lourdement aggravé au cours de l'année 2022 et que la poursuite du lien thérapeutique avec les soignants qui l'accompagnent depuis l'année 2017, soit plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, est particulièrement importante. M. A a par ailleurs fait preuve d'efforts sérieux dans un parcours d'insertion et a cherché, malgré la précarité de son état de santé, à subvenir à ses propres besoins en exerçant successivement des fonctions d'agents de propreté en 2021, de garde d'enfant chez des particuliers, à compter de l'année 2022 à temps partiel, et des fonctions de valet de chambre dans un hôtel au cours de l'année 2022 et a signé un contrat d'Engagement Jeune auprès de la mission locale. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir, tant au regard de la dégradation récente de son état de santé qu'à ses efforts d'intégration socio-professionnelle, qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il serait susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Il y a lieu, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil de M. A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de la part contributive de l'Etat.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 25 novembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à au conseil de M. A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Philippon.

Copie en sera délivrée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président-rapporteur,

M. Laforêt, premier conseiller,

Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. Myara

Le premier assesseur,

E. Laforêt La greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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