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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2304900

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2304900

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2304900
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDIEUDONNE DE CAREFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Dieudonné de Carfort, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 3 juin 2022, confirmée le 8 décembre 2022, refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors qu'elle est dépourvue de ressources et qu'elle est mère d'un enfant de deux mois ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'exercice de son droit d'asile eu égard à sa situation de précarité et à sa vulnérabilité, alors que son absence de prise en charge résulte d'une erreur de l'administration.

Par un mémoire, enregistré le 27 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- la situation d'urgence alléguée n'est pas établie dès lors qu'elle est tardive à contester la légalité de la décision du 3 juin 2022, que si elle a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil le 25 novembre 2022, elle s'est placée elle-même dans la situation qu'elle dénonce dès lors qu'elle a refusé sans motif légitime une proposition d'hébergement, raison pour laquelle par une décision du 10 février 2022, il a été mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qu'elle avait déclaré ne pas vivre avec son conjoint et n'a pas informé l'OFII que ce dernier bénéficiait d'une prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil et qu'elle n'est pas isolée, bénéficie d'un hébergement depuis juillet 2022 et ne bénéficie plus des conditions matérielles d'accueil depuis plus d'un an sans établir en quoi le refus de rétablissement en cause aurait aggravé sa situation ;

- aucune atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile du fait du refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil ne peut être constatée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Ribeiro-Mengoli, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 avril 2023 à 14h, en présence de Mme Baali, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli,

- et les observations de Me Dieudonné de Carefort pour Mme B, présente, qui reprend ses écritures et fait valoir que si la requérante est tardive à contester la légalité de la décision du 3 juin 2022, elle a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil en novembre 2022 à la suite du classement de sa demande d'asile en procédure normale, sans que l'OFII ne réévalue sa situation alors qu'elle était enceinte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, a présenté une demande d'asile le 23 décembre 2021, enregistrée en procédure Dublin, et s'est vue accorder à cette même date le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Ayant toutefois refusé la proposition d'hébergement de l'OFII, celui-ci a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil par une décision du 10 février 2022, devenue définitive faute pour Mme B de l'avoir contestée. Sa demande d'asile ayant été par la suite classée en procédure accélérée, l'OFII a procédé à un réexamen de sa situation et, par décision du 3 juin 2022, a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressée avait déposé sa demande d'asile après l'expiration du délai de 90 jours après son entrée en France fixé par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision, notifiée à Mme B le 3 juin 2022 avec la mention des voies et délais de recours, est devenue définitive, Mme B n'ayant formé à son encontre le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le 5 septembre 2022, après l'expiration du délai de recours de deux mois. Sa demande d'asile ayant été classée le 21 novembre 2022 en procédure normale, Mme B a sollicité, par l'intermédiaire d'un travailleur social, le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par un courriel du 8 décembre 2022, l'OFII l'a informée de son refus d'accéder à sa demande. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 3 juin 2022 et de celle révélée par le courriel du 8 décembre 2022 refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, et d'enjoindre au préfet de procéder à un tel rétablissement.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de l'articles 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, () qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. En distinguant les procédures prévues par les articles L. 521-1 et

L. 521-2 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B, alors que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été accordé lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 23 décembre 2021, a refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite à cette occasion au motif qu'elle ne souhaitait pas être séparée de son compagnon et n'a pas contesté la décision du 10 février 2022 par laquelle l'OFII a mis un terme, pour ce motif, à ses conditions matérielles d'accueil. Elle n'a pas davantage contesté dans le délai de recours contentieux de deux mois la décision susmentionnée du 3 juin 2022 par laquelle l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait déposé sa demande d'asile au-delà du délai de 90 jours fixé par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si elle a sollicité en novembre 2022 le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait informée l'OFII à cette occasion de sa nouvelle situation, étant enceinte, et pas davantage de la naissance en février 2023 de son enfant. Dans les circonstances de l'espèce, alors qu'il est constant que Mme B est hébergée avec son compagnon et sa fille, que l'OFII soutient sans être contredit que son compagnon, également demandeur d'asile a pu bénéficier des conditions matérielles d'accueil sans que Mme B ne l'ait informé de cette situation et qu'elle n'a saisi le juge des référés que cinq mois après le dernier refus que lui a opposé l'OFII, sans du reste documenter ses conditions de vie pendant un an alors qu'elle ne bénéficiait pas des conditions matérielles d'accueil après qu'elle a refusé l'hébergement qui lui était proposé, il ne résulte pas de l'instruction qu'au regard de sa situation l'absence de rétablissement, plus d'un an après leur suppression dans les conditions mentionnées ci-dessus, des conditions matérielles d'accueil, ferait naître une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés statuant dans un délai de quarante-huit heures.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B ne satisfait pas les conditions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et doit être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Dieudonné de Carefort et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Montreuil, le 28 avril 2023.

La juge des référés,

Signé

N. Ribeiro-Mengoli

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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