jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2304992 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | NAMIGOHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un nouveau mémoire, respectivement enregistrés les 25 avril et 14 décembre 2023, M. A D, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur territoire pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence, d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen, méconnaît son droit d'être entendu, ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement contestée et est entachée d'incompétence, d'une insuffisance de motivation, d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de risque de fuite ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement contestée, est entachée d'incompétence, d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen, et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-l'interdiction de retour sur le territoire doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement contestée, est entachée d'incompétence, d'une insuffisance de motivation, d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et lui a été irrégulièrement notifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une décision du 28 novembre 2023, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Toutain, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 776-1 et L. 776-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Toutain, magistrat désigné,
- les observations de Me Namigohar, pour M. D, qui persiste dans les conclusions de sa requête, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant tunisien né le 26 janvier 1990, a été interpellé par les services de police, le 24 avril 2023, pour des faits de faux et usage de faux, usurpation d'identité et conduite d'un véhicule à moteur sans permis. Par un arrêté du même jour, dont M. D demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 28 novembre 2023, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D a été rejetée. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par l'intéressé à fin d'admission provisoire à cette aide.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 24 avril 2023 a été signé par Mme C B, cheffe du bureau de l'éloignement au sein de la préfecture de
Seine-et-Marne. Or Mme B disposait, pour ce faire, d'une délégation de signature lui ayant été consentie par un arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 28 février 2023, régulièrement publié le au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er mars 2023. Par suite, manque en fait le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué du 24 avril 2023 énonce, avec une précision suffisante, les motifs de droit et de fait sur lesquels le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé pour édicter chacune des décisions contestées par le requérant à l'occasion de la présente instance. Dès lors, le moyen tiré de leur insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En dernier lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué du 24 avril 2023, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant avant d'édicter les décisions que ce dernier conteste, alors surtout que le préfet justifie en défense avoir, au préalable, disposé d'un procès-verbal d'audition de l'intéressé, par les services de police, sur sa situation administrative et personnelle.
En ce qui concerne les autres moyens de la requête :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, ainsi que de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui concerne non les Etats membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. En l'espèce, si M. D soutient qu'il n'aurait pas eu la possibilité de faire valoir ses observations préalables, le requérant, qui a été entendu dans le cadre de son audition par les services de police ainsi qu'il a été dit au point 5, avant que soit prononcée l'obligation de quitter le territoire français contestée, ne justifie pas avoir disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise cette mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, M. D soutient notamment qu'il résiderait habituellement depuis 2017 en France, où vit sa sœur, qu'il exerce une activité salariée depuis 2019, qu'il n'a jamais été condamné pénalement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, âgé de 33 ans à la date de l'arrêté attaqué, est célibataire et sans enfant. Par ailleurs, l'intéressé, qui ne démontre séjourner habituellement en France que depuis juin 2019, au vu des pièces versées aux débats, ne justifie pas que sa sœur disposerait d'un titre de séjour. Enfin, M. D n'établit, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Tunisie, pays dans lequel il a vécu, à tout le moins, jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le droit au séjour dont il disposerait à ce titre en vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, pour les motifs précédemment exposés, le requérant n'est pas fondé à exciper, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
10. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué du 24 avril 2023 que, pour refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, le préfet de Seine-et-Marne s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas être entré régulièrement en France, ni davantage avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et, par suite, qu'il existait un risque de fuite. Or ce motif suffisait à justifier légalement le refus de délai de départ volontaire, en application des dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 1° de l'article L. 612-3 du même code. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet aurait, à tort selon le requérant, fondé sa décision également sur d'autres motifs surabondants, tirés de ce que l'intéressé représenterait une menace sur l'ordre public et ne disposerait pas de garanties de représentation suffisantes, est sans incidence sur la décision de refus ici contestée.
11. En dernier lieu, si le requérant soutient que le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, pour les motifs précédemment exposés, le requérant n'est pas fondé à exciper, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
13. En deuxième lieu, dès lors que la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être appréciée à la date à laquelle cette décision a été édictée, les conditions dans lesquelles elle a été ultérieurement notifiée au requérant sont sans incidence sur la légalité de cette mesure.
14. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, pour les motifs précédemment exposés, le requérant n'est pas fondé à exciper, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
16. En second lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé n'apporte, à l'occasion de la présente instance, aucun élément ni aucune pièce justificative à l'appui de ces moyens, en particulier sur les risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens ainsi soulevés ne peuvent qu'être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. D à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de
Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe 18 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
E. Toutain
La greffière,
S. Desplan
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026