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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2305176

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305176

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2305176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantHAIDARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Haidara, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles ont été prises en méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 7 mars 2023.

Par une lettre du 11 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement qui sont dirigées contre des mesures inexistantes dès lors que l'arrêté litigieux contient une décision de remise aux autorités italiennes (article 3) assortie d'une invitation à quitter le territoire français dans un délai de trente jours (article 2) qui, pour ce qui concerne cette invitation, ne fait pas grief.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- et les observations de Me Haidara, représentant Mme A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 3 octobre 1992, titulaire d'un titre de séjour permanent de longue durée-UE délivré par les autorités italiennes, a sollicité le

15 avril 2022 son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par un arrêté du 28 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a décidé de la remettre aux autorités italiennes si, à l'expiration d'un délai de trente jours, elle n'avait pas quitté le territoire français. Mme A demande l'annulation de la décision de refus de séjour, de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement.

Sur l'étendue du litige :

2. L'arrêté litigieux prévoit, en son article 2, que Mme A " doit prendre toutes ses dispositions pour quitter le territoire français dans un délai de trente (30) jours à compter de la notification du présent arrêté " et, en son article 3, que " à l'expiration de ce délai, Madame B A pourra être remis[e] aux autorités italiennes qui lui ont délivré la carte de résident longue durée-UE ". Ainsi cet arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé, en application des dispositions de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la remise de la requérante aux autorités italiennes ne comporte pas, contrairement à ce qui est soutenu, de décision portant obligation de quitter le territoire français ni de décision fixant le pays de destination de la requérante. Dès lors, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de ces décisions inexistantes ne sont pas recevables et doivent, comme telles, être rejetées. A supposer même que la requérante ait entendu demander l'annulation de l'arrêté, en tant qu'il l'invite à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, une telle invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus de séjour, ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas une décision susceptible de recours de sorte que Mme A n'est pas davantage recevable à en demander l'annulation.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. La décision attaquée a été signée par M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, qui disposait, en vertu de l'arrêté n° 2022-0220 du 7 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les actes en matière de droit au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

4. La méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions relatives au séjour qui, contrairement aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, notamment régies par la directive n° 2008/15/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, ne peuvent être regardées comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne ou comme étant régies par celui-ci.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Mme A soutient qu'elle s'est définitivement installée en France en 2016 pour s'occuper de son grand-père, ancien tirailleur sénégalais, qui, décédé le 26 décembre 2019 au Sénégal, avait obtenu en 2017, par un décret de naturalisation, la nationalité française et qu'elle a exercé une activité salariée en qualité d'agent d'accompagnement et d'aide à domicile d'août à novembre 2016, de janvier à novembre 2017 et de mars 2018 à octobre 2022. Toutefois, compte tenu de l'ensemble de la situation de la requérante qui, célibataire et sans charge de famille, ne dispose plus d'attaches familiales en France et possède au demeurant un titre de séjour permanent de longue durée-UE délivré par les autorités italiennes, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, estimer que, nonobstant la durée de sa présence et son insertion professionnelle, l'admission au séjour de l'intéressée ne répondait pas à des considérations humanitaires ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels et lui refuser, dès lors, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est dépourvue de caractère réglementaire, ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge. Mme A ne peut dès lors utilement se prévaloir des énonciations de cette circulaire pour contester la légalité de la décision de refus de titre de séjour.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des passeports de la requérante et des tampons apposés par les services de police aux frontières qui y figurent, que les mentions de l'arrêté litigieux selon lesquelles " les passeports laissent apparaître des cachets témoignant qu'elle est sortie du territoire français et entrée pour la dernière fois en France le 12 décembre 2019 " seraient erronées. Par ailleurs, et contrairement à ce qui est soutenu par Mme A, l'arrêté attaqué ne mentionne pas qu'elle n'aurait présenté, à l'appui de sa demande de titre de séjour, qu'une promesse d'embauche. La seule circonstance que le préfet n'ait pas précisé dans son arrêté l'ensemble des pièces produites par l'intéressée, notamment ses bulletins de paie ainsi que ses contrats de travail, n'est pas de nature à révéler une erreur de fait dont serait entachée la décision en litige. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait omis de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la situation personnelle et professionnelle de Mme A n'est pas telle que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Haidara et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- M. Guiral, premier conseiller,

- Mme Lamlih, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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