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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2305272

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305272

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2305272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2303718 du 2 mai 2023, la présidente de la 3ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par Mme F.

Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2305272 le 20 février 2023, le 9 octobre 2023, le 16 juin 2024 et le 27 juin 2024, Mme C F, représentée par Me Busquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter l'intervention volontaire de l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France ;

2°) d'annuler la décision du 21 décembre 2022 par laquelle le ministre du travail a retiré la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours hiérarchique formé à l'encontre de la décision de l'inspectrice du travail du 1er avril 2022, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 1er avril 2022 et a autorisé son licenciement ;

3°) d'enjoindre à l'union mutualiste VYV3 de la réintégrer dans son emploi à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son bénéfice de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le principe du contradictoire a été méconnu devant le tribunal administratif ;

- son ancien employeur, l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France ne justifie pas d'un intérêt à intervenir dans la présente instance et appuie son mémoire sur des pièces qui ne sont pas produites en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle a été la victime d'agissements de harcèlement moral et d'agissements discriminatoires de la part de son employeur ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée dès lors que le ministre ne s'est pas prononcé sur le second motif retenu par l'inspecteur du travail tenant à l'existence d'un lien entre la procédure de licenciement et le mandat ;

- son licenciement ne pouvait pas être prononcé dès lors que la décision implicite née le 31 mars 2022 par laquelle l'autorisation de licenciement a été rejetée par l'inspection du travail n'avait pas été retirée ;

- le signataire de la demande d'autorisation de licenciement ne disposait pas de la compétence pour demander une autorisation de licenciement au nom de l'union mutualiste ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire, les délégations de pouvoir adressées par l'union mutualiste à l'inspection du travail ne lui ayant pas été transmises ;

- ses mandats n'ont pas tous été mentionnés par la décision attaquée ;

- les faits justifiant l'autorisation de licenciement étaient tous prescrits ;

- c'est au prix d'une erreur de fait et d'appréciation que le ministre a considéré que les fautes qui lui étaient reprochées étaient suffisamment graves pour justifier son licenciement ;

- l'engagement de la mesure disciplinaire en litige est lié à ses mandats syndicaux ;

- son licenciement a privé la structure de son représentant de proximité ; il existait donc un motif d'intérêt général justifiant le refus d'accorder l'autorisation de licenciement.

Par des mémoires enregistrés le 29 mai 2024 et le 1er juillet 2024, l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France, représentée par la Me Cohen, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés sont infondés.

Par un courrier du 21 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à ce que soit ordonnée la réintégration de Mme F au sein de la société VYV3 comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;

- les conclusions de M. Bernabeu, rapporteur public ;

- les observations de Me Busquet, avocat de la requérante ;

- et les observations de Me Cohen, avocate de l'union mutualiste VYV3 Ile-de France.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F a été employée en qualité d'ergothérapeute à compter du mois de novembre 1985 par l'union mutualiste, dénommée VYV3 Ile-de-France à la date de la décision attaquée. Depuis le mois de janvier 2005, la requérante exerçait ses fonctions à temps partiel. Mme F a été convoquée à un entretien préalable à un licenciement avec mise à pied conservatoire par un courrier du 15 janvier 2022. La salariée exerçant plusieurs mandats et fonctions de représentation des salariés dont, notamment, celles de membre titulaire du comité social et économique central, membre de la commission économique du comité social et économique central, membre de la commission santé, sécurité et conditions de travail du comité social et économique central, représentante de proximité du site de l'hôpital la Boissière à Noisy-le-Sec. Par un courrier du 27 janvier 2022, l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France a sollicité auprès de l'inspection du travail l'autorisation de licencier Mme F. Cette autorisation a été rejetée par une décision implicite de l'inspectrice du travail née le 31 mars 2022, suivie d'une décision expresse intervenue le 1er avril 2022. L'union mutualiste VYV3 Ile-de-France a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision de rejet le 12 mai 2022, reçue le 13 mai suivant. Par une décision du 21 décembre 2022 dont Mme F sollicite l'annulation, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 13 septembre 2022, annulé la décision de l'inspectrice du travail du 1er avril 2022 et autorisé son licenciement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la requérante aux écritures de l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France :

2. En sa qualité de bénéficiaire de l'autorisation de licenciement accordée par le ministre chargé du travail, l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France devait être appelée à la cause dans la présente instance en qualité de défendeur. Elle a produit des écritures tendant au rejet de la requête introduite par Mme F. Par suite, les écritures présentées par cette union mutualiste doivent être regardées comme émanant régulièrement d'une partie en défense et non d'un intervenant. La requérante n'est par suite pas fondée à soutenir que les écritures de l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France, auxquelles étaient jointes les productions visées par celles-ci, seraient irrecevables comme constituant une intervention en défense ne s'associant pas aux conclusions d'une partie à l'instance.

Sur les conclusions tendant à la réintégration de Mme F :

3. Il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître des litiges entre personnes privées et en particulier aux juridictions prud'homales d'ordonner, le cas échéant, à un employeur privé de réintégrer un salarié protégé de droit privé. Par suite, les conclusions présentées à cette fin par la requérante doivent être rejetées en tant que portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre du travail du 21 décembre 2022 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / () ".

5. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Dans le cas où le ministre, ainsi saisi d'un recours hiérarchique, annule la décision par laquelle un inspecteur du travail a rejeté la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, il est tenu de motiver l'annulation de cette décision ainsi que le prévoit l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et en particulier, lorsqu'il estime que le ou les motifs fondant une décision de refus d'autorisation de licenciement sont illégaux, d'indiquer les considérations pour lesquelles il estime que ce motif ou, en cas de pluralité de motifs, chacun des motifs fondant la décision de l'inspecteur du travail, est illégal.

6. La décision en litige, qui annule la décision de l'inspectrice du travail du 1er avril 2022 refusant l'autorisation de licencier Mme F, précise les raisons pour lesquelles le motif unique retenu par l'inspectrice du travail, tiré de ce que la personne ayant présenté la demande d'autorisation de licenciement pour l'employeur ne disposait pas de la qualité à agir pour représenter l'union mutualiste dans cette procédure. Par ailleurs, la décision énonce les éléments sur lesquels l'administration a porté son appréciation, relatifs à la matérialité et au caractère fautifs des faits retenus à l'égard de la salariée, dont le caractère de gravité suffisant à justifier un licenciement est également détaillé. Enfin, la décision se prononce sur l'absence de lien entre la procédure et le mandat, l'existence d'un tel lien n'ayant au demeurant pas fondée la décision de refus prise par l'inspectrice du travail, si bien qu'elle comprend l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

7. En deuxième lieu, en vertu des dispositions des articles R. 2421-4 et R. 2421-11 du code du travail, l'inspecteur du travail saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé doit, quel que soit le motif de la demande, procéder à une enquête contradictoire. En revanche, aucune règle ni aucun principe ne fait obligation au ministre chargé du travail, saisi d'un recours hiérarchique sur le fondement des dispositions de l'article R. 2422-1 du même code, de procéder lui-même à cette enquête contradictoire. Il en va toutefois autrement si l'inspecteur du travail n'a pas lui-même respecté les obligations de l'enquête contradictoire et que, par suite, le ministre annule sa décision et statue lui-même sur la demande d'autorisation.

8. Il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que la requérante ne peut utilement invoquer une méconnaissance de l'article R. 2421-11 du code du travail à l'encontre de la décision ministérielle attaquée. Par ailleurs, à supposer que la requérante ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire fondé sur l'article L 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, il ressort des pièces du dossier que le ministre a informé Mme F, par un courrier du 29 novembre 2022, qu'il envisageait de procéder au retrait de la décision implicite née du silence gardé sur le recours hiérarchie formé par l'union mutualiste VYV 3 Ile-de-France, et invitait la requérante à présenter ses observations. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'elle n'a pas eu connaissance, ni lors de la procédure qui s'est déroulée devant l'inspectrice du travail, ni dans le cadre du recours hiérarchique instruit par les services du ministre du travail, des délégations de pouvoir qui avaient justifié le rejet par l'inspectrice du travail de la demande d'autorisation de licenciement, il ressort des pièces du dossier que la décision de cette autorité, prise le 1er avril 2022, vise expressément l'ensemble des pièces fournies à ce titre par l'union mutualiste et en cite le contenu, précisant le nom et la qualité des personnes visées par les délégations de pouvoir produites, ainsi que la mention, pour chaque " délégataire ", de " prendre des mesures conservatoires et disciplinaires y compris le licenciement ". Enfin, il n'est pas allégué que la requérante aurait sollicité la communication de ces pièces lors de l'instruction du recours hiérarchique par le ministre. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

9. En troisième lieu, pour opérer les contrôles auxquels elle est tenue de procéder lorsqu'elle statue sur une demande d'autorisation de licenciement, l'autorité administrative doit prendre en compte chacune des fonctions représentatives du salarié. Lorsque l'administration a eu connaissance de chacun des mandats détenus par l'intéressé, la circonstance que la demande d'autorisation de licenciement ou la décision autorisant le licenciement ne fasse pas mention de l'un de ces mandats ne suffit pas, à elle seule, à établir que l'administration n'a pas, comme elle le doit, exercé son contrôle en tenant compte de chacun des mandats détenus par le salarié protégé.

10. En l'espèce, si Mme F soutient que la décision attaquée ne mentionne pas l'intégralité de ses mandats, il ressort des pièces du dossier que tant la demande d'autorisation de licenciement adressée à l'inspectrice du travail, que le recours hiérarchique formé par l'employeur mentionnaient bien les mandats décrits dans les écritures de la requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le ministre aurait " manqué de définir l'ensemble des mandats détenus par Mme F " doit être écarté.

11. En quatrième lieu, il appartient à l'inspecteur du travail compétent de vérifier la qualité de l'auteur de la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé qui doit être l'employeur ou une personne ayant qualité pour agir en son nom et habilitée à mettre en œuvre la procédure de licenciement.

12. Aux termes de l'article L 114-17 du code de la mutualité dans sa version applicable au litige : " Le conseil d'administration détermine les orientations de l'organisme et veille à leur application, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ainsi que sa raison d'être lorsque celle-ci est précisée dans les statuts () ". Aux termes de l'article L. 114-18 du même code : " Le conseil d'administration élit parmi ses membres un président qui est élu en qualité de personne physique. Le président du conseil d'administration organise et dirige les travaux de celui-ci, dont il rend compte à l'assemblée générale. / () A l'égard des tiers, la mutuelle ou l'union est engagée même par les actes du président qui ne relèvent pas de l'objet de la mutuelle ou de l'union, à moins qu'elle ne prouve que le tiers savait que l'acte dépassait cet objet ou qu'il ne pouvait l'ignorer compte tenu des circonstances ". Aux termes de l'article L. 114-4 du code de la mutualité : " Les statuts des mutuelles et des unions déterminent () 9° La représentation de la mutuelle ou de l'union pour les actes de la vie civile et les actions en justice ; () ". Aux termes de l'article 36 des statuts de l'union VYV3 Ile-de-France, le président du conseil d'administration " représente l'Union dans tous les actes de la vie civile " et est " compétent pour décider d'agir en justice ou de défendre l'Union (). Il peut, sous sa responsabilité et son contrôle et avec l'autorisation du Conseil d'Administration, convier au Directeur Général l'exécution de certaines tâches qui lui incombent et lui déléguer sa signature pour des objets nettement déterminés ".

13. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du document contractuel versé par l'union mutualiste VYV3, lequel est fondé sur une délibération du 22 juin 2021 du conseil d'administration de VYV3 Ile-de-France, que sa présidente a donné délégation à la directrice générale régionale, à la même date, pour notamment gérer et animer les ressources humaines, cette délégation comprenant expressément la compétence relative aux sanctions disciplinaires ainsi qu'aux licenciements. En outre, Mme B H, directrice du pôle soin de l'union mutualiste VYV 3 Ile-de-France et signataire de la demande d'autorisation de licenciement et du recours hiérarchique formé par courrier du 12 mai 2022, disposait quant à elle d'une délégation de pouvoir de la directrice générale de l'union mutualiste du 23 juin 2021, aux fins notamment de " prendre des mesures conservatoires et disciplinaires - y compris le licenciement ". Si la requérante fait valoir que rien ne justifie que la demande d'autorisation ait été signée par la directrice du pôle soin, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas démontré que Mme F, ergothérapeute sur le site de l'hôpital la Boissière, ne relèverait pas dudit pôle, et donc du champ de compétence de Mme H. Par ailleurs, la circonstance que Mme E, directrice de l'hôpital la Boissière, disposait également d'une délégation de pouvoir lui permettant de prononcer une mesure de licenciement pour motif disciplinaire ne privait pas Mme H de sa compétence pour solliciter l'autorisation de licenciement. En tout état de cause, l'employeur justifie de l'opportunité pour Mme H de signer cette demande d'autorisation par l'existence d'une plainte formée par Mme F à l'encontre de Mme E. Le moyen doit par suite être écarté dans toutes ses branches.

14. En cinquième lieu, si Mme F fait valoir qu'elle n'a pas pu bénéficier de l'assistance d'un conseil durant l'entretien préalable au licenciement qui s'est tenu le 25 janvier 2022 à 10h00, cette circonstance est due au retard de son conseil qui est arrivé, selon les écritures de la requête, avec une heure de retard et après la fin de l'entretien. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'impossibilité de se faire assister a entaché la procédure de licenciement d'irrégularité.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 2421-14 du code du travail : " En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé jusqu'à la décision de l'inspecteur du travail. / La consultation du comité social et économique a lieu dans un délai de dix jours à compter de la date de la mise à pied () ".

16. Si Mme F fait valoir que le délai entre l'entretien préalable du 25 janvier 2022 et la réunion du comité social et économique tenue le même jour aurait été insuffisant, elle n'établit pas que des circonstances propres à sa situation personnelle auraient dû conduire à la faire bénéficier d'un délai supplémentaire en se bornant à produire un message électronique du 25 janvier 2022 indiquant qu'elle ne participerait pas à la réunion se tenant le jour même en raison des " pressions " qu'elle continuait à subir. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'elle n'aurait pas disposé d'un délai suffisant entre l'entretien préalable et la consultation du comité social et économique doit être écarté.

17. En septième lieu, si la requérante fait état d'un retard dans la réception de la demande d'autorisation de licenciement lors de la procédure contradictoire qui s'est déroulée devant l'inspectrice du travail, elle ne démontre pas qu'elle n'aurait pas été mise à même de présenter utilement ses observations, ni les conséquences de ce retard lors de la procédure qui s'est déroulée à la suite du recours hiérarchique présenté par l'employeur. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette circonstance aurait entaché la procédure d'irrégularité.

18. En huitième lieu, la décision expresse du 1er avril 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a rejeté la demande d'autorisation de licenciement présentée par l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France s'étant entièrement substituée à sa décision implicite née le 31 mars 2022, il n'incombait pas au ministre, qui a par ailleurs annulé la décision expresse du 1er avril 2022, d'annuler également la décision implicite de l'inspectrice du travail née le 31 mars 2022.

19. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 1332-4 du code du travail : " Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales ".

20. Il résulte de ces dispositions que l'employeur ne peut fonder une demande d'autorisation de licenciement sur des faits prescrits en application de ces dispositions, sauf si ces faits procèdent d'un comportement fautif de même nature que celui dont relèvent les faits non prescrits donnant lieu à l'engagement des poursuites disciplinaires. Le délai de deux mois commence à courir lorsque l'employeur a une connaissance exacte de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits reprochés au salarié protégé. Lorsque le salarié invoque à l'appui de son recours que son employeur a méconnu le délai de prescription, il doit établir, en raison des règles particulières qui régissent le contentieux administratif, le bien-fondé de son affirmation.

21. Il ressort des termes de la décision attaquée que les faits reprochés à Mme F ont trait à un comportement fautif répété de la salariée, consistant en l'instauration d'un climat de travail oppressant à travers un comportement récurrent d'hostilité, causant des perturbations sur le bon fonctionnement de la structure et conduisant à des démissions. S'il est exact que la situation de la requérante au sein de la structure a successivement donné lieu à une enquête réalisée par un intervenant externe au mois de novembre 2019, puis à un rapport d'un autre cabinet extérieur au mois de mai 2021, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée se fonde notamment sur des faits fautifs reprochés à la requérante portés à la connaissance de son employeur par un message électronique du 15 décembre 2021 de Mme I, collègue de Mme F, faisant notamment état d'un incident survenu la veille, ainsi que sur un courrier du 29 novembre 2021 de cette même collègue soulignant une aggravation de la situation au sein du service jusqu'à cette date, en lien avec le comportement de Mme F, la conduisant à présenter sa démission, ainsi que sur un courrier d'un autre collègue, M. D, du 8 décembre 2021, faisant également état de son choix de quitter la structure en raison de la détérioration de ses conditions de travail du fait de l'intimidation d'une collègue subie chaque jour, dont il ressort de ses précédents échanges avec sa hiérarchie qu'il s'agit de Mme F. Ces divers éléments, s'ils décrivent des faits de même nature que ceux déjà portés à la connaissance de l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France, caractérisent une poursuite, voire une aggravation, du comportement reproché à la salariée et ont permis à l'employeur d'avoir une pleine connaissance de la réalité et de l'ampleur des faits en cause. Par ailleurs, si Mme F fait état de ce que la décision du ministre comporte une erreur sur la date d'un incident évoqué par M. D, intervenu au mois de décembre 2020 et non au mois de 2021, cette erreur matérielle ne suffit pas à démontrer que la décision du ministre reposerait uniquement sur des faits prescrits. Par suite, à la date du 15 janvier 2022 à laquelle la requérante a été convoquée à l'entretien préalable à son licenciement avec mise à pied conservatoire, le délai de deux mois prévu à l'article L. 1332-4 précité du code du travail n'était pas expiré et le moyen tiré de la prescription de l'action disciplinaire doit donc être écarté.

22. En dixième lieu, en application des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail de rechercher, et le cas échéant au ministre chargé du travail saisi d'un recours hiérarchique, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Pour refuser l'autorisation sollicitée, l'autorité administrative a la faculté de retenir des motifs d'intérêt général relevant de son pouvoir d'appréciation de l'opportunité, sous réserve qu'une atteinte excessive ne soit pas portée à l'un ou l'autre des intérêts en présence.

23. Il ressort des pièces du dossier que la situation de Mme F, qui a d'abord exercé ses missions dans une structure dénommée Centre de Paris Est, a donné lieu, au mois de novembre 2019, à un rapport d'une psychologue d'un cabinet extérieur à la structure, qui a observé que les situations évoquées par la requérante ne relevaient pas d'une situation de harcèlement ou d'un traitement discriminatoire et a proposé un accompagnement de Mme F par un psychologue afin de tenir compte de la souffrance exprimée par cette dernière. Par un courrier électronique du 3 décembre 2020, la psychologue chargée de cet accompagnement a fait part de l'arrêt prématuré de cet accompagnement conformément au souhait de Mme F. Au cours du mois de mars 2021, plusieurs collègues de Mme F ont alerté leur hiérarchie sur l'existence d'un climat négatif impactant négativement leur qualité de vie au travail. Mme I s'est plainte d'une remise en cause régulière de ses compétences professionnelles auprès d'elle, mais également devant l'équipe, de la part de la requérante. M. D a fait état au cours de la même période d'une hostilité de la requérante à son égard depuis son arrivée. Si la requérante soutient que ces faits résulteraient d'un acharnement de l'employeur et reposeraient uniquement sur les allégations de ces deux anciens collègues, il ressort au contraire des pièces versées au débat que le climat oppressant lié à un comportement inapproprié de Mme F est confirmé par un message électronique du 2 mars 2021 par lequel M. A, médecin au sein de la même structure, s'étonne d'avoir vu Mme F se tenant derrière Mme I avec un carnet à la main pour noter " tout ce qui se passait " comme si elle était soumise à un examen, ainsi que par un message électronique du mois de mars 2021 dans lequel une autre collègue ergothérapeute, Mme G, relate avoir vu sa collègue s'approcher d'un évier où attendait du matériel devant être nettoyé pour prendre une photographie, faisant un lien entre ce comportement et un climat permanent de suspicion au sein du service, et évoquant un malaise en présence de cette collègue. En outre, un cabinet externe a été sollicité par l'employeur pour réaliser un " diagnostic psychosocial " au sein du site de Noisy-le-Sec où la requérante a ensuite poursuivi son activité, lequel a recueilli la parole de huit membres de l'équipe, soit 100 % des ergothérapeutes et 66 % des médecins. Le rapport émis au mois de mai 2021 constate que " 100 % des témoignages mentionnent une souffrance en lien avec les comportements de C. F " et que " 100 % des personnes interviewées rapportent des comportements laissant penser à une quête de la faute ", 85 % des personnes entendues faisant état de " comportements de surveillance formels ". Enfin, Mme I a encore attribué, au mois de novembre 2021, sa démission à la persistance de la situation de stress qu'elle met en lien avec le comportement de sa collègue, et M. D évoque également, dans sa lettre de démission du 8 décembre 2021, un départ lié à l'intimidation qu'il subit de la part de l'une de ses collègues, qui ne peut être que Mme F au vu des précédents échanges de ce dernier avec sa hiérarchie. Dans ces conditions, c'est sans erreur sur la matérialité des faits et leur qualification juridique que le ministre du travail a retenu que les faits reprochés à la salariée, consistant à avoir instauré un climat de travail oppressant au sein de l'établissement à travers un comportement déplacé et d'hostilité, ayant conduit à des démissions au sein du service, étaient établis et constituaient des fautes, lesquelles étaient, eu égard au comportement persistant de la requérante et de l'importance des conséquences sur le fonctionnement du service et les conditions de travail de ses collègues, d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.

24. En onzième lieu, Mme F soutient que la discrimination dont elle a été l'objet de la part de son employeur est avérée, en se fondant notamment sur un courrier du 27 mai 2019 de l'inspecteur du travail, faisant état de faits de harcèlement " dans plusieurs instances représentatives du personnel ". Toutefois, cet élément est insuffisant pour considérer que son licenciement pourrait être en rapport avec ses fonctions représentatives alors que, comme il a été dit au point précédent, les faits qui ont justifié l'engagement d'une procédure disciplinaire par l'union mutualiste VYV 3 Ile-de-France à son égard reposent sur les nombreux témoignages de collègues directs ou membres du même service, dénonçant de façon commune, notamment auprès d'un cabinet extérieur à l'employeur, un comportement inapproprié, hostile et générateur d'une souffrance au travail de la part de la requérante, sur une période de temps significative. Dans ces conditions, c'est sans erreur de fait ou d'appréciation que le ministre a pu retenir que la demande d'autorisation de licenciement n'était pas en lien avec les mandats exercés par Mme F.

25. En douzième lieu, si Mme F soutient que son licenciement a privé le site de l'hôpital de la Boissière de son représentant de proximité, le ministre fait état, sans être contredit sur ce point, de ce que ce licenciement n'a toutefois pas eu pour conséquence la disparition du comité social et économique. Il en résulte que les salariés du site n'ont pas été privés de toute représentation du personnel ou syndicale. Dans ces conditions, et au vu des faits reprochés à la salariée tels que décrits au point 23, ainsi que de leurs effets sur ses collègues, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en n'usant pas de la faculté qui lui était offerte de prendre en compte un motif d'intérêt général pour refuser d'autoriser le licenciement de Mme F, le ministre du travail aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées contre la décision du ministre du travail du 21 décembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, les sommes demandées par Mme F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

28. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme F la somme sollicitée par l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Les conclusions aux fins de réintégration au sein de l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France présentées par Mme F sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à l'union mutualiste VYV3 Ile-de-France et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.

Délibéré après l'audience du 12 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

Mme Lançon, première conseillère,

Mme Gaullier-Chatagner, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 26 février 2025.

La rapporteure,

N. Gaullier-ChatagnerLe président,

J.-F. Baffray

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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