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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2305441

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305441

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2305441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mai 2023, Mme C B, représentée par Me Semak, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa demande de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " formée le 30 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que la décision implicite de refus :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré d'une absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions de la requête.

Il soutient que la requête est dépourvue d'objet dès lors que la requérante a été mise en possession d'un titre de séjour étudiant valable du 4 août 2023 au 3 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Un mémoire présenté pour Mme B, par Me Semak, a été enregistré le 6 octobre 2024, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 13 juin 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas ;

- les observations de Me Moharami Moakhar, substituant Me Semak, représentant Mme B.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née 10 janvier 2001, est entrée en France le 4 septembre 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de court séjour valable du 20 juin 2016 au 16 décembre 2016. Titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant - élève " elle a, par un courrier en date du 27 mai 2022, réceptionnée le 30 mai suivant, demandé à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, le renouvellement de son précédent titre de séjour. Le 29 juillet 2022, l'intéressée a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant - élève ", valable du 28 juin 2022 au 27 juin 2023. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa demande principale.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :

2. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a, en cours d'instance, délivré à Mme B un titre de séjour en qualité d'étudiant. Toutefois, cette circonstance ne rend pas sans objet les conclusions de la requête présentées contre la décision implicite portant changement de statut. Il s'ensuit que celle-ci conserve son objet. Il y a donc lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas contesté en défense, que Mme B, entrée régulièrement en France le 4 septembre 2016, y séjourne depuis lors auprès de son père, ressortissant marocain, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 10 mai 2021 au 9 mai 2025 et qui subvient à ses besoins, de sa mère, ressortissante tunisienne, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et de sa sœur, ressortissante tunisienne et titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". De plus, Mme B, qui a intégré le lycée Marcelin Berthelot en classe de seconde a passé un bac technologique en " Sciences et technologies du Management et de la Gestion ", avec mention " assez bien ". Il ressort des attestations de soutien de sa professeure de lettres classiques et professeure principale, de sa professeure certifiée d'économie gestion, et de sa professeure agrégée d'économie gestion du Lycée Martin Berthelot, que l'intéressée est une élève assidue et motivée, qu'elle a fourni des efforts constants et s'est beaucoup investie avec sérieux afin de progresser et obtenir son baccalauréat. En 2019-2021, elle a poursuivi ses études en suivant les enseignements du " brevet de technicien supérieur (BTS) Assurances ", diplôme qu'elle a obtenu. A compter de septembre 2021, Mme B a poursuivi sa formation à l'Ecole Supérieure d'Assurances (ESA), où elle a été " étudiante en bachelor chargée de clientèles en assurance et banque ", avant de satisfaire avec succès aux critères d'admission lui permettant de poursuivre sa scolarité en " master manager de l'assurance ". Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances particulières de l'espèce, notamment des études que Mme B a poursuivies en France depuis plusieurs années et des liens personnels et familiaux dont elle peut se prévaloir sur le territoire, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressée. Par suite, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement, qui annule la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à Mme B une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sauf changement de circonstances de droit ou de fait, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis), partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 100 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, au bénéfice de Me Semak, avocate de Mme B, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur la demande de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " formée par Mme B le 30 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Semak, conseil de Mme B, une somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Dumas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. Dumas

Le président,

M. Israël

La greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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