mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2305510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | BEN YAHMED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 et 15 mai 2023 et, M. E A, représenté par Me Mathonnet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a maintenu en rétention administrative ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer sans délai et sous astreinte une attestation de demande d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et de lui accorder les conditions matérielles d'accueil.
Il soutient que :
l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
il est entaché d'insuffisance de motivation ;
le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;
l'arrêté attaqué est entaché de défaut d'examen sérieux et particulier ;
il est entaché d'erreur de droit ;
il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
il a été pris en méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
il a été pris en méconnaissance de l'article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
il a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
il a été pris en méconnaissance des stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de justice administrative.
Le président du Tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au deuxième alinéa de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
le rapport de Mme D,
les observations de Me Mathonnet pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur le fait que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés préconise de ne pas renvoyer les ressortissants étrangers vers Haïti, que son client réside depuis seize ans en France, qu'il a trois enfants mineurs dont la mère est vénézuélienne, qu'il existe des dissensions au sein de leur couple, que la procédure pénale ouverte à l'encontre de son client s'est terminée par l'injonction de suivre un stade parentalité ce qui montre l'absence de gravité des faits qui lui étaient reprochés,
les observations de M. A qui expose qu'il n'avait pas eu le temps d'exercer un recours en annulation contre la mesure d'éloignement en raison du fait qu'il était placé en garde-à-vue puis en centre de rétention administrative.
Le préfet de Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant haïtien né le 10 avril 1983, avait formulé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 27 août 2008 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 6 janvier 2009. Il a formulé une demande de réexamen au titre de l'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 7 décembre 2010 qui a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 25 août 2011. Par un arrêté en date du 27 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a placé l'intéressé en rétention administrative. Le 9 mai 2005, alors qu'il était en rétention, M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 9 mai 2005 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admette au séjour au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative. Par une décision du 12 mai 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté la demande d'asile formulée par M. A comme irrecevable, au motif qu'elle était tardive.
2. En premier lieu, par arrêté n°2023-0538 en date du 10 mars 2023, régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, M. B C a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des étrangers et des naturalisations, les décisions relatives à l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet a notamment visé les articles L. 754-1 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a explicité les raisons pour lesquelles il a estimé que la demande d'asile de M. A avait été déposée dans le seul but de faire échec à la mesure d'éloignement prise à son encontre. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'il serait insuffisamment motivé doit être écarté, de même que le moyen tiré de ce qu'il serait entaché de défaut d'examen sérieux.
4. En troisième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu consacré par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, au cas particulier, le requérant ne justifie pas d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de son droit d'être entendu doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. () ". Aux termes de l'article L. 754- 2 du même code : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Et les dispositions de l'article L. 754-3 prévoient que : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. ".
6. D'une part, si le requérant fait valoir qu'il séjourne en France depuis 2008, qu'il est le père de trois enfants mineurs dont la mère est de nationalité vénézuélienne et que les faits qui lui étaient reprochés n'étaient pas graves, ces éléments sont sans incidence sur le bien-fondé de la décision attaquée de maintien en rétention prise sur le fondement des dispositions citées au point précédent. D'autre part, alors que M. A qui expose avoir quitté Haïti depuis de nombreuses années et ne fait valoir aucun risque personnel en cas de retour dans ce pays, la situation qui y règne n'est pas telle que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en considérant que la demande d'asile formulée par l'intéressée n'avait été présentée que dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement.
7. En cinquième lieu, les éléments dont M. A se prévaut relatifs à sa situation privée et familiale en France ne sont pas de nature à remettre en cause le bien-fondé de la décision attaquée, par laquelle le préfet a décidé de le maintenir en rétention, qui n'a en tant que telle pas pour objet de l'éloigner du territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. En sixième lieu, si M. A fait valoir que la situation en Haïti est très dégradée, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de la décision attaquée, par laquelle le préfet a décidé de le maintenir en rétention, qui n'a en tant que telle pas pour objet de le renvoyer en Haïti. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques doit en tout état de cause être écarté comme inopérant.
9. En septième lieu, le requérant ne peut davantage utilement invoquer la méconnaissance par la décision attaquée, par laquelle le préfet a décidé de le maintenir en rétention, de son droit au recours effectif protégé par l'article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette décision n'a pour effet de le priver d'aucun droit au recours.
10. En dernier lieu, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 8 et 9.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 16 mai 2023.
La magistrate désignée,
M. D La greffière,
S. Traoré
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N ° 2305510
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026