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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2305569

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305569

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2305569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 10 mai, 18 juillet et 18 septembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Guillou, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne démontre pas que la personne qui a consulté le fichier des antécédents judiciaires disposait d'une habilitation individuelle et spéciale pour ce faire et ne justifie pas avoir saisi les services de police ou de gendarmerie compétents aux fins d'information des suites judiciaires ou de complément d'information, en application de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public qu'il est susceptible de constituer, dès lors qu'il n'a jamais été avisé de ce qu'il faisait l'objet d'une quelconque mesure judicaire et que les mentions de l'extrait du traitement des antécédents judiciaires produit par le préfet ne permettent pas d'établir qu'il s'agirait effectivement de lui ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et d'une méconnaissance du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée de l'illégalité de la décision de refus de de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 juillet 2023.

M. A a produit un mémoire complémentaire enregistré le 21 novembre 2023, postérieurement à la date de clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Maele ;

- les observations de Me Iharkane, subsitutant Me Guillou, représentant le requérant.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 1er décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1999, entré en France le 21 avril 2016 sous couvert d'un visa de court séjour, a sollicité, le 17 janvier 2022, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 avril 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. M. A soutient que l'arrêté contesté est entaché d'incompétence pour avoir été signé par M. C, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, dans le cadre d'une subdélégation irrégulière de signature. Toutefois, par un arrêté n° 2022-0840 du 1er avril 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. C, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, à l'effet de signer notamment les décisions litigieuses. Il n'est pas établi qu'à la date du 14 avril 2023 à laquelle l'arrêté a été signé, la directrice des étrangers et des naturalisations n'aurait pas été absente ou empêchée et qu'ainsi M. C n'aurait pas eu compétence pour signer cet arrêté, en application de la délégation qui lui était ainsi directement consentie par le préfet. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application, en particulier l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel M. A sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et expose de façon suffisamment précise les considérations de faits sur lesquelles le préfet s'est fondé pour considérer que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour, en particulier la circonstance qu'il n'établit pas sa présence en France durant les années 2016, 2018, 2020 et 2021, qu'il n'y dispose pas d'attaches familiales particulières mis à part ses deux frères et qu'il ne justifie pas, par la production de vingt-cinq bulletins de salaires, d'une insertion professionnelle en France telle qu'elle constituerait un motif exceptionnel d'admission au séjour. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à l'examen de la situation personnelle de M. A. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit ainsi être écarté.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". La délivrance d'une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale n'étant pas traitée par l'accord franco-marocain, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et notamment celles relatives à l'article L. 435-1 en ce qu'il permet d'obtenir une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sont applicables. Il n'en est pas de même de la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. A l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2016, qu'il travaille en qualité de ferrailleur depuis le mois de mars 2018 et qu'il bénéficie du soutien de son employeur qui a sollicité une autorisation de travail à son profit. Si le préfet conteste la présence en France du requérant durant les années 2016, 2018, 2020 et 2021, le requérant produit des pièces suffisamment nombreuses et variées pour établir sa présence sur le territoire national au titre des années 2020 et 2021. En revanche, les pièces produites ne permettent pas d'établir sa présence entre les mois de septembre 2017 et août 2018, de sorte que M. jamais n'est fondé à se prévaloir d'une présence continue en France qu'à compter du mois de septembre 2018. D'autre part, s'il justifie avoir travaillé comme ferrailleur en qualité d'intérimaire entre les mois de septembre 2018 et mars 2019 et entre les mois de juillet 2020 et avril 2021, son insertion professionnelle n'est pas d'une durée et d'une intensité telle qu'elle constituerait un motif exceptionnel justifiant une admission exceptionnelle au titre du travail. Par ailleurs, si M. A, âgé de vingt-trois ans à la date de la décision attaquée, justifie de la présence en France de ses deux frères, ainsi que de quelques oncles, tantes et cousins, il n'est pas isolé au Maroc où résident toujours ses parents et sa sœur, ainsi qu'il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué. Eu égard à ces éléments, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, ni méconnu l'étendue de sa compétence, en estimant que la situation de l'intéressé ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels de nature à justifier sa régularisation sur le territoire français.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Eu égard à ce qui a été dit au point 7, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, si M. A soutient, d'une part, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'établit ni que la personne qui a consulté le fichier des antécédents judiciaires disposait d'une habilitation individuelle et spéciale, ni qu'il aurait saisi les services de police ou de gendarmerie compétents aux fins d'information des suites judiciaires ou de complément d'information en application de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, et, d'autre part qu'il n'a jamais été avisé de ce qu'il faisait l'objet d'une quelconque mesure judicaire et que les mentions de l'extrait du traitement des antécédents produit par le préfet ne permettent pas d'établir qu'il s'agirait de lui, il résulte en tout état de cause de l'instruction, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur la circonstance que la présence en France de M. A constitue une menace pour l'ordre public, de telle sorte que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure de consultation des antécédents judiciaires, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il pourrait représenter, apparaissent sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation du requérant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 14 avril 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés dans l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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