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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2305630

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305630

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2305630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantLE GOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 mai 2023, M. A C, actuellement retenu au centre de rétention administrative n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Le Goff, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder sans délai à l'effacement de son inscription au fichier Système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

- elles méconnaissent le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être informé et entendu préalablement à l'édiction d'un acte susceptible faisant grief ;

- elle méconnaît l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des pièces ont été produites par le préfet de la Seine-Saint-Denis les 12 et 13 mai 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Breuille, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Breuille,

- les observations de Me Le Goff, représentant M. C, présent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que : il a fait l'objet d'accusations de victimes elles-mêmes sous l'emprise du crack et de l'alcool ; il n'est pas fait mention dans l'arrêté en litige de la présence de ses parents et de sa sœur sur le territoire français ; il est arrivé mineur en France et a été scolarisé ; il a travaillé sur le territoire français, comme en témoignent les avis d'imposition versés ; il justifie de sa présence habituelle sur le territoire français depuis plus de vingt ans et n'est donc pas éloignable ; l'interdiction de retour sur le territoire français ferait obstacle à une demande de régularisation et le priverait de son ancienneté de présence sur le territoire français ;

- les observations de M. C, qui indique ne pas travailler actuellement mais souhaite

rester en France, pour notamment rester aux côtés de son père en situation de handicap.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 30 décembre 1986, fait valoir être entré en France en 2000. Il a été interpelé le 9 mai 2023 pour des faits de violences conjugales et de vol. Il demande l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme B D, en sa qualité d'adjointe au chef du bureau du contentieux, pour signer les décisions en litige contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de sa situation. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit invoqué par le requérant dans sa requête introductive d'instance n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Il doit, pour ce motif, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

8. Par ailleurs, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Le requérant fait valoir être entré en France en 2000, alors qu'il était mineur, et y résider habituellement depuis lors. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui déclare être en séjour régulier depuis 2012, a bénéficié de titres de séjour au moins à compter du mois de mars 2013, jusqu'en octobre 2019 et l'arrêté en litige indique qu'il a été titulaire de titres de séjour valables du 16 mars 2012 au 24 octobre 2019. Cependant, il ressort également des pièces du dossier que sa dernière demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle a été rejetée par un arrêté du 22 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis, au motif que son comportement constitue une menace à l'ordre public, sans que ce refus de séjour ne soit assorti d'une mesure d'éloignement. Le requérant n'établit ni même n'allègue avoir contesté cet arrêté. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que ses parents résident régulièrement en France, de même que sa sœur, en vertu de cartes de résident. Cependant, le requérant, majeur, est célibataire et sans enfant, et ne justifie d'aucun emploi à la date de l'arrêté en litige. Si ses parents déclarent l'héberger depuis 2013 à une adresse à Stains qui ressort également des avis d'imposition du requérant, ce dernier a également indiqué à l'administration, au cours de son audition, parfois vivre " dehors ". En outre et surtout, le requérant a été condamné à de nombreuses reprises à des peines d'emprisonnement pour des faits de violences sur conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, ainsi que pour des faits de dégradation ou détérioration de bien appartenant à autrui, de vol, de conduite en ayant fait usage de stupéfiants ou sans assurance, et de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, entre 2017 et 2020. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a été signalé, entre 2009 et 2023, pour de très nombreux faits délictueux de violences, de vol, de recel de vol, de menaces de mort, ou pour des infractions à la législation relative aux stupéfiants. Il a au demeurant été interpelé une nouvelle fois le 9 mai 2023 pour des faits de violences conjugales. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige, notamment en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, le requérant n'ayant pas d'enfant. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

11. Néanmoins, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

12. Le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu. Cependant, les seules circonstances qu'il résiderait depuis 2000 en France, ce qu'il ne démontre pas suffisamment par les pièces versées au dossier, et que ses parents y résident régulièrement, ce dont il justifie en versant leurs titres de séjour, ne constituent pas, eu égard en outre à ce qui a été dit au point 9, des informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient pu faire aboutir la procédure administrative à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

14. La décision en litige mentionne l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et, surtout, qu'ayant été titulaire de titres de séjour valables du 16 mars 2012 au

24 octobre 2019, il n'a " pas sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour qui a fait l'objet d'un rejet " le 22 février 2022. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Il doit, pour ce motif, être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () ".

17. Le requérant, qui déclare être entré en France en 2000 alors qu'il est né le 30 décembre 1986, ne justifie en tout état de cause pas résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Par ailleurs, s'il a bénéficié de titres de séjour entre 2012 et 2019, il ne réside pas régulièrement en France depuis plus de dix ans ni plus de vingt ans, dès lors, en particulier, qu'il ne justifie pas de sa résidence habituelle en France depuis sa date d'entrée alléguée sur le territoire, notamment avant sa majorité. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle ne lui octroyant aucun délai de départ.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

20. La décision en litige vise les articles L. 612-2 à L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que l'administration peut décider que l'étranger est obligé à quitter le territoire français sans délai s'il existe un risque qu'il se soustraie à cette obligation. Elle retient que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public en détaillant les faits pour lesquels il a été condamné ou signalé, que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation dans la mesure où il est dépourvu d'un document de voyage en cours de validité et qu'il n'apporte pas la preuve de demeurer de manière stable et effective dans le lieu de résidence qu'il déclare, que l'intéressé a déclaré vouloir rester en France et qu'il s'est vu refuser le renouvellement d'un titre de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

22. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en se fondant sur les éléments déjà mentionnés au point 20, et notamment eu égard à la menace à l'ordre public que constitue la présence du requérant sur le territoire français, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

23. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

24. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

25. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

26. La décision en litige vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne qu'en application des dispositions de l'article L. 612-6 de ce code, une interdiction de retour est prononcée pour une durée maximale de trois ans à l'encontre de l'étranger obligé de quitter sans délai le territoire français, à moins que des circonstances humanitaires l'empêchent. Elle indique que l'examen d'ensemble de la situation du requérant a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour et que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de 24 mois ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée familiale dès lors qu'il séjourne en France depuis 2000 mais qu'il ne justifie pas de l'ancienneté de liens personnels et familiaux en France et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors qu'il n'a pas retenu cette circonstance, le préfet n'était pas tenu de préciser que le requérant n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Cette décision d'interdiction de retour satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

27. En second lieu, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

28. D'une part, le préfet a refusé d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire et il se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à son encontre. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que les parents et la sœur du requérant résident régulièrement en France, et que l'intéressé, qui allègue sans l'établir suffisamment par les pièces versées au dossier résider habituellement en France depuis 2000, a séjourné régulièrement sur le territoire français entre 2012 et 2019, le préfet a pu, sans erreur d'appréciation, au regard des nombreuses condamnations et multiples signalements pour des faits délictueux dont il a fait l'objet, considérer que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans n'est pas entachée d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

29. La décision fixant le pays de renvoi constitue, en vertu des dispositions du premier alinéa de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français, et faisant l'objet d'une motivation spécifique.

30. L'arrêté, en tant qu'il fixe le pays de destination, vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne la nationalité tunisienne du requérant et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement admissible. La décision fixant le pays de renvoi est donc suffisamment motivée.

31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

32. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

33. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. C ainsi que sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Le Goff et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.

Le magistrat désigné,

L. Breuille La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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