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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2305766

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305766

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2305766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantABASSADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 05 mai 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 05 juin 2023, M. C A B représenté par Me Abassade demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 04 mai 2023 par lequel le préfet de Police a décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Police de procéder à la transmission de la demande d'asile du requérant à l'OFPRA aux fins d'y être enregistré dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 € par jour de retard et de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour au titre de l'asile durant cet examen ;

3°) d'enjoindre à défaut, au préfet de Police de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 € par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de l'asile durant cet examen.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au bénéfice de Me Abassade en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait et en droit ;

- il méconnaît l'article 4 et l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les brochures requises lui ont été remises au moment du dépôt de sa demande d'asile et dès lors qu'il a été privé de la garantie prévue à l'article 29 susmentionné ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que rien n'atteste que l'entretien dont il devait bénéficier a eu lieu, dans les conditions requises par les textes, alors que l'agent ayant mené l'entretien n'est ni qualifié ni identifié ;

- il méconnait l'article 21 du règlement (UE) n°604/2013 dès lors que le formulaire produit par la Préfecture et les empreintes digitales sont illisibles entachant leur transmission d'irrégularité ;

- il méconnait les dispositions de l'article 3 (2) du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 dès lors que l'Italie connait des défaillances systémiques dans la prise en charge des demandeurs d'asile et il existe de ce fait un risque de traitement inhumains et dégradants en Italie.

Par un mémoire en défense enregistré le 05 juin 2023, le préfet de Police conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

-- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre l'administration et le public ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Le président du Tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Tukov pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tukov,

- les observations de Me Abassade, qui reprend les termes de la requête ;

Le Préfet de Police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant égyptien, s'est présenté au préfet de Police de Paris le 09 février 2023 afin de demander l'asile. Il demande l'annulation de l'arrêté du 04 mai 2023 par lequel le préfet a cependant décidé son transfert aux autorités italiennes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : a) le demandeur a pris la fuite ; ou b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. L'État membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'État membre responsable avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. ()

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie ; la tenue d'un entretien par l'Etat membre prévue par les dispositions précitées constituant pour le demandeur d'asile une garantie, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi du moyen tiré de l'irrégularité affectant le déroulement de cet entretien à l'appui de conclusions dirigées contre une décision de remise, d'apprécier si l'intéressé a été, en l'espèce, privé de cette garantie ou, à défaut, si cette irrégularité a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ;

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention de l'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'administration a satisfait à l'obligation qui lui incombe en application des dispositions précitées ; dans un premier temps, seul le préfet est en mesure d'apporter les éléments relatifs à l'entretien prévu à l'article 5 du règlement précité et dans les conditions prévues par ce même article ;

5. Il ressort des pièces du dossier qu'en application de l'article 5 du règlement n°

604/2013 du 26 juin 2013 précité M. A B a été entendu par les services de la préfecture de Paris le 09 février 2023 ; toutefois, le compte-rendu de l'entretien dont il a bénéficié ne comporte qu'un cachet de la préfecture sans aucune mention sur la personne l'ayant mené et n'a, en outre, été signé que par le demandeur d'asile ; ainsi, le préfet de Police n'établit pas que l'entretien individuel a été réalisé par une " personne qualifiée en vertu du droit national " ; dans ces conditions, M. A B est fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie prévue à l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 et que l'arrêté du 4 mai 2023 décidant de son transfert aux autorités italiennes a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. En second lieu, aux termes de l'article 21 du Règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif ("hit") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) no 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéas, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. 2. L'État membre requérant peut solliciter une réponse en urgence dans les cas où la demande de protection internationale a été introduite à la suite d'un refus d'entrée ou de séjour, d'une arrestation pour séjour irrégulier ou de la signification ou de l'exécution d'une mesure d'éloignement. La requête indique les raisons qui justifient une réponse urgente et le délai dans lequel une réponse est attendue. Ce délai est d'au moins une semaine. 3. Dans les cas visés aux paragraphes 1 et 2, la requête aux fins de prise en charge par un autre État membre est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend les éléments de preuve ou indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou les autres éléments pertinents tirés de la déclaration du demandeur qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. La Commission adopte, par voie d'actes d'exécution, des conditions uniformes pour l'établissement et la présentation des requêtes aux fins de prise en charge. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2. "

7. Il ressort des pièces du dossier que le formulaire type comportant les éléments de preuve ou indices figurant dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3 du règlement susvisé ainsi que la majorité des empreintes du requérant sont illisibles, ce qui a entaché leur transmission d'irrégularité. Il en résulte que, l'accord implicite de l'Italie ne peut être prise en compte. Dès lors, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet de Police entaché sa décision d'une erreur de droit et que par suite, celle-ci doit être annulée. Le délai de saisine des autorités italiennes pour la prise en charge du requérant, prévu par l'article 21 du règlement (UE) susvisé étant écoulé, la demande d'asile du requérant devra être enregistrée en France.

Sur les conclusions aux fins d'injonction

8. L'exécution du présent jugement, eu égard au second motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Police d'enregistrer la demande d'asile de M. A B en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1 : : L'arrêté du 04 mai 2023 par lequel le préfet de Police a décidé le transfert de M. A B aux autorités italiennes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Police d'enregistrer la demande d'asile de M. A B en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin assortir cette injonction d'une astreinte.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de Police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

C. Tukov

Le greffier,

Myriam JeudyLa République mande et ordonne Préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305766

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