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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306011

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306011

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2023 et des mémoires enregistrés les 2 et 6 juin 2023, l'association Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis, représentée par Me Ogier, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 30 mars 2023 par laquelle l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat a mis fin au mandat de M. A au sein de son conseil d'administration et de celle du 1er juin 2023 par laquelle il a refusé d'organiser de nouvelles élections des représentants des locataires en son sein ;

2°) d'enjoindre à l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat de démarrer l'organisation de nouvelles opérations électorales en vue de l'élection des représentants des locataires au sein de son conseil d'administration dans un délai de trois mois ;

3°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association requérante soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de l'intérêt qui s'attache à l'organisation d'élections et du risque pesant sur la légalité des délibérations du conseil d'administration dont la prochaine réunion a lieu le 20 juin 2023 ;

- la décision du 30 mars 2023 est entachée d'incompétence et d'une méconnaissance des principes de représentation démocratique des locataires au sein du conseil d'administration d'un office public de l'habitat et de la décision du 15 mars 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

- la décision du 1er juin 2023 est entachée d'une méconnaissance des article L. 421-9 et R. 421-7 du code de la construction et de l'habitation en l'absence d'élection par l'ensemble des locataires de leurs représentants au sein du conseil d'administration de l'office public de l'habitat, du principe d'égalité et de l'autorité de la chose jugée par le jugement du Tribunal du 23 mars 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat, représenté par la SCP Seban et associés, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence à suspendre la décision du 30 mars 2023 n'est pas satisfaite et que les moyens de légalité dirigés contre cette décision et celle du 1er juin 2023 ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête tendant à l'annulation des décisions attaquées, enregistrée le 17 mai 2023 sous le n° 2306010 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, M. Le Garzic, président, M. Marchand, premier conseiller et Mme Renault, première conseillère, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 juin 2023 en présence de Mme Valcy, greffière :

- le rapport de M. Le Garzic,

- les observations de Me Ogier, avocat de l'association requérante, qui relève, en ce qui concerne la légalité de la décision du 1er juin 2023, que la conséquence nécessaire de l'annulation d'une élection est l'organisation d'une nouvelle élection sous peine de priver l'électorat de la représentation démocratique fixée par les textes, en ce qui concerne la légalité de la décision du 30 mars 2023, que le maintien du mandat de M. A, au titre de son élection en 2018 comme de celle de 2022 est la seule possibilité de maintenir une représentation des électeurs du secteur de Bobigny, et en ce qui concerne l'urgence, que les décision litigieuses lui font perdre sa majorité au sein des représentants des électeurs et prive les locataires de Bobigny d'une représentation ;

- et les observations de Me Enjalbert, substituant la SCP Seban et associés, avocat de l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat, qui fait valoir avoir choisi la sécurité juridique en prévoyant la désignation d'un nouveau membre du conseil d'administration par le préfet.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

L'association Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis a présenté une note en délibéré, enregistrée le 6 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 421-8 du code de la construction et de l'administration : " Le conseil d'administration de l'office est composé : / 1° De membres représentant la collectivité territoriale ou l'établissement public de rattachement () ; / 2° De personnalités qualifiées () ; / 3° D'au moins un représentant d'associations dont l'un des objets est l'insertion ou le logement des personnes défavorisées ; () ; / 4° De locataires représentant les locataires de l'office, élus par ces derniers dans les conditions prévues à l'article L. 421-9 ; / () 5° De représentants du personnel de l'office () ; / Les membres désignés par la collectivité territoriale ou l'établissement public de rattachement disposent de la majorité des sièges. Les représentants des locataires disposent d'au moins un sixième des sièges. () ". Aux termes de l'article L. 421-9 du même code : " Les représentants des locataires au conseil d'administration de l'office sont élus sur des listes de candidats composées alternativement d'un candidat de chaque sexe et présentées par des associations œuvrant dans le domaine du logement ". Aux termes de l'article R. 421-4 : " Le nombre des membres du conseil d'administration d'un office public de l'habitat ayant voix délibérative est fixé par décision de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale de rattachement, dans la limite de 35 membres. () " Aux termes de l'article R. 421-7 : " Les administrateurs représentant les locataires sont élus tous les quatre ans dans le cadre d'un scrutin organisé dans les conditions ci-après () Les sièges revenant à chaque liste en fonction du résultat du scrutin sont attribués dans l'ordre des noms figurant sur la liste. Les autres personnes figurant sur la liste succèdent, dans l'ordre où elles y sont inscrites, aux représentants qui cessent leurs fonctions avant l'expiration de la durée normale de leur mandat. Les fonctions d'un nouveau représentant des locataires expirent à la date où auraient normalement cessé celles du représentant qu'il a remplacé. En cas d'épuisement de la liste, il n'est pas procédé à une élection partielle. () ". Aux termes du III de l'article R. 421-1 : " La fusion de plusieurs offices publics de l'habitat est demandée par les organes délibérants des collectivités territoriales ou établissements publics de coopération intercommunale intéressés, après avis des conseils d'administration des offices, au préfet du département où l'office au profit duquel la fusion est demandée aura son siège. Le préfet se prononce par arrêté dans un délai de trois mois au plus à compter de la réception des demandes, après avis du comité régional de l'habitat de la région dans laquelle l'office aura son siège. L'absence d'arrêté pris dans ce délai vaut rejet de la demande. / A l'issue de la fusion, les membres du conseil d'administration de l'office résultant de la fusion font l'objet d'une nouvelle désignation dans les conditions prévues à l'article R. 421-8. / Toutefois, il n'est pas procédé à une nouvelle élection des membres représentant les locataires. Les membres élus par les locataires dans les conseils d'administration des offices parties à la fusion désignent parmi eux, dans le délai d'un mois suivant la publication de l'arrêté autorisant la fusion, les représentants des locataires appelés à siéger dans le conseil d'administration jusqu'à la prochaine élection. A défaut, le préfet désigne parmi eux, pour la durée du mandat restant à courir, selon les cas, les trois, quatre ou cinq représentants des locataires élus sur les listes ayant obtenu aux dernières élections le plus fort pourcentage de voix, calculé en comparant le nombre de suffrages recueillis par chaque liste au nombre total des électeurs dans l'ensemble des offices ayant concouru à la fusion ".

2. Il résulte de l'instruction que par arrêté du 3 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a autorisé la fusion des offices publics de l'habitat de Bagnolet, de Bobigny et de Bondy au profit de l'office public de l'habitat Montreuillois, ainsi que le changement d'intitulé de celui-ci comme office public de l'habitat Est Ensemble Habitat, à compter du 1er janvier 2023. Par arrêté du 5 mars 2023, le préfet a pris acte de cette fusion et de l'absence de désignation des représentants des locataires au sein du conseil d'administration de l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat par les représentants élus lors des élections du 15 décembre 2022 au sein de ceux des offices parties à la fusion pour désigner selon les modalités fixées par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de la construction et de l'habitation six représentants, parmi lesquels un élu à l'office public de l'habitat de Bobigny sur la liste présentée par l'association Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis, M. A. À la suite de l'annulation par jugement du Tribunal en date du 23 mars 2023 des opérations électorales organisées le 15 décembre 2022 en vue de l'élection des représentants des locataires siégeant au conseil d'administration de l'office public de l'habitat de Bobigny, le directeur général de l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat a indiqué à M. A, par décision du 30 mars 2023, qu'il ne pourrait plus siéger au sein de son conseil d'administration puis à la Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis, par décision du 1er juin 2023, qu'il n'organiserait pas de nouvelles élections mais solliciterait la désignation d'un nouveau représentant des locataires auprès des élus des représentants des locataires des offices publics de l'habitat parties à la fusion autres que ceux de Bobigny ou bien du préfet. La Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis demande la suspension de l'exécution tant de la décision portant refus d'organiser de nouvelles élections que de celle refusant le maintien transitoire de M. A au sein du conseil d'administration.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour justifier de l'urgence s'attachant à l'intervention du juge des référés, la Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis fait valoir en ce qui concerne spécifiquement la décision du 30 mars 2023 que les locataires sont privés de l'un de leurs six représentants au sein du conseil d'administration de l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat, sans toutefois exposer les conséquences concrètes que peut engendrer cette situation pour les intérêts qu'elle défend et alors qu'il résulte de la décision du 1er juin 2023 qu'elle a vocation à n'être que transitoire. Elle fait valoir en ce qui concerne spécifiquement cette dernière décision qu'elle-même ne sera pas assurée que ses membres demeureront majoritaires au sein des représentants des locataires, mais là encore sans en exposer les conséquences concrètes sur sa situation. L'association requérante ne peut ensuite utilement se prévaloir de ce qu'il résulte de l'ensemble de ces décisions que les locataires de l'ancien office public de l'habitat de Bobigny seraient privés de représentants, dès lors que l'ensemble des représentants désignés par les élus ou à défaut par le préfet au sein du conseil d'administration de l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat ont vocation à représenter l'ensemble de ses locataires, indépendamment du conseil d'administration pour lequel ils ont été initialement élus. Enfin, l'association ne justifie pas de ce qu'il pèserait sur la légalité les délibérations à venir du conseil d'administration un risque de nature à préjudicier à l'intérêt public.

6. Dans ces conditions, la Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis ne peut être regardée comme établissant l'urgence qui s'attacherait à la suspension de l'exécution des décisions contestées à la date de la présente ordonnance.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis et à l'office public de l'habitat Est Ensemble Habitat.

Délibéré à l'issue de l'audience du 6 juin 2023 où siégeaient :

- M. Pierre Le Garzic, vice-président du tribunal, président,

- M. Arnaud Marchand, premier conseiller, juge des référés,

- Mme Thérèse Renault, première conseillère, juge des référés.

Fait à Montreuil, le 9 juin 2023.

P. Le Garzic

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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