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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306050

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306050

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de Mme C, ressortissante algérienne, contestant le refus du préfet de la Seine-Saint-Denis d’autoriser le regroupement familial pour son époux. La requérante invoquait notamment une insuffisance de motivation, une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’accord franco-algérien de 1968, et une méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le préfet avait légalement motivé sa décision sur le fondement des conditions de logement et de ressources, et que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale. La solution retenue confirme la légalité du refus, en application des articles L. 434-10 et R. 434-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que de l’article 4 de l’accord franco-algérien.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, Mme A C, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision non datée du préfet de la Seine-Saint-Denis notifiée le 17 mars 2023, refusant la demande de regroupement familial de Mme C au bénéfice de son époux ;

2°) d'enjoindre à l'administration d'admettre son époux au bénéfice du regroupement familial dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de regroupement familial dans un délai d'un mois compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il appartient au préfet de justifier de la saisine du maire en application des articles L. 434-10 et R. 434-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la motivation de son avis ;

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 4 juillet 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du juge des référés n° 2307021 du 21 juin 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Grolleau, substituant Me Pierre, représentant Mme C.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne, née le 14 septembre 1979, titulaire en dernier lieu d'un certificat de résidence algérien valable du 16 mai 2018 au 15 mai 2028, a présenté une demande de regroupement familial au profit de son époux le 7 octobre 2021. Par décision, non datée, notifiée à l'intéressée le 17 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande. Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / () 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France () ". Aux termes de l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Si le préfet, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions conventionnellement requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale, tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. / Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ".

5. Il ressort de la décision attaquée que le préfet a rejeté la demande d'autorisation de regroupement familial présentée par Mme C au motif que son logement n'est pas conforme à la réglementation en vigueur et ne remplit pas les conditions minimales de confort et d'habilité exigées, en ce que sa superficie est de 50,7 m² au lieu des 52 m² requis pour une famille de cinq personnes. La requérante soutient toutefois que l'insuffisance de superficie est minime, tandis que l'atteinte portée à son droit de mener une vie privée et familiale normale est disproportionnée, compte tenu de la composition de son foyer et de la durée depuis laquelle elle vit séparée de son époux, alors qu'elle dispose de ressources suffisantes et que son logement présente des caractéristiques conformes aux exigences en matière de sécurité et salubrité. Dans les circonstances particulières de l'espèce, Mme C est fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but en vue desquels elle a été prise et méconnaît en conséquence l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son époux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, d'admettre l'époux de Mme C, au bénéfice du regroupement familial. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision non datée du préfet de la Seine-Saint-Denis notifiée le 17 mars 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, d'accorder à l'époux de Mme C le bénéfice du regroupement familial dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Mme C une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2024.

Le rapporteur,

M. Israël

La présidente,

Mme DelamarreLa greffière,

Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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