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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306241

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306241

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMIKEB SAAD KUTEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2023, M. D A, représenté par la SELAS MSK, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont signées par une autorité qui n'est pas habilitée ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le caractère collégial de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas établi, que la preuve de l'authenticité des signatures des trois médecins ayant siégé dans ce collège n'est pas rapportée et que le préfet ne démontre pas que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège ;

- le motif tiré de ce que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité est erroné ;

- le motif tiré de ce que le traitement dont a besoin M. A est disponible en Côte d'Ivoire est erroné ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Aymard.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1966, a présenté le 29 juillet 2022 une demande de titre de séjour pour raisons de santé, sur le fondement de l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 avril 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande de titre de séjour, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de l'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 27 juin 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par G C, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Par un arrêté du 10 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a autorisé M. G C, attaché principal d'administration, à exercer la délégation de signature consentie par le préfet à Mme F E, directrice des étrangers et des naturalisations, par arrêté du 1er avril 2022 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, les décisions relatives à la délivrance et au refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ainsi que les obligations de quitter le territoire français. Par suite, dès lors qu'il n'est pas établi ni même allégué que Mme E n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque ces décisions ont été prises, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé pour prendre chaque décision contestée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité qui affecterait l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII en raison du défaut de collégialité de cet avis, du défaut d'identification des trois médecins ayant signé cet avis et du défaut d'identification du médecin rapporteur. Toutefois, le requérant, qui n'allègue pas qu'il n'aurait pas été destinataire de l'avis du collège des médecins de l'OFII indiqué comme joint à l'arrêté litigieux, ne produit pas cet avis, de telle sorte qu'il ne met pas le tribunal à même d'en vérifier la régularité au regard des griefs qu'il invoque. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige auraient été prises au terme d'une procédure irrégulière.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / () ".

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Il ressort des termes non contestés de l'arrêté en litige que, pour rejeter la demande d'admission au séjour présentée par M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 6 octobre 2022 selon lequel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne nécessite pas son maintien sur le territoire français, dès lors que l'intéressé peut être médicalement pris en charge dans son pays d'origine et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque à destination de son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a subi un accident ischémique cérébral frontal bilatéral et pariétal gauche, est suivi pour une hypertension artérielle, un diabète de type 2 et est porteur d'un moniteur cardiaque, qui a été implanté le 9 avril 2021. Si le requérant produit à l'instance le certificat du Dr B, neurologue, en date du 20 octobre 2020 selon lequel l'état de santé de l'intéressé nécessite son maintien en France, ce certificat est toutefois insuffisamment circonstancié pour remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur dans l'appréciation de l'état de santé de M. A et de la disponibilité en Côte d'Ivoire d'une prise en charge médicale adaptée.

10. En cinquième lieu, le requérant invoque les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au motif qu'un retour dans son pays d'origine entraînerait l'arrêt du suivi médical dont il bénéficie en France. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit précédemment quant à la disponibilité en Côte d'Ivoire d'une prise en charge adaptée à l'état de santé de M. A, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Pour les motifs exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi qu'il conteste.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

14. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation du requérant sont rejetées, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. Doivent également être rejetées les conclusions formées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Biaou.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Aymard, premier conseiller,

Mme Ghazi Fakhr, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. Aymard

Le président,

E. Toutain

La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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