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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306282

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306282

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 mai et 10 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

Sur la décision de refus de séjour :

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observation.

Par une décision du 27 juin 2023 Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- l'ordonnance du 2 juin 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Montreuil ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Myara a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 25 mai 1948, est entrée en France le 14 août 2019. Le 17 février 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour délivré pour raisons de santé. Par un arrêté du 27 avril 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination auprès duquel elle pourra être reconduite.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un jugement du 31 décembre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour en raison de son état de santé et enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour. Si ce jugement, qui n'a pas été frappé d'appel, est revêtu de l'autorité de la chose jugée, la décision contestée a été prise à la suite de la demande de renouvellement du titre de séjour, qui a donné lieu à une nouvelle consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'aucun changement de circonstances de fait ou de droit ne serait intervenu. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, pour rejeter la demande de renouvellement de Mme B, le préfet a retenu que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle pouvait être prise en charge dans son pays d'origine, l'Algérie. En outre, si le préfet n'a pas fait état de la présence de sa fille et de l'assistance quotidienne qu'elle lui apporte, elle ne démontre pas que sa fille serait la seule à même d'assurer cette assistance. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'un défaut d'examen.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6-7 de l'accord franco algérien modifié : Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()/ 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, âgée de soixante-quinze ans, est entrée en France en 2019, qu'étant atteinte d'un diabète qui l'expose à une baisse importante de l'acuité visuelle et en rémission d'un cancer dont la prise en charge lui a causé de très importants désagréments et douleurs dans la vie quotidienne qui ont nécessité de nombreuses hospitalisations, elle présente un état de santé dont le collège des médecins de l'OFII a reconnu l'exceptionnelle gravité par avis du 16 mars 2023. Toutefois, Mme B n'établit pas, par les pièces qu'elle verse à l'instance, qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier dans son pays d'origine des différentes prises en charges médicales que nécessite son état de santé, résultant principalement de son diabète, d'une cataracte et des suites de son cancer dont l'aggravation alléguée n'est pas attestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. Si Mme B soutient résider sur le territoire national chez sa fille, de nationalité française, qui l'assiste dans la gestion de son traitement et son suivi médical, cette seule circonstance n'est pas, au regard de la faible durée de présence de la requérante en France et de l'absence de tout autre lien familial sur le territoire, de nature à faire regarder la décision attaquée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit à sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écartée.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes raisons qu'au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sera écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de renouvellement de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante ne démontre pas qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En huitième lieu, pour les mêmes raisons qu'énoncées au point 7, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales seront écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2023, par lequel le préfet de la Seine-Saint Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Par suite, la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Cloris.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président-rapporteur,

M. Laforêt, premier conseiller,

Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. Myara

Le premier assesseur,

E. Laforêt

La greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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