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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306622

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306622

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSOUKOUNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 juin et 16 juin 2023, Mme B A, épouse C, représentée par Me Soukouna, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer le certificat de résidence algérien temporaire mention " vie privée et familiale " qu'elle a sollicité, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 400 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

Par un mémoire enregistré le 27 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marias a été entendu au cours de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, épouse C, née le 28 juin 1955, de nationalité algérienne, a sollicité le 1er avril 2022 au titre de l'admission exceptionnelle au séjour un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 27 janvier 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande et prononcé l'obligation pour Mme A de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle est originaire.

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, de nationalité algérienne, est entrée en France le 12 décembre 2019 à l'âge de 64 ans et a demandé à bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Si Mme A n'est pas isolée en Algérie, où vivent ses huit enfants majeurs, il est constant qu'elle a rejoint en France son époux âgé de 71 ans, en situation de séjour régulier. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à l'âge de l'intéressée et à sa situation de dépendance liée à son état de santé, non contredite par le préfet de la Seine-Saint-Denis, et malgré la possibilité pour Mme A de recourir à la procédure de regroupement familial, le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision de refus de séjour sur la situation personnelle de l'intéressée.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que l'arrêté en litige doit être annulé et qu'il doit être enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

4. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros, à verser à Me Soukouna sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE:

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 27 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Soukouna une somme de 1 100 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, épouse C, à Me Soukouna et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le rapporteur,

H. Marias

Le président,

J.-F. Baffray

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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