mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2306630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PAEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juin 2023, M. C A, représenté par Me Paëz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, a mis fin à l'autorisation provisoire qui lui avait été délivrée, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au bénéfice de son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut de l'assistance d'un interprète et en méconnaissance du droit d'être entendu ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée vis-à-vis de la décision de la CNDA et n'a pas apprécié les risques de mauvais traitements en cas de retour au Bangladesh ni les conséquences de la décision au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés sont infondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 20 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été lu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais né en 1986, est entré en France, selon ses déclarations, au mois de juillet 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 28 juin 2019 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par une décision rendue le 11 novembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un jugement du 1er juillet 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a prononcé l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'avait obligé à quitter le territoire français et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A. Celui-ci a sollicité son admission au séjour dans le cadre du réexamen de sa situation. Par un arrêté du 9 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande l'annulation des décisions rejetant sa demande de titre de séjour, mettant fin à son autorisation provisoire de séjour et l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours contenues dans l'arrêté du 9 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. B, chef du bureau du contentieux, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
4. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, et le jugement du 1er juillet 2021 du tribunal administratif de Montreuil dont il assure l'exécution. Le préfet mentionne que M. A a sollicité une carte de séjour au regard de sa vie privée et familiale et que son épouse et ses enfants résident au Bangladesh. Il ajoute que les bulletins de salaire produits ne suffisent pas à permettre une régularisation au regard du travail, puis que l'intéressé n'entre dans aucune catégorie de personnes ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux dispositions citées au point 3 du présent jugement, à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et aux dispositions de l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et ne révèle aucun défaut d'examen complet de la situation du requérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".
6. M. A soutient que les décisions attaquées sont illégales car il n'a pas bénéficié des services d'un interprète. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, notamment en ce qui concerne la formalité au cours de laquelle le requérant estime qu'il aurait dû bénéficier de l'assistance d'un interprète. Par ailleurs, la notification de l'arrêté contesté, qui s'effectue par voie postale, n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les modalités de notification de cette décision sont en tout état de cause sans incidence sur sa légalité.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre [] ". Le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche de réexamen de situation versée aux débats par le préfet, qu'à la suite de l'annulation prononcée le 1er juillet 2021 d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis prononçant une obligation de quitter le territoire à l'encontre de M. A, celui-ci a été reçu par les services de la préfecture afin de permettre le réexamen de sa situation le 17 janvier 2022. Par ailleurs, le requérant se borne à indiquer qu'il n'aurait pas eu la possibilité de fournir davantage d'éléments concernant son activité professionnelle, sans préciser ce qui aurait fait obstacle à leur communication à l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et non par son article 47 visé à tort par le requérant, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
9. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche de réexamen de situation signée par l'intéressé le 17 janvier 2022 que son épouse réside au Bengladesh avec leurs trois enfants. Si le requérant fait valoir qu'il réside sur le territoire depuis près de six ans et qu'il a construit sa vie autour de son avenir professionnel, étant employé en contrat à durée indéterminée depuis le 1er février 2022 en qualité de plongeur, soit une ancienneté de près de seize mois consécutifs, ces éléments ne sont pas suffisants à caractériser un transfert du centre des intérêts privés et familiaux de M. A sur le territoire français. Les moyens tirés d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent par suite être écartés.
11. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
12. Si le requérant, qui est entré en France en 2017 de façon irrégulière, près de seize mois consécutifs a un emploi de plongeur au sein d'une entreprise qu'il l'emploie en contrat à durée indéterminée, ces seules circonstances sont insuffisantes pour constituer un motif d'admission exceptionnelle au séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, les mêmes motifs que ceux développés aux points 9 et 10 du présent jugement, les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susvisée : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. A supposer que le requérant ait entendu invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, celle-ci n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays dans lequel l'intéressé sera renvoyé. Dès lors le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant. En tout état de cause, l'intéressé ne fait état d'aucun élément de nature à démontrer qu'il serait exposé à un quelconque risque en cas de retour dans son pays d'origine.
16. En troisième lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée pour décider l'éloignement de M. A en raison de la décision de rejet de sa demande d'asile prise par la CNDA. Le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur de droit doit par suite être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A n'est pas fondée et doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Paëz et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
Mme Lançon, première conseillère,
Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
La rapporteure,
N. Gaullier-Chatagner
Le président,
J.-F. BaffrayLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026