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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306631

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306631

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, deux mémoires et des pièces, enregistrés les 2 juin 2023, 15 février,

21 et 22 mars 2024, M. F A E, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre audit préfet de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre à l'administration de produire son entier dossier ;

5°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il doit être regardé comme soutenant que :

Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- elle méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire.

M. F A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2023.

Un mémoire a été enregistré le 8 avril 2024 pour le compte de M. A E, soit postérieurement à la clôture automatique de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar et représentant M. A E.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A E est un ressortissant camerounais né le

3 novembre 1991. Il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français le 22 décembre 2022. Par un arrêté du 11 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. F A E sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à ce que M. A E soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'intéressé ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2023, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions susvisées.

Sur les conclusions à fin de communication du dossier :

3. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis pour prendre la décision contestée. A cet égard, le requérant ne justifie pas de la nature des pièces que détiendrait le préfet en l'espèce et auxquelles il n'aurait pas accès.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Enfin, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

5. En l'espèce, la décision du 11 mai 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de la carte de séjour temporaire dont était titulaire M. A E est fondée sur les motifs que, d'une part, celui-ci ne démontre pas continuer à contribuer à l'entretien et l'éducation de son enfant de nationalité française et, d'autre part, qu'il n'est pas démontré que la mère française de l'enfant participe à l'éducation et l'entretien de celui-ci.

6. S'agissant de la contribution à l'entretien et à l'éducation de la jeune D, née le 25 avril 2019, par son père, il ressort des pièces du dossier, et très particulièrement des nombreuses photographies, factures et attestations, que M. A E contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant. L'intéressé produit également deux lettres de la mère de l'enfant, du 21 novembre 2023 et du 12 février 2024, attestant que celui-ci verse une aide financière à concurrence de cent euros par mois, qu'il est régulièrement présent aux côtés de sa fille et qu'il contribue, plus généralement, aux besoins de l'enfant " tant affectifs que financiers ". Par ailleurs, s'agissant de la contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant par sa mère, il ressort des pièces du dossier que la jeune D vit avec celle-ci,

Mme C B, qui s'acquitte des dépenses quotidiennes concernant son enfant. Il est, notamment, produit à l'instance des factures de crèche, de courses alimentaires et de jouets au nom de la mère de l'enfant. Dans ces conditions, c'est à tort que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé qu'il n'était pas établi que les parents de la jeune D participaient à son entretien et à son éducation.

7. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A E est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 11 mai 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour. Par voie de conséquence, il y a également lieu d'annuler les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : / 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 ; / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. () ".

9. En l'espèce, il résulte de la décision attaquée et des écritures du requérant que celui-ci a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire et non une première délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle. Dès lors, le présent jugement n'implique pas que soit délivrée à l'intéressé une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ". Les conclusions à fin d'injonction présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

10. En revanche, eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. A E dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Il y a lieu, en l'espèce, et sous réserve que Me Namigohar renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à celui-ci de la somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce que M. A E soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 11 mai 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me Namigohar renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera une somme de 1 100 euros à Me Namigohar en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. F A E, à Me Namigohar et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Ghazi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La première conseillère,A. GhaziLe président,J-C. TruilhéLa greffière,

A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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