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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306658

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306658

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306658
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBISALU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2023, M. B A, représenté par Me Bisalu, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision de refus d'admission sur le territoire français ainsi que la décision de maintien en zone d'attente ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à sa libération immédiate et de pourvoir à sa liberté de circulation sur le territoire français en vue de poursuivre son trajet jusqu'à Barcelone ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors qu'il est privé de liberté et qu'il risque d'être réacheminé à tout moment vers son pays de provenance ;

- son maintien en zone d'attente porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Charret, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 juin 2023, en présence de Mme Traore, greffière :

- le rapport de M. Charret, juge des référés ;

- et les observations de Me Bisalu, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, s'est présenté le 1er juin 2023 au passage frontalier de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, en provenance d'Abidjan. Il a déclaré se rendre en Espagne. Par une décision du même jour, M. A a fait l'objet d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français, qu'il soumet au juge des référés.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; () ". En outre selon les termes de l'article L. 313-1 du même code : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement qui prend la forme d'une attestation d'accueil, signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal. Cette attestation est validée par l'autorité administrative, et constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée. ".

4. La liberté d'aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Elle s'exerce, en ce qui concerne le franchissement des frontières, dans les limites découlant de la souveraineté de l'Etat et des accords internationaux et n'ouvre pas aux étrangers un droit général et absolu d'accès sur le territoire français. Celui-ci est en effet subordonné au respect tant de la législation et de la réglementation en vigueur que des règles qui résultent des engagements européens et internationaux de la France.

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) : " Le présent règlement prévoit l'absence de contrôle aux frontières des personnes franchissant les frontières intérieures entre les Etats de l'Union. / Il établit les règles applicables au contrôle aux frontières des personnes franchissant les frontières extérieures des Etats membres de l'Union. ". Selon l'article 6 de ce même règlement, relatif aux conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes: () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; () / 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. / Les montants de référence arrêtés par les États membres sont notifiés à la Commission conformément à l'article 39. / L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. Les déclarations de prise en charge, lorsqu'elles sont prévues par le droit national, et les lettres de garantie telles que définies par le droit national, dans le cas des ressortissants de pays tiers logés chez l'habitant, peuvent aussi constituer une preuve de moyens de subsistance suffisants () ". Les montants de référence requis pour le franchissement des frontières, tels que prévus par l'annexe 25 à la recommandation de la Commission du 28 octobre 2022, sont de 100 euros minimum par personne et par jour, et pour ceux qui ont l'intention d'y séjourner, d'un montant minimum de 900 euros.

6. Il résulte de l'instruction que M. A s'est présenté sur le territoire national, sans attestation d'hébergement officielle et sans réservation hôtelière. Il était par ailleurs muni de seulement 475 euros en numéraire, et d'une carte bancaire sans justifier que le compte en banque y correspondant soit suffisamment alimenté. Ce n'est que postérieurement à son placement en zone d'attente que l'intéressé s'est vu remettre une somme complémentaire de 600 euros par sa mère venu le visiter. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que l'intéressé avait, au cours de l'année 2022, effectué une première demande de visa auprès du consulat général de France en Cote d'Ivoire qui lui avait été refusé pour " risque migratoire ". Dans ces conditions, eu égard aux doutes importants qui persistent sur les conditions et motifs de son séjour, l'administration n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de M. A en appliquant les dispositions précitées.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, que la requête présentée par M. A doit être rejetée en ce comprises ses conclusions aux fins de suspension, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, Me Bisalu et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Montreuil, le 6 juin 2023.

Le juge des référés,

Signé

J. Charret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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