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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306726

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306726

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 5 juin 2023, M. B A, représenté par Me Sarr-Barry, demande au président du tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que si elle a été présentée tardivement, il n'a été en mesure de présenter celle-ci dans le délai de recours en raison de son placement en rétention un dimanche ;

- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces, enregistrées le 7 juin 2023.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Noël, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 et L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-21 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 8 juin 2023 à 9h30, en présence de Mme Chaal, greffière :

- le rapport de M. Noël ;

- les observations de Me Sarr-Barry, représentant M. A, présent et assisté de M. C, interprète en langue ourdou, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que M. A n'a pas été en mesure de déposer sa requête dans le délai de recours contentieux dès lors qu'aucune association n'était présente dans le centre de rétention administrative pour l'accompagner,

- les observations de Me Blotin, représentant le préfet de Seine-Saint-Denis, qui soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, et à titre subsidiaire qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien, né le 5 décembre 1980 à Sabuwal Kapurthala (Inde), déclare être entré en France le 9 avril 2023. Le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a placé au centre de rétention de Mesnil-Amelot 3 et l'a, par l'arrêté litigieux du 2 juin 2023, obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire France pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". Aux termes de l'article R. 776-19 du code de justice administrative : " Si, au moment de la notification d'une décision mentionnée à l'article L. 776-1, l'étranger est retenu par l'autorité administrative, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours contentieux, auprès de ladite autorité administrative. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les étrangers ayant reçu notification d'une décision portant obligation de quitter le territoire français alors qu'ils sont en rétention administrative ont la faculté de déposer leur requête, dans le délai de recours contentieux, auprès de l'autorité administrative.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 2 juin 2023 a été notifiée le même jour à M. A, en mains propres et en présence d'un interprète en langue ourdou, à 17h47. Il a formé un recours par le dépôt d'une requête, enregistrée au tribunal administratif le 5 juin 2023 à 16h18. Or, la décision litigieuse comportait la mention des voies et délais de recours, et indiquait en particulier que l'intéressé avait la faculté de déposer sa requête, dans le délai de recours contentieux, auprès de l'autorité administrative. Dès lors, cette notification a fait courir le délai de recours de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées, lequel a expiré le 4 juin à 17h47. Il s'ensuit qu'à la date à laquelle M. A a déposé sa requête, ce délai était forclos.

4. D'autre part, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".

5. M. A soutient qu'à son arrivée au local de rétention administrative de Bobigny le 2 juin 2023 puis au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot 3 le 4 juin 2023, les intervenants de la Cimade n'étaient pas présents et qu'il n'a donc pas été en mesure de déposer sa requête avant l'expiration du délai de recours. Toutefois l'intéressé n'établit pas qu'aucune association n'était présente lors de sa rétention administrative. En tout état de cause, l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 2 juin 2023, notifié à M. A en présence d'un interprète en langue ourdou, comportait la mention exacte du délai de recours contentieux de quarante-huit heures et indiquait que l'intéressé avait la possibilité de déposer une requête dans ce délai auprès de l'autorité administrative. Ainsi, M. A avait la possibilité, même sans l'aide d'association, de former un recours, même sommaire, directement auprès de l'autorité administrative. Par ailleurs, l'arrêté litigieux précisait que M. A pouvait bénéficier du concours d'un interprète et être assisté d'un avocat le cas échéant désigné d'office. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a été informé de l'ensemble de ses droits dès son arrivée au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot 3 le 4 juin 2023 par le biais d'un interprétariat téléphonique en langue ourdou. Le procès-verbal du même jour, qui lui a été notifié à 15h10, mentionnait : " l'informons qu'il a la possibilité de contacter toutes organisations et instances nationales, internationales et non gouvernementales compétentes de son choix () ". Dès lors, M. A ne saurait soutenir que le droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen aurait été méconnu.

6. Il résulte de ce qu'il précède que la requête de M. A est tardive. Par suite, les conclusions présentées à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Jugement rendu en audience publique le 8 juin 2023.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

C. Noël

La greffière,

M. Chaal

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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